Les marges bénéficiaires « exorbitantes » de la grande distribution dans la filière agroalimentaire, au détriment des producteurs agricoles et des consommateurs deviennent de plus en plus inacceptables. Les institutions européennes doivent prendre des mesures pour assurer un prix raisonnable aux consommateurs et un revenu décent aux producteurs. C’est ce que réclame avec force la Pologne, soutenue en cela par une dizaine d’Etats membres, dont la France . Bruxelles promet un rapport sur la question avant la fin de l’année 2009.
La disparité croissante entre les prix payés aux producteurs agricoles et les prix à la consommation a atteint un point tel qu’il est urgent que les institutions européennes prennent des mesures décisives, estiment les autorités polonaises dans la note qu’elles ont soumise à leurs partenaires européens lors du dernier Conseil des ministres de l’agriculture. Intitulée « Problème des marges considérables du commerce de détail dans la chaîne alimentaire », la note rappelle qu’en Pologne tandis que les prix agricoles ont augmenté de 16%, les prix de détail se sont envolés de 25% dans les huit dernières années. Dans le cas du lait, les marges ont été pratiquement multipliées par deux. Le problème ne concerne pas seulement les producteurs agricoles et des denrées alimentaires, qui sont contraints de continuer à réduire leurs coûts et leurs marges, mais également les consommateurs, et en particulier, les ménages à faible revenu dont les dépenses alimentaires représentent une part importante de leurs dépenses totales. Des ménages particulièrement nombreux dans les nouveaux Etats membres les plus pauvres de l’UE. En Pologne, la part des dépenses alimentaires dans le total des dépenses des ménages (26 %) reste presque deux fois plus élevée que la moyenne de l’Union européenne. Si les grandes différences entre les prix des producteurs et les prix à la consommation peuvent résulter de facteurs structurels tels que le rôle croissant des intermédiaires, la part croissante des coûts de facteurs non-agricoles (principalement l’énergie), c’est surtout le degré élevé de concentration du secteur de la grande distribution qui avec sa domination du marché de gros et de détail, contraint les producteurs à baisser leurs prix. Selon la note polonaise, ce degré de concentration dans l’UE à 15 a été multiplié par trois au cours des 15 dernières années et dépasserait actuellement les 70 %. L’intérêt public européen exige de maintenir le niveau des prix et une concurrence loyale, en particulier en ce qui concerne les biens stratégiques, comme les produits agricoles et alimentaires. Les consommateurs devraient être en mesure d’acheter de la nourriture à des prix raisonnables et les agriculteurs devraient obtenir des revenus stables. Le déclin observé dans les prix des produits agricoles (qui n’est pas compensé par la réduction des coûts de production), conduit à la détérioration de la situation financière des agriculteurs. Beaucoup d’agriculteurs renoncent donc à la production agricole, faute de prix rentables et la course aux prix agressifs conduit à la détérioration de la qualité des produits alimentaires. Dans ce contexte, il est important de souligner que, comme le Parlement européen l’a fait dans sa résolution, « le démantèlement progressif des mesures d’intervention n’est pas propice à la stabilité de la production agricole et des revenus agricoles ».
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La Commission promet un rapport fin 2009
En réponse à la note de la délégation polonaise, la plupart des ministres ont estimé nécessaire de suivre de près l’état du marché et plusieurs d’entre eux (dont Michel Barnier) ont plaidé en faveur d’un cadre davantage réglementé, alors que d’autres Etats membres (comme la Suède ou les Pays-Bas), ont déclaré que les instruments actuels de gestion du marché étaient suffisants. Plusieurs ministres avaient aussi attiré l’attention sur le fait que les producteurs sont en position de faiblesse vis-à-vis des grandes chaînes de magasins de vente au détail, ainsi que sur la nécessité de répercuter la diminution des prix dans l’ensemble de la filière agroalimentaire et pas seulement au niveau des producteurs. En ce qui la concerne, la commissaire à l’agriculture, Mariann Fischer-Boel, a indiqué que ses services présenteraient un rapport sur cette question des prix alimentaires avant la fin de l’année 2009. Elle a rappelé qu’en janvier dernier, elle avait présenté une communication sur les prix des denrées alimentaires, qui incluent une « feuille de route » visant à améliorer le fonctionnement de la chaîne alimentaire.