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Additifs alimentaires Des eurodéputés veulent freiner les ardeurs de l’industrie

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Colorants et édulcorants dans les aliments destinés aux enfants devraient être interdits et les procédures d’autorisation uniformes des additifs, arômes et enzymes devraient être revues. C’est en tout cas le sens du vote en deuxième lecture de quatre projets de règlements sur les améliorants alimentaires qui est intervenu au sein de la commission de l’environnement et de la sécurité alimentaire du Parlement européen. Le vote en session plénière est prévu pour juillet prochain.

L’heure est à présent à l’harmonisation, à la clarification et à la mise à jour des réglementations existantes sur les améliorants alimentaires, estiment les membres de la commission parlementaire de l’environnement. C’est dans cette optique qu’ils ont décidé de voter à l’unanimité en faveur de procédures d’autorisation uniformes pour les additifs, les enzymes et les arômes en réintroduisant des amendements appelant à davantage de transparence dans la procédure d’autorisation. Selon les députés, un additif ne devrait être autorisé que dans la mesure où il ne présente pas de danger pour son utilisation, il n’a pas d’effets secondaires indésirables, son utilisation n’induise pas en erreur le consommateur, il y a une nécessité technologique pour son utilisation et il présente un avantage pour le consommateur (par exemple préserver la qualité nutritionnelle des aliments ou fournir des éléments nécessaires pour les aliments fabriqués pour les groupes de consommateurs ayant des besoins alimentaires spécifiques).

Interdiction des additifs contenant des teintures azoïques

Des recherches scientifiques à l’université anglaise de Southampton sur les risques sanitaires pour les enfants exposés aux teintures azoïques (notamment les colorants E 107 et E 110 utilisés dans les bonbons et les boissons gazeuses) ont démontré qu’un « cocktail » de substances azoïques pouvait rendre les enfants hyperactifs. Ceci a incité les députés européens à réclamer l’interdiction des substances concernées et à adopter un nouvel amendement demandant que les aliments contenant ces teintures fassent l’objet de l’étiquetage suivant: « Les teintures azoïques peuvent provoquer des effets allergènes et de l’hyperactivité chez les enfants » L’AESA a mené de son côté une enquête sur les substances azoïques et en a conclu : « pas d’interdiction car aucun risque dans l’usage d’un simple colorant azoïque ». Un seul problème: l’étude de l’AESA, à la différence de celle de l’Université de Southampton, ne prend pas en compte les risques encourus par les enfants lorsqu’ils consomment tout un cocktail de substances azoïques différentes.. Selon eux, les additifs alimentaires devraient être ainsi complètement interdits pour les aliments non traités, tout comme les édulcorants et les colorants dans les aliments pour bébés et enfants en bas âge. Les Etats membres peuvent quant à eux continuer à interdire l’utilisation de certaines catégories d’additifs alimentaires dans les mets traditionnels produits sur leur territoire. En marge de la procédure d’autorisation, tous les additifs qui sont déjà sur le marché (ils sont près de 300 dans ce cas) seront graduellement réévalués. Les additifs actuellement autorisés pourront rester sur le marché jusqu’à la fin de l’évaluation; une fois établie la liste des additifs autorisés, les produits interdits devront être retirés. Pour ce qui est des aromatisants, les députés estiment qu’ils ne doivent être autorisés que s’il existe une nécessité technologique raisonnable (tout comme pour les additifs et les enzymes), car l’adjonction d’aromatisants excessivement forts est susceptible de dissimuler la mauvaise qualité d’aliments préparés.

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« Naturels » à 95 %

Estimant que le souci majeur du consommateur est que le produit alimentaire soit aussi naturel que possible, les eurodéputés saluent le fait que le Conseil ait accepté la demande émise en première lecture par le Parlement pour qui un aromatisant ne sera réputé « naturel » que s’il est à 95 % d’origine naturelle (alors que la Commission proposait 90 %). En plus de la liste positive d’aromatisants autorisés, la proposition de règlement sur les aromatisants établit une liste de substances ne pouvant être ajoutées aux produits alimentaires ainsi que des teneurs maximales pour les substances indésirables dans les aromatisants. Contrairement au Conseil qui souhaite supprimer les teneurs maximales de telles substances uniquement pour les aliments préparés in situ, les députés veulent étendre cette disposition aux aliments préparés en général. Ils veulent inverser la charge de la preuve et estiment que la Commission doit fixer des teneurs maximales pour ces aromatisants uniquement dans les cas où existe un doute scientifique justifié qu’elles peuvent constituer un risque pour la santé des consommateurs.

(*) Plus de 40 associations de consommateurs, dont le BEUC (Bureau des Unions de consommateurs de l’UE), ont écrit à la Commission européenne pour lui demander de suspendre l’utilisation des six colorants liés à l’hyperactivité énumérés dans l’étude de l’université de Southampton.