Quels sont les effets bénéfiques possibles de l'alimentation biologique pour la santé ? C'est la question à laquelle des experts et des eurodéputés ont tenté de répondre lors d'un atelier organisé le 18 novembre par l'Unité d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (STOA) du Parlement européen. Les experts présents se sont entendus sur le fait que ceux qui consomment des aliments biologiques sont en général plus soucieux de la qualité de leur mode de vie que les autres.
L'agriculture biologique est réputée moins agressive pour la nature et pour l'environnement, mais quels sont ses avantages pour la santé ? Un atelier de l'unité STOA (Unité d'évaluation des choix scientifiques et technologiques) du Parlement européen s'est penché sur la question le 18 novembre. Cette unité fournit au Parlement européen des conseils d'experts indépendants sur des questions scientifiques et technologiques. C'est le député démocrate socialiste bulgare, Momchil Nekov, qui présidait la rencontre. Pour lui, « l'agriculture biologique devrait faire l'objet d'une attention accrue dans le débat public, car elle représente des investissements dans le domaine de la santé publique ». Parmi la demi-douzaine d'experts qui ont participé au débat du 18 novembre, Bernhard Watzl, de l'institut allemand Max Rubner, a pris la parole pour souligner qu' « aujourd'hui il n'y a pas suffisamment de preuves démontrant que les cultures biologiques ont une valeur nutritionnelle plus importante que les cultures conventionnelles. » De leur côté, Axel Mie (université suédoise des sciences agricoles) et Johannes Kahl (association néerlandaise pour la qualité de la nourriture et la santé) ont fait remarquer que « les gens qui achètent des aliments biologiques consomment en général davantage de fruits, de légumes, de céréales et de noix que les autres, ce qui est bénéfique pour leur santé ».
LA QUESTION DU BIEN-ÊTRE DES ANIMAUX
Ewa Rembialkowska, de l'université des sciences de la vie de Varsovie, a souligné que l'alimentation biologique était potentiellement plus bénéfique pour la santé animale et humaine que l'alimentation conventionnelle. Elle a notamment évoqué des « différences significatives » aux niveaux des systèmes hormonaux et immunitaires entre les animaux nourris avec des aliments biologiques ou non. Selon elle, des recherches montrent que les animaux nourris avec des aliments biologiques ont des meilleurs taux de fertilité, des taux de mortalité plus faibles à la naissance ainsi qu'un meilleur système immunitaire. Des études prouvent également que les rats optent généralement pour des aliments biologiques plutôt que pour des aliments conventionnels s'ils ont le choix.
PRIVILÉGIER LE « PRINCIPE DE PRÉCAUTION »
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Pour le professeur danois Philippe Grandjean (université d'Odense), qui a mené de nombreuses études sur les effets des pesticides sur la santé, « la plupart des pesticides qui sont utilisés dans l'agriculture ont un impact négatif sur le développement du cerveau des enfants qui y sont exposés et il est urgent de prendre des décisions maintenant et de ne pas attendre encore dix ou quinze ans ». Il a rappelé que l'EFSA (Autorité européenne de sécurité alimentaire) a toujours indiqué dans ses études sur les effets possibles des pesticides sur les rats que ceux-ci « ne présentaient pas de danger mais nous, nous avons démontré que les pesticides ont des effets nuisibles sur la santé des enfants, ce sont aujourd'hui les enfants qui souffrent et pas les rats ». Il estime que les experts de l'EFSA se doivent d'examiner les effets nuisibles des pesticides sur la santé aussi sérieusement qu'ils le font sur le cancer. « Ils y sont préparés, il suffit qu'il y ait juste une volonté plus énergique ». Selon le professeur danois, « il faudrait faire des efforts drastiques pour restreindre l'exposition des consommateurs aux pesticides et l'alimentation biologique est un des moyens pour aller dans ce sens ». Il considère que, « pour protéger la santé des générations futures, même si aujourd'hui nous n'avons pas d'études suffisantes qui présentent des preuves absolues quant à l'impact négatif des pesticides sur la santé des enfants, il existe toujours ce que l'on appelle le “principe de précaution” qui s'applique tout à fait à la situation actuelle ».
« PAS DE DISCRIMINATION POSITIVE POUR LA COMMISSION EUROPÉENNE »
Les produits biologiques ne représentent que 2,5 % de l'ensemble de la valeur ajoutée du secteur de l'alimentation en Europe, a indiqué Joao Onofre, de l'unité « produits alimentaires biologiques » de la DG Agriculture de la Commission européenne. « Nous n'avons pas de preuves formelles qui indiqueraient que l'alimentation bio a des des incidences positives sur la santé ». Il a même rappelé les conclusions d'une étude qui auraient montré qu'il y avait « plus de résidus de pesticides dans des pots d'alimentation bio pour bébé que dans des aliments pour bébé issus de l'agriculture conventionnelle ». Joao Onofre a aussi rappelé les résultats de la consultation publique que la Commission européenne a organisée à l'occasion de la révision du règlement européen sur l'agriculture biologique en notant que sur les 45 000 réponses reçues, une proportion importante des répondants (essentiellement des citoyens lambda), ont estimé que « le principal avantage de l'agriculture bio portait davantage sur l'environnement que sur la santé ». Le représentant de la Commission européenne a conclu que « toute politique alimentaire est toujours liée à la santé et à la sécurité et qu'elle ne peut pas faire de discrimination positive en faveur des produits bio ou en faveur des produits issus de l'agriculture conventionnelle » car pour l'exécutif européen « tout aliment doit être bon et sûr pour la santé ».
L'alimentation biologique est issue d'une agriculture durable et de procédés qui ne nuisent pas à l'environnement, à la santé humaine ou au bien-être des animaux. La nourriture biologique peut être étiquetée en tant que telle si elle contient au moins 95 % d'ingrédients biologiques. Le marché de l'alimentation biologique a augmenté de 6 % dans l'Union européenne en 2013. L'Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l'Italie sont les quatre pays qui consomment le plus d'aliments biologiques. L'Italie, l'Espagne et la Pologne sont les principaux producteurs dans l'UE.