Depuis 2005, les exploitants dépensent peu dans les machines agricoles. Il existe presque autant d’explications à cette tendance qu’il y a de type de culture : priorité à d’autres investissements chez les éleveurs, regroupements entre céréaliers ou conjoncture défavorable pour les viticullteurs. Une forme d’attentisme et des incertitudes face aux baisses annoncées des primes Pac, semblent néanmoins ressortir assez nettement.
Le Sedima (Syndicat national des entreprises de service et distribution du machinisme agricole), par la voix de son secrétaire général Michel Bombon, estime que cette année la baisse est réelle (environ 10 %). « L’année dernière on pouvait simplement parler de tassement avec environ 5 % de diminution », précise-t-il. Le syndicat invoque des raisons psychologiques pour expliquer la tendance. En particulier un certain attentisme du fait de l’incertitude vis-à-vis des montants des DPU. Car, explique t-il, alors que dans certaines régions les agriculteurs constatent une baisse objective de leurs revenus, les régions pour lesquelles la conjoncture est plus favorable n’investissent pas plus dans les machines agricoles.
Des exploitants suréquipés qui se regroupent
Du côté des concessionnaires, le pessimisme règne. « Une catastrophe !», s’alarme-t-on. La baisse des revenus est bien évidemment citée, mais là n’est pas la seule explication en cause. Tous s’accordent à dire que les exploitations agricoles étaient suréquipées en tracteurs. « Immanquablement il fallait que le marché chute », confirme l’un d’entre eux. Un constat qui semble se vérifier quels que soient les types de culture.
Dans le secteur des grandes cultures, le regroupement entre agriculteurs paraît également jouer un rôle important sur la diminution. « Ce que l’on pressentait depuis un certain temps se confirme,explique M. Segard, chargé de mission au Cerel (Centre d’économie rurale d’Eure-et-Loir), de plus en plus d’agriculteurs ont le réflexe de se regrouper, ou tout du moins d’acheter du matériel en commun pour optimiser leur parc. C’est une vraie nouveauté et ça devrait se poursuivre ».
Malgré cela, les moissoneuses-batteuses ont fait de bon chiffres du fait d’un parc vieillissant. « C’est une année exceptionnelle, on est à près de trois fois plus de ventes que l’an passé », se réjouit un concessionnaire du Val-d’Oise.
Vient s’ajouter à la tendance, un matériel qui est de plus en plus fiable, comme le relèvent les distributeurs. Le renouvellement est d’autant moins fréquent, plus encore dans les régions de grandes cultures où les machines sont assez peu sollicitées.
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D’autres priorités
Dans l’Oise, par exemple, où les revenus des agriculteurs sont plutôt corrects, l’investissement dans des tracteurs est très faible. « C’est la sinistrose», se lamente un concessionnaire du département qui compte 50 % de vente en moins depuis janvier par rapport à l’année précédente. « Face aux inquiétudes quant à l’avenir, les agriculteurs préfèrent se faire un bas de laine en vue d’investir, dès que cela sera possible, dans le rachat de terres », suppose-t-il. « Dans les régions d’élevages, les exploitants agricoles préfèrent, pour le moment, miser leur argent sur le « plan bâtiment « plutôt que sur l’achat de machines », analyse-t-on à la DDAF (Direction Départementale de l’Agriculture et de la Forêt) du Puy de Dôme.
Les ventes de machines spécialisées pour la culture de la vigne subissent, elles, de plein fouet, la mauvaise conjoncture viticole. Etrangement, constatent les concessionnaires, les tracteurs vignerons se vendent « moins mal » que le reste (et que prévu). Alors qu’ils demandent un investissement plus important ! D’une part les constructeurs ont fait des efforts sur les prix et pour faciliter le paiement (système de crédit intéressant...). D’autre part, un concessionnaire en Languedoc se demande s’il ne s’agit pas là d’une adaptation à la crise que traverse la viticulture : « Plutôt que d’employer du personnel, certains viticulteurs doivent préférer s’équiper d’un tracteur, et espèrent ainsi faire des économies. Car la plupart des ventes se font sans reprise d’un tracteur d’occasion», il ne s’agit donc pas, selon lui, du remplacement de machines usagées.
Quel avenir ?
Si la plupart s’attendent à une reprise progressive des ventes avec les prochains résultats des DPU, d’autres évoquent déjà des adaptations nécessaires et envisagent d’être plus prudents sur la reprise de materiel d’occasion. La montée en gamme constitue également un espoir : « On vendra moins de matériel, mais il sera plus puissant et donc plus cher », essaie de se rassurer Frédéric Guilbaut, concessionnaire dans la Nièvre, même si cela ne devrait pas suffire à compenser le déficit.
Enfin, d’autres tablent sur le salon Innov-agri, un salon professionnel agricole qui se tient les 5, 6 et 7 septembre, pour relancer un peu les ventes et rattraper les mauvais chiffres du premier semestre.