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Des consommateurs prudents, une opportunité pour le vrac

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Les ventes de produits en vrac ont poursuivi leur progression en 2020, mais plus faiblement que les années précédentes en raison des fermetures de magasins imposées par le confinement. L’achat de la quantité seulement nécessaire de produits est la première préoccupation des consommateurs lorsqu’ils se tournent vers le vrac.

Les ventes de produits en vrac ont poursuivi leur progression en 2020, mais plus faiblement que les années précédentes en raison des fermetures de magasins imposées par le confinement. L’achat de la quantité seulement nécessaire de produits est la première préoccupation des consommateurs lorsqu’ils se tournent vers le vrac.

Et si le contexte économique dégradé, poussant les consommateurs à plus de vigilance sur leurs dépenses, était favorable à l’essor du vrac ? C’est la question qui se pose aujourd’hui aux professionnels des produits en vrac, industriels, grossistes et distributeurs. Cette hypothèse vient d’une enquête d’opinion menée en décembre 2020 par Nielsen auprès de 9 900 foyers français répondants. « La première raison pour laquelle un consommateur achète des produits en vrac est la possibilité d’obtenir la quantité dont il a vraiment besoin », souligne Isabelle Kaiffer, directrice des études consommateurs de Nielsen. Quelque 37 % des répondants citent cette raison pour acheter des produits en vrac. « Le consommateur qui achète des biscuits en vrac dépense moins car il choisit le nombre de biscuits dont il a besoin, alors qu’avec le produit emballé, il est forcé d’acheter une quantité plus importante, quand on ne l’incite pas à opter pour un lot en promotion », insiste de son côté Célia Rennesson, directrice du Réseau Vrac, l’association qui regroupe les professionnels et les représente auprès des pouvoirs publics. Le contexte économique dégradé joue aussi sans doute son rôle, alors que de plus en plus de ménages regardent à deux fois pour leurs dépenses alimentaires du quotidien. « Le vrac est un moyen de mieux gérer ses dépenses pour un ménage qui connaît des fins de mois difficiles », ajoute Célia Rennesson. Selon l’étude Nielsen Homescan PanelViews de novembre 2020, seuls 24 % des foyers ne changent rien à leurs dépenses, tandis que 76 % des ménages font attention à leurs dépenses.

Outre l’aspect financier, cette recherche d’une juste quantité est à rapprocher de la motivation anti-gaspillage, de plus en plus forte parmi les consommateurs. 22 % achètent en vrac pour réduire leur quantité d’emballages jetables. Et c’est même la première motivation des acheteurs réguliers de produits en vrac, au coude à coude avec la juste quantité.

Des attentes en épicerie et entretien/hygiène-beauté

Autre enseignement de cette radiographie des acheteurs de vrac : leur profil. « Les acheteurs de vrac ne sont pas de jeunes urbains à fort pouvoir d’achat, des bobos, mais plutôt Monsieur Tout Le Monde », indique Isabelle Kaiffer. 38 % vivent seuls, 40 % vivent dans les villes de moins de 20 000 habitants ou en zone rurale et la majorité a plus de cinquante ans. Les hyper et supermarchés sont les premiers lieux qu’ils citent pour acheter du vrac, suivi des magasins biologiques.

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Interrogés sur les attentes, les consommateurs français souhaitent avoir plus de produits en vrac dans les magasins qu’ils fréquentent. Les rayons où ils s’attendent à une offre plus étoffée est l’épicerie, le rayon le plus adapté aux produits en vrac, mais aussi l’entretien et l’hygiène-beauté. Un consommateur sur trois aimerait acheter en vrac des aliments pour animaux de compagnie. Faisant leurs achats de vrac en premier dans les grandes surfaces, 54 % des consommateurs s’attendent aussi à trouver des marques (73 % des acheteurs de vrac). Des expérimentations sont déjà lancées (douze marques participent au programme expérimental All 4 Bulk dans des magasins Franprix, cf Agra Alimentation du 24 février 2021), mais ils recherchent surtout à acheter ces produits de marque moins chers, puisqu’ils ne sont pas emballés, en lien avec les contraintes économiques actuelles. Ces marques pourraient proposer des produits identiques, plus sains ou bio, et même des produits sous signes de qualité ou d’indication géographique.

Probable déploiement de l’ultra-frais

Faire Bien, la marque bio et équitable des Prés Rient Bio (Danone) pour les réseaux spécialisés biologiques, vient justement de mettre en place dans cinq épiceries Day By Day de Paris et de la petite couronne une offre de yaourt nature en vrac. Concrètement, un distributeur réfrigéré aux couleurs de la marque est installé dans chaque magasin, alimenté par une poche de yaourt remplie sur le site de production de Faire Bien, en Normandie. Le client apporte son propre contenant et le remplit lui-même. C’est une première pour les produits ultra-frais rarement proposés en vrac, qui fait suite à un test mené par la marque dans un magasin Day By Day en 2019. « Nous étions convaincus de l’intérêt d’une telle proposition. Ce test en conditions réelles a confirmé, au-delà de nos espérances, la demande de la part des consommateurs », selon David Sutrat, co-fondateur du réseau Day By Day. Un déploiement national est à l’étude dans le réseau Day By Day qui compte soixante-douze magasins en France.

Réseau Vrac se montre optimiste sur le potentiel commercial des produits en vrac en France, et renouvelle son objectif d’atteindre 3,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2022 « parce que le parc de magasins vrac grandit, l’offre de produits en vrac s’élargit, de plus en plus de marques s’y mettent ». En outre, « le cadre législatif va soutenir cette croissance », assure l’association. Pourtant, l’année 2020 s’est terminée sur une progression bien plus faible que les années précédentes : 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2020 (+8 %), après une année 2019 à 1,2 milliard d’euros, en hausse de 41 % par rapport à 2018. Selon Nielsen, en janvier 2020, 40 % des foyers français étaient acheteurs de produits en vrac, contre 37 % en décembre 2020. Entre-temps, le Covid-19 est passé par là : les magasins ont parfois fermé leurs rayons vrac et les consommateurs les ont moins fréquentés, craignant d’être contaminés. Et les nouvelles habitudes d’achat n’ont pas aidé les produits en vrac : ainsi, le drive, qui ne propose pas de vrac a vu ses ventes bondir de 42 % en 2020, et parmi les formats de magasins, ce sont les proxi, dépourvu souvent de rayons vrac qui ont connu la plus forte hausse d’activité. La chute a été brusque pendant le premier confinement avec seulement 22 % de foyers acheteurs. Mais les clients sont désormais presqu’autant à fréquenter ces rayons, avec une certaine assiduité puisqu’un acheteur de vrac sur deux y fait ses courses au moins une fois par mois.