Le Comptoir de l’innovation est le premier fonds à investir exclusivement dans des entreprises à un fort impact environnemental et/ou social. Jean-Michel Lécuyer, son directeur général, expose les premiers résultats du fonds et les projets, notamment à l’international.
Pouvez-vous nous présenter le bilan du Comptoir depuis son lancement ?
Le Comptoir de l’innovation a été fondé en 2011 et il est opérationnel depuis la fin 2013. Nous avons 100 millions d’euros sous gestion collectés auprès de partenaires financiers tels que la Caisse des dépôts de consignations, des assureurs et des groupes de protection sociale. Sur les 100 millions d’euros, environ 25 millions d’euros ont été engagés dans 40 entreprises pour une durée de cinq à sept ans. Comme nous nous sommes lancés en 2013, nous ne sommes pas encore sortis des entreprises dans lesquelles nous avons investi.
Que recherchent vos partenaires financiers ?
La CDC a une tradition de financement des activités d’intérêt général, et notamment de l’économie sociale et solidaire (ESS), et c’est donc naturel pour elle de participer à nos fonds. Quant aux autres investisseurs, ils estiment important de financer l’économie réelle, sachant que l’ESS représente tout de même entre 5 et 10% du PIB de la France. Ces investissements entrent dans le cadre de leur politique de responsabilité sociale et environnementale. On remarque aussi un intérêt grandissant pour ces nouvelles classes d’actifs que représentent les fonds d’impact. Enfin, nos partenaires sont en recherche de contacts avec les acteurs de la nouvelle économie.
Quelles sont les entreprises dans lesquelles vous avez investi ?
Il s’agit de jeunes entreprises innovantes à fort impact social et/ou environnemental, et d’entreprises de l’ESS au sens de la loi de 2014. Ce sont des coopératives, des Scop, des Scic, des mutuelles, mais aussi des entreprises du secteur marchand, actives dans des secteurs variés tels que les services, l’agriculture ou l’industrie agroalimentaire. Par exemple, dans le secteur agroalimentaire et alimentation, nous avons investi dans Jimini’s, Café Michel, Ethiquable, Castalie ou encore les Fermes de Figeac.
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Quels sont les critères d’investissement ?
Nous investissons dans des entreprises en phase de décollage, à fort potentiel de développement économique et qui présentent aussi un fort potentiel en termes de plus-value environnementale et/ou sociale. Il faut que la dimension environnementale et/ou sociale soit au cœur de la stratégie de l’entreprise portée par l’entrepreneur pour que nous décidions de participer. Nous menons donc des entretiens avec le porteur de projet et, pour évaluer le potentiel de l’entreprise et son impact, nous avons mis au point en interne notre propre outil d’analyse, CDI Ratings.
Quelles sont vos modalités d’intervention ?
Cela dépend de la forme juridique. Pour les coopératives, nous privilégions les titres participatifs, car il est impossible de réaliser une plus-value sur un investissement en capital. En revanche, pour les entreprises du secteur marchand, nous entrons au capital et nous faisons en général partie du comité stratégique de l’entreprise. Nous acquérons toujours une part minoritaire du capital et nous nous fixons comme objectif de doubler au moins la valeur de l’entreprise, et son impact social, sur une durée de 5 à 7 ans. Dans les entreprises, nous investissons en moyenne 400 000 euros, avec un plafond à un million d’euros. Mais dans les entreprises de l’ESS, dont les coopératives, le Fonds NOVESS permet d’investir jusqu’à 5 millions d’euros. Par exemple, nous avons investi 500 000 euros dans les Fermes de Figeac, 800 000 euros dans Ethiquable et un million dans le Relais.
Vos prises de participations concernent aujourd’hui seulement la France. Allez-vous investir à l’étranger à l’avenir ?
Nous travaillons actuellement sur un projet d’investissement en Belgique, mais demain nous voulons financer des start-up à l’étranger, en particulier dans les pays émergents. Pour cela, nous pourrons nous appuyer dans le réseau d’incubateurs que nous avons mis en place, notamment en Afrique. Les jeunes pousses que nous hébergeons dans nos incubateurs du Maroc, de Tunisie et d’Afrique du Sud rencontrent beaucoup de difficultés à se financer localement. C’est pourquoi nous travaillons actuellement sur un fonds d’amorçage qui pourrait voir le jour au deuxième semestre de cette année.