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Directive nitrate Des cultures intermédiaires piège à nitrate efficaces selon l’Inra

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L’Inra présentait le 28 juin les résultats d’une étude, commandée par les ministères de l’Ecologie et de l’Agriculture, visant à faire le point sur les acquis, les incertitudes et les questions à approfondir sur la gestion des intercultures. L’étude, menée par un collectif pluridisciplinaire, conclut à une efficacité dans la plupart des situations des cultures intermédiaires pièges à nitrates (Cipan) pour réduire les fuites d’azote et la concentration nitrique de l’eau de drainage des parcelles agricoles.

«Sur quinze ans, nous observons l’efficacité des Cipan sur la réduction des pertes d’azote agricole dans les eaux de percolation », expliquait Eric Justes, chercheur de l’Inra, le 28 juin lors de la présentation des résultats d’une étude sur les cultures intermédiaires en agriculture. Ces recherches ont été menées dans le cadre de la préparation du cinquième programme d’action de réduction des ions nitrate, qui débutera en 2013, déclinant la directive nitrate européenne.

Une étude qui va au-delà des fuites d’azote

Montrant l’efficacité, dans la plupart des situations, des cultures intermédiaires pour réduire les fuites de nitrates d’origine agricole, Eric Justes a souligné qu’à moyen terme ces pratiques permettaient d’économiser 20 à 25 kg d’azote par hectare et par an. En effet, selon lui, les cultures intermédiaires stockent l’azote résiduel des sols entre la récolte et l’implantation d’une nouvelle culture principale, et le relâchent après leur destruction par minéralisation. Cet azote minéralisé profite ainsi à la culture suivante et permet de diminuer le recours aux engrais azotés. Mais ces cultures intermédiaires offrent d’autres « services écosystèmiques », selon l’Inra, comme la protection des sols de l’érosion hydrique, notamment en les enrichissant de matière organique, ou le stockage du carbone atmosphérique dans les sols, diminuant de fait les émission de gaz à effet de serre de l’agriculture. Autre aspect intéressant, ces pratiques contribueraient au contrôle des adventices, des maladies ou des ravageurs en agriculture. Revenant à l’azote, Eric Justes a indiqué que « perdre un kilo d’azote, c’est perdre un kilo de pétrole ».

Limites et controverses

Si, « dans la plupart des cas », l’implantation de cultures intermédiaires permet de réduire les fuites de nitrates d’origine agricole, la mise en place de ces intercultures n’est pas toujours évidente. Ainsi, des voix d’agriculteurs, lors de la présentation des résultats de l’étude, se sont élevées dans la salle pour signaler que dans des terres argileuses, à un taux supérieur à 35%, ces cultures avaient du mal à lever. Dans ces zones, les agriculteurs obtiennent, année après année, au coup par coup, des dérogations à leur obligation d’implanter des cultures intermédiaires. « Les terres argileuses sèches après les récoltes en juillet ne peuvent être facilement travaillées pour implanter des cultures intermédiaires, qui parfois ne lèvent pas », a témoigné Luc Servant, président la Chambre d’agriculture de Charente-Maritime, en évoquant des remontées du terrain. Autre souci pour les agriculteurs, la destruction des intercultures avant l’implantation de la principale. Certains indiquent que si l’on perd moins d’azote dans le milieu, mais qu’en revanche on utilise davantage d’herbicide pour détruire les intercultures, l’avantage de ces pratiques est moindre. Ce à quoi Eric Justes a répondu que « seulement 10% des couverts végétaux intermédiaires sont détruits par des herbicides selon une étude du ministère de l’Agriculture sur les pratiques agricoles ».

Adapter les pratiques agricoles

Dans la plupart des cas, les cultures intermédiaires sont détruites par le gel, si elles sont encore implantées en hiver dans l’attente d’un semis de printemps, ou de façon mécanique, par le passage d’un outil. Ce à quoi les agriculteurs ont rétorqué que « si on augmente le nombre de passages, on augmente l’utilisation de gasoil et on pollue davantage ». Mais Eric Justes souligne que les quantités de carbone fixées dans le sol par les cultures intermédiaires une fois détruites faisaient plus que compenser les émissions de gaz à effet de serre liés à la consommation de carburant. À ce sujet, Daniel Collard, agriculteur dans la Marne, a indiqué utiliser un outil combinant simultanément préparation du sol et semoir pour implanter ses intercultures, principalement du radis dont la levée et la croissance sont rapides, ce qui lui permet de limiter le nombre de passages dans ces parcelles. Les conclusions de l’étude ouvrent de nouvelles voies de recherches, concernant notamment l’adaptation aux sols et aux climats locaux des espèces utilisées en interculture. L’idée étant notamment, concernant leur destruction, de trouver des espèces gélives adaptées aux conditions climatiques locales.

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