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Phytosanitaires Des freins psychologiques, techniques et organisationnels à la réduction des pesticides

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La Confédération paysanne a organisé les 23 et 24 novembre à Toulouse une colloque sur la « réduction de l’emploi des pesticides ». Les agriculteurs sont prêts à faire des efforts mais attendent beaucoup de la recherche pour se lancer. Mais ce n’est pas le seul verrou, les blocages psychologiques, les exigences de filière ou la taille des exploitations peuvent aussi freiner les efforts.

«Première chose : il faut croire que l’on peut pousser des cultures sans y mettre un maximum d’intrant », a expliqué Jacques Morineau, président du Réseau agriculture durable (3 000 agriculteurs principalement de l’Ouest), lors du colloque « Réduction de l’emploi des pesticides », organisé les 23 et 24 novembre à Toulouse par la Confédération paysanne. Le blocage psychologique est en effet un des principaux freins relevés par les agriculteurs participant à cet événement pour expliquer qu’ils ne se lançaient pas dans une agriculture moins consommatrice en intrants. Ce verrou est lié à la fois à la crainte d’être mal vu par leurs voisins mais aussi de perdre en rendement. « Plus la ferme est grande et plus on est jeune et endetté, plus on intensifie sa culture car on manque de temps et on ne veut pas prendre le risque de connaître une mauvaise année », résume Valentin Beauval, ancien agriculteur dans le Maine-et-Loire.

Pas de capitalisation des savoirs
« Il faut éduquer les agriculteurs et les jeunes en formation au risque, c’est très important », confirme Nadia Cancian formatrice d’enseignants à l’Enfa (Ecole nationale de formation agronomique) à Toulouse. « Il faut leur apprendre à évaluer le risque qu’ils prennent en n’utilisant pas de pesticides afin qu’ils puissent se lancer ». « Pour cela nous avons besoin de méthodes d’évaluation qui permettent de confronter les résultats. Les problème en agronomie, c’est que beaucoup de connaissances sont produites de manière très dispersée mais il n’y a pas de capitalisation de ces savoirs », précise l’enseignante.
En effet, les producteurs attendent beaucoup de la recherche pour leur apporter des solutions alternatives. Des producteurs en monoculture de maïs, par exemple, ont beau essayer de réduire chez eux l’emploi d’herbicides, ils arrivent au bout du système. Et changer l’orientation de son exploitation n’est pas une décision facile à prendre. En maraîchage, les petites exploitations ont quant à elles du mal à pratiquer une rotation. Pour Bernard Rolland, sélectionneur de blés rustiques à l’Inra de Nantes, « il y aura toujours une phase pendant laquelle il y aura baisse de la production. Mais si on nous dit “il ne faut pas diminuer les rendements d’un quintal”, on ne pourra jamais avancer ».

Des recherches globales sur le système
Des études commencent à paraître. Par exemple, Jean-Pierre Sarthou, agronome à l’Inra de Toulouse, est venu présenter ses travaux sur l’agroécologie. Il a évalué que 9 auxiliaires sur 10 ne peuvent pas se passer des zones refuges (haies, bandes enherbées…), alors qu’un ravageur sur deux réalise l’intégralité de son cycle de développement dans les cultures. « Les zones refuges sont plus favorables aux auxiliaires », conclut-il. Mais le chercheur admet que la recherche a encore beaucoup de travaux à mener notamment sur les couverts végétaux, et les pratiques d’évitement des bioagresseurs (décalage des semis, cultures pièges…).
Les agriculteurs regrettent surtout que les recherches se fassent par « petits bouts » et qu’il n’y ait pas de réflexion globale à l’échelle de tout le système d’exploitation. Voire du territoire. « Le plus gros problème de mon exploitation est de valoriser la luzerne », explique Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne et producteur de grandes cultures en agriculture biologique dans l’Yonne. « En même temps, le problème de la polyculture élevage, est que la plupart du temps, il ne sort de ces fermes que des productions animales. Il doit exister un équilibre entre les deux modèles ». En cultures végétales, les exploitants déplorent également les standards de qualités excessifs imposés par les filières. Ce qui oblige les producteurs à utiliser beaucoup d’intrants alors que les consommateurs sont prêts à accepter des imperfections.
Tous les obstacles sont loin d’être levés. Le Grenelle a permis une prise de conscience des agriculteurs. « Mais il n’y a pas que les paysans, prévient Philippe Collin, il ne faut pas leur donner une tâche qu’ils ne peuvent pas assumer ». La recherche publique doit leur apporter des solutions. Mais les filières aussi vont devoir s’adapter.

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