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Biomatériaux Démarrage de la production de chanvre chez Euralis

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La production de chanvre a démarré en vraie grandeur au groupe coopératif béarnais Euralis en 2009, avec un quadruplement de ses surfaces cette année. Ce n’est qu’un début, a expliqué le groupe lors d’une visite de presse le 16 septembre, car Euralis développera dans les prochains mois ses innovations dans les matériaux à partir de chanvre. Pour les producteurs, cette stratégie ouvre une diversification de plus, et dans une culture sans pesticides.

C’est vraiment parti pour la production de chanvre chez Euralis, groupe coopératif à dominante céréalière, basé à Pau. Les surfaces cultivées en chanvre chez Euralis sont passées de 700 hectares en 2008 à 2 900 cette année, tous sous contrats, pour alimenter son usine de défibrage inaugurée en mai 2008, a indiqué Daniel Salviac, agriculteur adhérent d’Euralis, président de l’Association Chanvre de Garonne. Éric Gazagnes, directeur du développement agricole d’Euralis-Coopéval, la partie chanvrière d’Euralis, a indiqué le 16 septembre que le groupe entend « s’inscrire sur le nouveau métier des biomatériaux », et à l’échelle industrielle. Coopéval est une coopérative toulousaine, qui a rejoint le groupe Euralis en 2007, et qui développe depuis 2005 la culture du chanvre dans le Sud-Ouest.
Produit labellisé
Le développement de la production de chanvre ne fait que commencer. Euralis a mis au point une brique de chènevotte (la partie moelleuse de la paille du chanvre, une fois la fibre extraite) pour la construction de maisons à basse consommation d’énergie. Le groupe coopératif a obtenu la labellisation de ce produit par AgriMip, pôle de compétitivité de la région Midi-Pyrénées. Il reste à obtenir un avis du Centre scientifique et technique du bâtiment, prévu pour fin 2010. Le lancement commercial de cette brique à base de chènevotte, sans ciment et contenant un liant issu de la chimie végétale, est prévu début 2011. Euralis mise sur la construction d’une quarantaine de maisons par mois, utilisant ces briques de chènevotte. Le constructeur est trouvé. « Il s’agit d’un des deux briquetiers toulousains », a avancé Éric Gazagnes sans en dire davantage.
Une machine de projection automatique du chanvre
Éric Gazagnes espère aussi l’arrivée d’une innovation très attendue dans le secteur du bâtiment, pour développer le débouché de la chènevotte : la fabrication en série d’une machine de projection automatique du chanvre, mise au point par un inventeur, Laurent Goudet, avec l’appui d’Oséo. « C’est un très bel outil », a commenté Éric Gazagnes, qui rencontrera prochainement Laurent Goudet.
La chènevotte représentant 45% de la masse de la paille de chanvre, les transformateurs cherchent à valoriser au mieux ce co-produit. La chènevotte est pour l’instant transformée en litières pour chevaux, élevage de canards gras et lapins, et en paillages de sols de jardins et parcs pour éviter le développement des mauvaises herbes.
De la fibre pour l’industrie automobile et aéronautique
Quant à la fibre, qui représente 35% du poids de la paille de chanvre, elle sert pour l’instant à la confection de voiles, cordes, ficelles, papier type Bible, papier à cigarette, et comme laine isolante pour les bâtiments, marché en forte croissance. Mais Euralis travaille avec les chercheurs toulousains de chimie végétale (l’Ensiacet) à développer l’emploi de la fibre dans la fabrication de matériaux composites pour l’industrie automobile et aéronautique. « Nous menons des travaux avec des filiales d’Airbus et avec des constructeurs automobiles », a précisé Éric Gazagnes.
Enfin la poudre, autre co-produit de l’industrie du défibrage, qui représente 20% du poids de la paille de chanvre, est utilisée comme fertilisant organique, mais Euralis envisage d’en vendre à un cimentier comme combustible.

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