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PRATIQUES COMMERCIALES DÉLOYALES/AVIS Des eurodéputés réclament des règles législatives pour venir à bout du problème

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L'avis que prépare la commission de l'agriculture sur la communication de la Commission européenne sur « la lutte contre les pratiques commerciales déloyales dans la chaîne d'approvisionnement alimentaire interentreprises » de juillet 2014 (1) réussira-t-il à mettre la pression sur les eurodéputés pour que ces derniers exigent de Bruxelles une réglementation en bonne et due forme ? C'est tout cas l'espoir qui a germé lors d'un récent débat au sein de la commission de l'agriculture sur le sujet.

La rapporteure de la commission de l'agriculture du Parlement européen sur le dossier des pratiques commerciales déloyales, Mairead McGuinness (PPE, Irlande) a insisté auprès de ses collègues sur la nécessité de peser sur la réflexion non seulement au niveau de la Commission européenne mais également sur celui des acteurs de la chaîne d'approvisionnement alimentaire. « Il faut », dit-elle, avoir des règles robustes et non pas de simples initiatives volontaires pour décourager les adeptes des pratiques commerciales déloyales et assurer aux producteurs des prix équitables. Faisant allusion au rapport que viennent de publier les membres de la Supply Chain Initiative sur les pratiques commerciales déloyales (une initiative volontaire à laquelle ont adhéré un certain nombre d' acteurs de la chaîne d'approvisionnement alimentaire à l'exception notable des agriculteurs), la députée irlandaise a expliqué que si, d'après ce rapport, un grand nombre de distributeurs et de transformateurs agroalimentaires ont souscrit à cette initiative volontaire, les agriculteurs ne l'ont pas fait « par manque de confiance envers notamment les détaillants ».

LES PROMESSES DE PHIL HOGAN

Mairead McGuinness a par ailleurs rappelé que lors de son audition devant les eurodéputés en septembre 2014, le nouveau commissaire européen à l'agriculture, Phil Hogan, avait promis de s'attaquer sérieusement au problème des pratiques commerciales. « Il serait très opportun maintenant qu'il a le poste de lui rappeler ses promesses. Il faut qu'il mette en pratique ce qu'il a promis oralement devant nous », a-t-elle souligné. La rapporteure de la commission de l'agriculture a d'autre part indiqué que la Commission européenne – qui a reçu le rapport sur la Supply Chain Initiative – « ne sait pas elle-même si la démarche volontaire des distributeurs et des transformateurs agroalimentaires est efficace ». Angélique Delahaye (PPE, France), productrice elle-même de fruits et légumes, a, de son côté, insisté sur la nécessité de lister « toutes les pratiques commerciales abusives » et d'encourager les victimes à dénoncer d'une manière anonyme les auteurs de ces pratiques. « J'ai pu le faire moi-même en France contre une grande chaîne de distribution (2) et j'ai réussi à la faire condamner même si cela a pris dix ans de procédure. Pourquoi d'autres ne pourraient-ils pas en faire autant ? », a-t-elle affirmé. Quant à Esther Herranz Garcia (PPE, Espagne), celle-ci a souligné la nécessité de disposer de règles communautaires pour venir à bout des pratiques commerciales déloyales. « En Espagne, a-t-elle indiqué, nous avons des agences de contrôle des prix qui commencent à obtenir de bons résultats avec des sanctions assez dissuasives à l'appui contre les auteurs de pratiques commerciales déloyales ». La députée espagnole considère que la communication de la Commission européenne sur les pratiques commerciales déloyales est déjà « obsolète » et que Bruxelles serait bien inspirée de proposer une réglementation stricte sur les pratiques commerciales déloyales et ne pas se contenter d'initiatives volontaires. « Il s'agit ici, a-t-elle martelé, non pas de commerce de produits quelconques mais bien de commerce de denrées alimentaires ». De son côté, le conservateur britannique, James Nicholson, n'est pas convaincu que l'adhésion des agriculteurs à la Supply Chain Initiative pourrait résoudre le problème des pratiques commerciales déloyales : « Ce serait trop simpliste car le pouvoir des multinationales agroalimentaires est infiniment plus important et celles-ci obtiennent en fin de compte tout ce qu'elles veulent des producteurs ». Il a donc souhaité « bon courage » à la rapporteure dans sa bataille contre la grande distribution.

UNE ÉVALUATION DE LA SUPPLY CHAIN INITIATIVE D'ICI LA FIN DE 2015

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Dans sa réponse, Maria Rehbinder, de la direction générale de l'agriculture de la Commission européenne, a confirmé qu'effectivement la communication du 15 juillet 2014 sur les pratiques commerciales déloyales ne prévoit pas de propositions législatives et qu'elle soutient en revanche des initiatives volontaires des opérateurs car, a-t-elle souligné, « nous pensons que les initiatives volontaires constituent un socle pour lutter contre les pratiques déloyales mais », a-t-elle ajouté, « dans le même temps cette communication a pris soin de mettre le doigt sur les faiblesses d'une approche volontaire ». Plus important, elle a annoncé que la Commission va rédiger un rapport d'ici la fin de 2015 qui fera l'état du dossier des pratiques commerciales déloyales et notamment une évaluation de la « Supply Chain Initiative ». Maria Rehbinder a ajouté que la Commission compte également demander aux Etats membres de faire de même pour voir comment fonctionnent les choses au niveau national. « Nous aurons un débat avec les Etats membres et nous reviendrons par la suite devant le Parlement européen pour analyser ensemble le dossier », a-t-elle conclu.

(1) C'est la commission du « marché intérieur » du Parlement européen qui est responsables au fond et la commission de l'agriculture doit lui donner un avis sur le sujet.

(2) La Cour d'appel de Caen a condamné en 2008 le groupe Carrefour à payer 1 million d'euros de dommages et intérêts à la Fédération nationale des producteurs de légumes en réparation du préjudice subi du fait des pratiques dites de marges arrière. Le distributeur avait en effet imposé aux fournisseurs des contrats-types de prestations de services spécifiques.

SEPT FÉDÉRATIONS D'ENTREPRISES EUROPÉENNES ONT LANCÉ LE 16 SEPTEMBRE 2011 LA SUPPLY CHAIN INITIATIVE

Objectif : parvenir à des relations commerciales équitables entre les acteurs de la chaîne alimentaire. Et cela sans que l'Europe n'ait imposé de règles strictes. Voilà pourquoi elles souhaitent qu'un maximum d'entreprises y adhérent. En novembre 2011, les membres de la chaîne d'approvisionnement alimentaire se sont mis d'accord sur les principes de bonnes pratiques, incluant une liste d'exemples de pratiques loyales et déloyales dans les relations commerciales verticales. Par la suite, un cadre volontaire pour leur mise en œuvre et leur application a été adopté en janvier 2013. Depuis, toutes les entreprises impliquées dans la chaîne d'approvisionnement alimentaire ont été encouragées à signer officiellement ainsi qu'à mettre en œuvre cette initiative. Plus de 82 groupes internationaux représentant plus de 450 entreprises se sont déjà manifestés.