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Conférence Des coopératives focalisées sur des relations de confiance avec l'amont et l'aval

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La transparence, la confiance, le dialogue doivent nourrir les relations des coopératives avec leurs partenaires, sont venus témoigner plusieurs groupes à la 6e Conférence européenne des coop agricoles, organisée le 22 septembre par le quotidien économique Les Echos, à Paris. Une étude présentée par L'ObSoCo a mis en avant l'intérêt d'axer les messages au consommateur sur la proximité, la marque, le « fait ensemble ».

« L'adage selon lequel “pour vivre heureux vivons cachés” est une erreur stratégique pour les agriculteurs, a estimé Christophe Brasset, DG adjoint des métiers agricoles chez Vivescia, lors de la journée du quotidien Les Echos co-organisée avec Coop de France.

Ça intéresse les consommateurs et les industriels de savoir comment on produit. » Raison pour laquelle la coopérative a organisé des visites d'exploitations pour les responsables des achats d'In-Bev, premier brasseur mondial. « La confiance repose sur la transparence, a-t-il déclaré. On s'attache beaucoup à emmener nos clients chez nos producteurs et vice-versa. » D'après lui, InBev est sorti « conforté » de ces visites aux champs, avec l'impression que le discours de Malteurop (Vivescia Industries) correspond à la réalité.

Terrena a annoncé l'extension de son partenariat de marque (« co-branding ») avec Système U. Cela concerne les produits Nouvelle Agriculture, issus de contrats sur trois ans entre la coopérative et le distributeur. « On a aujourd'hui deux produits, porc et lapin, la suite arrive très vite : la volaille et le bœuf », a indiqué le président Hubert Garaud. Il a parlé d'« une relation de confiance » avec Système U. A la clé, « une plus-value significative » est versée aux éleveurs, chiffrée à 1 200 euros mensuels pour des exploitations moyennes.

« Le premier élément de la confiance, c'est le dialogue », a considéré Dominique Ciccone, DG de Triskalia. Pour lancer des légumes sous la marque de Système U, la coopérative est allée écouter le distributeur, afin de « comprendre les exigences du marché », a-t-il raconté. « On a cherché à déplacer le débat concernant le prix, en soulignant l'aspect gagnant-gagnant d'un travail ensemble », a-t-il expliqué. Triskalia garantit à Système U un approvisionnement d'origine France, une qualité sous certification Agri Confiance, une certaine quantité. Là encore, c'est la transparence qui dicte la relation entre les deux partenaires, avec un « travail à livres ouverts ».

Des atouts à valoriser auprès du consommateur

D'autres témoignages de coopératives ont expliqué « comment créer une relation de confiance, de la fourche à la fourchette », thème du colloque. « Il faut une réappropriation par les adhérents de leur coopérative », a lancé le président de Maïsadour Michel Prugue, invitant ces dernières à « affirmer avec fierté leur compétence ». « Le métier de paysan coopérateur va au-delà de l'acte de production », a-t-il dit avec l'idée d'un nécessaire accompagnement du produit jusqu'au consommateur.

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Pour le président de Coop de France Philippe Mangin, « les coopératives sont les mieux armées » pour gagner la confiance du consommateur. Elles doivent, selon lui, jouer la carte du développement durable, de la responsabilité sociétale. A l'instar du « lait Candia (qui) est le lait des paysans réunis », synonyme de « profits redistribués aux paysans », de « réinvestissements dans les territoires ».

Les coopératives ont des atouts distinctifs à valoriser auprès des consommateurs, a mis en lumière une étude de L'ObSoCo (L'Observatoire Société et Consommation) à paraître fin septembre. « Dans coopérative, il y a “co” qui a le vent en poupe », a souligné la présidente Nathalie Damery : « Le consommateur a le sentiment de jouer un rôle ». Autre élément valorisant, la proximité, la notion de « fait ensemble ». Le consommateur est également attiré par les marques.

Si l'affiliation des produits à une coopérative reste peu visible dans les rayons, Sodiaal s'y met timidement avec les marques Entremont et Candia. Pour le DG du groupe Frédéric Rostand, le « fairtrade à la française » (commerce équitable, NDLR) est « le premier message à délivrer aux consommateurs et constitue une orientation pour les années à venir ». De son côté, Nicolas Feuillate « hésite » à communiquer sur l'appartenance de la marque de champagne à une coopérative, a confié la DG Julie Campos. « On s'interroge depuis début 2015 », alors qu'« il y a quelques années, on cachait le sujet », a-t-elle admis.

Performances financières : « pas de différence » entre coops et privés, selon le Crédit Agricole

« Il n'y a pas de différence de performances financières entre les coopératives et les sociétés de capitaux », a signalé François Moury, directeur du pôle agroalimentaire du Crédit Agricole. Un constat aussi valable du point de vue de la taille : « Les très grandes entreprises et les toutes petites ont des caractéristiques de rentabilité proches ». À une nuance près : « au milieu, elles sont beaucoup moins profitables financièrement ». De nettes différences apparaissent entre les coopératives polyvalentes et les spécialisées, d'après lui, que ce soit en rentabilité financière (respectivement 1,8 % contre 3,5 % à 5 %) ou en rentabilité des capitaux investis (moins de 2,5 % contre 4,5 % à 7 %).

Acooa va « entrer en sommeil »

En 2011, Coop de France et InVivo créaient une structure commune sous le nom d'Acooa (Alliance des coopératives agricoles). A cette occasion, les deux entités avaient surtout regroupé leur présidence et leur direction générale. Cette situation devrait prendre fin. Coop de France s'est doté d'un secrétaire général avec Pascal Viné et élira bientôt un nouveau président, tandis que Philippe Mangin, qui a annoncé son retrait pour conduire la liste de l'union de la droite et des centristes dans le Grand Est pour le département de la Meuse (à titre indépendant), gardera la présidence d'InVivo. Les objectifs affichés pour Acooa étaient au nombre de quatre : améliorer le lobbying, notamment à Bruxelles, lancer un plan de communication, développer la formation, améliorer les perspectives de débouché à l'international pour les filières qui le souhaitent (notamment la filière viticole). Trois de ces quatre chantiers ont été menés à bien avec la campagne de communication corporate, la création de l'Institut de la Coopération agricole pour la formation, et la naissance du pôle vin d'InVivo. Reste le lobbying à Bruxelles, qui n'est pas le moindre de ces chantiers. Maintenant que Coop de France et InVivo retrouvent chacun un tandem distinct président – dirigeant salarié à leur tête, Acooa va « entrer en sommeil », selon les termes de Thierry Blandinières, directeur général d'InVivo.