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Santé Des eurodéputés demandent l’interdiction des nitrites et nitrates dans la charcuterie industrielle

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La présence de nitrites et nitrates dans la charcuterie n'a pas fini de faire débat. Un groupe d’eurodéputés français et belges, conduit par Michèle Rivasi (groupe des Verts, France) a organisé une conférence au Parlement européen, en présence du journaliste de France 2, Guillaume Coudray, auteur du livre Cochonnerie, comment la charcuterie est devenue un poison et du documentaire de l’émission Cash Investigation sur le même sujet, pour alerter les consommateurs sur les dangers de ces additifs pour la santé.

Un groupe d'eurodéputés français et belges conduit par Michèle Rivasi (Verts) a organisé une conférence de presse le 21 février au Parlement européen pour faire un point sur la charcuterie enrichie en nitrites. Le mot d'ordre : alerter les consommateurs, et leur conseiller de choisir leurs jambons et leurs saucissons sans nitrites, ni nitrates car ce sont deux additifs dangereux pour la santé. Au final, la volonté de ces eurodéputés est d'interdire l'utilisation des nitrites dans la charcuterie au niveau de l'Union européenne. 

La députée Verte, Michèle Rivasi, a précisé que chaque année en France, plus de 40 000 nouveaux cas de cancers colorectaux sont répertoriés et que 17 000 décès par an sont enregistrés (soit plus de 42 %). Seuls 5 à 10 % de ces cancers, a-t-elle souligné, sont d’origine génétique. Les autres, selon elle, « pourraient être liés à la présence de nitrites dans la charcuterie industrielle notamment ». Elle a rappelé qu’en 2015, le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer, géré par l’OMS) a classé les charcuteries dans la catégorie 1, c’est-à-dire celle des agents cancérogènes pour l’homme et a affirmé que leur consommation peut provoquer le cancer colorectal chez l’homme. En 2007 déjà, a-t-elle ajouté, le World Cancer Research Fund a recommandé d’éviter totalement la consommation de charcuterie traitée aux nitrites de sodium (E 250) et de nitrates de potassium (E 252, salpêtre).

Haro sur les analyses de l’EFSA

Mais, regrette la députée Verte, l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) n’a pas tenu compte de ces avertissements et, « comme pour le glyphosate, elle a brouillé les cartes et s’est faite l’avocate des arguments de l’industrie pour justifier son inaction dans la régulation des additifs cancérogènes dans la charcuterie industrielle européenne ». Elle affirme que les rapports de l’EFSA de juin 2017 sur les nitrites et les nitrates dans la charcuterie (voir encadré) « sont truffés de copié-collé des études financées par l’industrie agroalimentaire ».

De son côté, Guillaume Coudray, l’auteur du livre Cochonnerie, comment la charcuterie est devenue un poison, a fait observer que les industriels de la charcuterie jurent que les additifs sont indispensables pour protéger les consommateurs contre certaines bactéries qui provoquent le botulisme alimentaire (intoxication alimentaire due à la présence de la toxine botulique principalement dans les conserves artisanales ou familiales). « La réalité, a-t-il souligné, est que ces nitrites et nitrates servent à accélérer la fabrication de cochonnailles, à donner à la chair une appétissante couleur rosée, à baisser les coûts de production et surtout à maximiser les profits des industriels ». Selon lui, il s’agit « d’ un véritable scandale sanitaire où désinformation, mensonges et mauvaise foi s’entremêlent au prix de la santé des consommateurs ».

Il explique que les industriels rechignent à abandonner leur méthodes de nitritage des jambons et des saucissons, car supprimer celui-ci obligerait à adapter les méthodes de travail (il faut embaucher plus de travailleurs, il faut suivre des règles d’hygiène plus contraignantes, il faut s’interdire d’utiliser du « minerai » de viande de qualité douteuse, il faut réformer le filière…). Le journaliste de France 2 estime que les fabricants de charcuterie industrielle s’opposent à la suppression du nitritage car ces derniers affirment que, sans lui, le jambon de Paris et les lardons ne seraient plus roses mais blancs ou gris, de quoi effaroucher le chaland et donc risquer de vendre beaucoup moins car, selon eux, la couleur rose donne au consommateur l’illusion de la fraîcheur.

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Quid pour la suite ?

Et pourtant, soutient Michèle Rivasi, « fabriquer de la charcuterie sans nitrites ni nitrates est possible : nous avons l’excellent exemple des producteurs de jambon de Parme qui après avoir utilisé pendant des années les nitrites et les nitrates dans leurs produits, les ont totalement bannis à partir des années 1990". Ces derniers, assure l’eurodéputée, produisent aujourd’hui quelque 9 millions de jambons par an « sans avoir un seul cas de botulisme en 25 ans grâce à des mesures d’hygiène strictes ».

Selon elle, le principe de précaution impose que les nitrites et les nitrates dans la charcuterie industrielle soient bannis au plus tôt en France – dans les cantines scolaires en particulier – et ensuite à l’échelle européenne.

Elle a annoncé que dans les prochaines semaines, sera organisée une audition au Parlement européen qui regroupera industriels de la charcuterie, distributeurs, associations de consommateurs, professionnels de la santé, institutions européennes et représentants de l’EFSA pour débattre de ce dossier des nitrites et nitrates. « Nous aurons notamment l’occasion de demander des explications à l’EFSA sur ses deux rapports de juin 2017, qui, à nos yeux sont irresponsables dans la mesure où ils protègent davantage les intérêts des industriels au lieu de ceux des consommateurs », a-t-elle indiqué en substance.

Utilité des nitrites/nitrates selon l’EFSA

En juin 2017, l’EFSA a publié deux avis scientifiques sur la réévaluation des nitrites et des nitrates ajoutés aux aliments. Selon elle, les sels de nitrite et de nitrate sont couramment utilisés pour préserver la viande et d'autres produits périssables mais aussi pour contribuer à limiter la prolifération de microorganismes nuisibles, en particulier Clostridium botulinum, la bactérie responsable du botulisme, lequel peut se révéler mortel. Les nitrites et les nitrates sont également ajoutés à la viande pour préserver sa couleur rouge et lui conférer de la saveur. Si les experts de l’EFSA ont admis que les nitrites contribuent à la formation d'un groupe de composés appelés nitrosamines, dont certains sont cancérigènes, ils ont estimé que les nitrosamines qui se forment dans l’organisme à partir des nitrites ajoutés dans des produits à base de viande aux niveaux autorisés sont peu préoccupantes pour la santé humaine. Ils ont également noté que la présence non intentionnelle de nitrite dans des produits à base de viande provenant d'autres sources (contamination environnementale) pouvait également contribuer à la formation de nitrosamines. Les experts ont conclu que ces niveaux de nitrosamines exogènes pourraient donner lieu à des problèmes de santé potentiels, mais que des recherches supplémentaires devraient être menées pour remédier aux incertitudes et aux lacunes dans ce domaine complexe. Sur la base des éléments de preuve disponibles, les experts de l’EFSA ont conclu que les niveaux de sécurité existants pour les nitrites et nitrates ajoutés à la viande et à d’autres aliments constituaient une protection adéquate pour les consommateurs.