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Des contre-sanctions parties pour durer

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Outils de politique intérieur et extérieur, l’autosuffisance alimentaire et les contre-sanctions s’inscrivent dans la stratégie d’autonomisation de la Russie portée par Vladimir Poutine dans différents domaines économiques. Avec les tensions récurrentes autour du dossier ukrainien, la levée de l’embargo paraît impossible à court terme, selon les connaisseurs de la politique russe.

Épousant la volonté de Vladimir Poutine d’une Russie retrouvant son autonomie et sa capacité d’action dans le monde, la doctrine sur la sécurité alimentaire formalisée en 2010 s’est d’abord édifiée en opposition aux souvenirs des années post-chute de l’URSS. « Pendant les années de transition, les Russes ont manqué de tout, la plupart des produits alimentaires venaient de l’étranger : les cuisses de poulet américain (appelées par la population “les cuisses de Bush”) ont marqué la conscience collective et Vladimir Poutine fait tout pour se démarquer de ces années qu’il appelle les années de “chaos” et de “développement sauvage” », rappelle Tatiana Kastoueva-Jean, directrice du centre Russie de l’Institut français des relations internationales (Ifri). L’objectif d’autosuffisance est donc autant un objectif de politique intérieure qu’extérieure. « La doctrine de sécurité alimentaire énumère clairement les facteurs qui y poussent : on y trouve autant les risques extérieurs (baisse de la croissance mondiale, épidémies du bétail et de la volaille, conjoncture politique internationale) qu’interne (baisse de l’attractivité du secteur agro-industriel pour les investissements, retard technologique) », ajoute-t-elle.

« La globalisation mal maîtrisée est la hantise du Kremlin »

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Une quête d’autonomie qui s’est accentuée avec la mise en place de l’embargo sur les produits alimentaires occidentaux. « La dépendance à l’extérieur, la globalisation mal maîtrisée sont la hantise du Kremlin. Cette tendance a été accélérée depuis 2014 avec ce qui est interprété comme un comportement hostile de l’Occident. L’autonomisation est un objectif recherché à la fois dans les finances, les systèmes de paiements et de crédits, les industries (avant tout le complexe militaro-industriel), et l’agriculture », analyse Tatiana Kastoueva-Jean.

Dans ce contexte, il paraît difficile de pronostiquer une date de levée de l’embargo. Il est peu probable que la Russie revienne dessus alors que les sanctions européennes sont conditionnées au respect des accords de Minsk, qui sont dans l’impasse, et que les conditions de levée des sanctions américaines sont encore plus floues. « Les contre-sanctions ne sont pas près d’être levées. D’ailleurs, dans les prévisions économiques officielles russes jusqu’en 2024, les sanctions sont maintenues », relève une source diplomatique française à Moscou. Même si celles-ci devaient être levées, le retour opérationnel des Européens sur le marché russe n’est pas garanti après 5 ans d’interdiction. « Même s’ils mettent fin aux sanctions d’ici 2 ou 3 ans, nos productions alimentaires auront beaucoup de mal à retrouver leur place », pronostique cette même source.