Pesticides et autres produits chimiques menacent la santé des générations futures, selon des scientifiques, médecins, experts environnementaux qui ont présenté 164 mesures contre la pollution chimique lors d’un colloque à l’Unesco à Paris le 9 novembre, organisé l’Association pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse (Artac), un an après l’Appel de Paris.
« Une bombe à retardement» : ce sont les termes employés par le Pr Charles Sultan (CHU de Montpellier) à propos de l’exposition fœtale aux pesticides, qui peut entraîner malformations sexuelles, troubles de la fertilité, retards de développement, voire favoriser cancers des testicules, diabète et autres affections endocriniennes à l’âge adulte. Relevant que « plus de 300 polluants chimiques » avaient été retrouvés l’an dernier dans le sang de cordons ombilicaux de 30 nouveaux-nés, il prévient que les « effets en terme de pathologies » de cette imprégnation seront peut-être mesurés après la puberté ou à l’âge adulte.
Il faut adapter les normes toxicologiques à l’embryon et aux enfants, ont demandé plusieurs participants au colloque.
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Pesticides, solvants et autres produits chimiques pourraient avoir induit des troubles neurologiques chez des millions d’enfants dans le monde, selon une étude publiée le 8 novembre par la revue médicale britannique The Lancet, qui va dans le même sens. La toxicité de ces produits sur le cerveau du foetus intervient à des doses beaucoup plus faibles que pour l’adulte, soulignent les auteurs (Philippe Gandjean et Philipp Landrigan).
Prévenir cancer et maladies chroniques
C’est pour lutter contre cette pollution chimique que 68 experts internationaux ont élaboré un « mémorandum » à l’intention des gouvernements des Etats membres de UE, du Conseil et du Parlement européen qui doit procéder le mois prochain à l’examen final du projet de législation Reach (contrôle des substances chimiques). Il faut des « mesures fortes pour contrôler les produits chimiques et prévenir cancers et autres maladies chroniques », ont souligné les experts qui réclament – parmi les 164 recommandations formulées – le retrait du marché des substances chimiques, cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques comme le formaldéhyde, certains phtalates (DEHP), le bisphénol A, le cadmium et le mercure ainsi que de leurs dérivés. Ils demandent également le retrait du marché des produits organobromés (disparition de la couche d’ozone). L’autorisation de mise sur le marché de pesticides, additifs alimentaires et cosmétiques devrait s’effectuer selon une procédure comparable à celle utilisée pour les médicaments, selon le Memorandum de l’Appel de Paris qui invite à réduire l’utilisation des pesticides et à développer l’agriculture biologique. L’Appel de Paris, lancé en mai 2004 par 76 personnalités françaises et étrangères pour combattre la pollution chimique, a reçu le soutien d’un millier de scientifiques, de 250 000 autres personnes et de nombreux organismes dont le Comité permanent des médecins européens.