La 5e journée européenne des coopératives agricoles, organisée par Les Echos le 23 septembre à Paris, a souligné l'intérêt de trouver des relais de croissance à l'international. Explications et retours d'expérience.
« Les marchés internationaux représentent des opportunités de croissance, de conquête de valeur », a déclaré le président de Coop de France Philippe Mangin, pour qui ça devient « plus difficile en France ». Invité en tribune, il a souligné la « chance immense » que constitue l'évolution de la démographie mondiale ou encore du pouvoir d'achat en Asie. Des coopératives s'efforcent d'y répondre. « Ça bouge beaucoup dans la coopération agricole, avec des alliances, l'émergence de grands acteurs, a noté Philippe Mangin. Il est nécessaire d'aller plus vite, plus loin. A condition que les agriculteurs comprennent l'intérêt des projets stratégiques : il faut une promesse de retour de valeur. »
Restructuration
Une table ronde s'est penchée sur le cas de Sodiaal pour montrer que les grandes manœuvres de fusions et acquisitions vont continuer. « Le mouvement de restructuration va probablement se poursuivre », a estimé Frédéric Rostand, directeur général du groupe laitier. « Beaucoup reste encore à faire », a-t-il ajouté, en évoquant l'exemple de l'Allemagne où règne une certaine atomisation des acteurs.
Sodiaal a pris en quelques années un nouveau visage. Très dépendant du lait de consommation jusqu'en 2010, le groupe coopératif a opéré une diversification. Sa stratégie est d'affirmer une présence sur l'ensemble des métiers, y compris dans les fromages, les poudres et ingrédients, les produits frais et surgelés. « Il s'agit à la fois de partir à la conquête des classes moyennes dans les pays émergents et d'atténuer les risques liés à la libéralisation du secteur », a expliqué Frédéric Rostand.
Face à un marché domestique plutôt atone, les entreprises ont intérêt à « aller chercher la croissance » ailleurs, d'après le directeur de l'agroalimentaire au Crédit Agricole Philippe Chapuis. « Les coopératives se préparent à capter ces marchés, via une politique de marque, des investissements forts », a-t-il souligné.
Engagement des élus
Une autre table ronde a exploré deux modèles d'implantation à l'étranger. Le spécialiste de la pomme Blue Whale mise sur l'export, qui pèse 70 % d'un chiffre d'affaires voisin de 190 millions d'euros. « Il faut motiver le monde agricole français », a lancé le directeur Alain Vialaret. « On a des parts de marché à gagner », a-t-il expliqué, en signalant manquer parfois de marchandise pour la clientèle étrangère. « Cela exige une prise de risque, une taille critique », selon lui.
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InVivo NSA (Nutrition et Santé Animales) mise de son côté sur un autre modèle, basé sur des implantations d'usines à la source. « Le développement à l'international réserve de bonnes et mauvaises surprises », a reconnu le directeur général Hubert de Roquefeuil, en citant pêle-mêle l'instabilité monétaire, les crises sanitaires, les risques géopolitiques. « Cela implique pour les élus d'être fortement engagés », a-t-il déclaré. Pour amortir les risques, la filiale du groupe InVivo est présente industriellement dans une vingtaine de pays, couvre plusieurs métiers et se veut multi espèces. « Il faut beaucoup d'humilité, a souligné Hubert de Roquefeuil. On a parfois affaire à des cultures totalement différentes. Même si l'impression est que le modèle français fonctionne, c'est une erreur de vouloir le dupliquer.
La consolidation dans le monde des coopératives agricoles porte ses fruits, selon le cabinet d'audit et de conseil PwC, qui estime que les dix plus grandes coopératives françaises ont connu un rythme de croissance supérieur à 7 % ces cinq dernières années.
Les coopératives agricoles, qui représente 40 % de la production agroalimentaire, ont entamé il y a quelques années un grand mouvement de concentration : elles ont connu 75 opérations de fusions-acquisitions en 2013, contre 68 en 2012.
Pour devenir un acteur majeur du secteur alimentaire dans le monde, « la taille est l'un des six principaux leviers » avec « l'internationalisation de leurs activités, l'intégration verticale amont et aval, le développement de marques fortes, l'innovation et le développement de filières inclusives avec d'autres acteurs privés et publics », juge le cabinet dans son étude publiée le 23 septembre.
Et cette année, trois coopératives françaises intègrent le top 20 des coopératives européennes et la France est le pays le mieux représenté, même si le classement reste dominé par des coopératives hollandaises, danoises ou allemandes, selon PwC. InVivo est la plus grosse structure tricolore et elle arrive à la 7e place de ce classement.
Sodiaal suit à la 8e place, Terrena à la 12e , Tereos à la 13e , Vivescia à la 15e , suivie d'Agrial et d'Axéréal à la 16e et 17e places.
Sodiaal, qui s'est rapprochée l'an dernier de 3A et s'est emparé des fromageries du Blamont, gagne notamment 12 places d'un coup. Les deux plus grosses coopératives européennes sont d'ailleurs des laitières : la hollandaise Friesland Campina et la danoise Arla Foods. Un secteur qui s'est particulièrement consolidé avant la fin des quotas laitiers en Europe en avril 2015.