Sur la base de témoignages anonymes, le rapport d’une ONG conclut qu’il faut stopper une guerre des prix à l’origine d’un appauvrissement de tous les maillons de la chaîne agroalimentaire, en commençant par les agriculteurs.
C’est le premier rapport centré sur la France qu’a publié le 2 juin l’ONG britannique Inside Track, dont la démarche est plutôt originale. « Notre rapport est basé sur des entretiens avec une quinzaine de cadres dirigeants en activité, des secteurs agricole, agroalimentaire et de la distribution, qui se sont exprimés anonymement », explique Mathieu Dalmais, porte-parole de cette campagne d’Inside Track. Les deux auteurs du rapport, également anonymes, sont des cadres ayant travaillé dans le domaine. Selon l’ONG, l’anonymat est censé garantir une liberté de parole de la part des auditionnés. Elle souligne sa totale indépendance, étant « financée par des mécènes particuliers », selon Mathieu Dalmais.
Système de pilotage de toute la chaîne
La conclusion du rapport est sans appel : la guerre des prix entre distributeurs français et ses conséquences sont néfastes pour l’ensemble de la chaîne de valeur agroalimentaire. « Le prix bas » est « devenu un système de pilotage de toute la chaîne » qui « ne fait pas disparaître les coûts » mais « les déplace vers les agriculteurs, les industriels et les consommateurs », est-il écrit dans ce rapport. « Les agriculteurs […] n’arrivent plus à vivre ni à investir dans la transition environnementale, […] et les industriels […] dégradent la qualité, reportent la pression sur leurs propres fournisseurs, ou renoncent à des engagements filières dès qu’ils ne sont plus valorisables. » Les coûts sont aussi déplacés « sur les consommateurs, qui paient plus tard en santé, en qualité alimentaire, en eau dégradée, et, au bout du compte, en impôts et en cotisations. » La grande distribution est particulièrement visée en tant qu’architecte principal de ce système, elle qui « maîtrise le prix facial, la promotion, le linéaire, les produits d’appel, la péréquation des marges et, au bout du compte, une grande partie de l’offre réellement accessible aux consommateurs. »
Aussi, les auteurs demandent-ils plus de transparence sur les ingrédients, la qualité nutritionnelle et leur origine, « corriger les angles morts d’Egalim » en « empêchant que la pression soit simplement déplacée des matières premières agricoles vers les autres lignes de coûts » grâce à des audits et plus de contrôles des Fraudes, « encadrer publicité, promotion et mise en avant des produits les plus problématiques pour la santé et l’environnement », et stopper les péréquations de marges au détriment des « produits sains, frais, bio ou durables », par exemple en mettant en place des taux de TVA différenciés.
CB