Qui l'eut cru ? Des géants de l'agroalimentaire comme Nestlé, Kellog's ou encore Mars et Mondelez, ont décidé de soutenir la campagne du BEUC (Bureau européen des unions de consommateurs) dans son combat contre les acides gras trans (AGT) fabriqués industriellement et accusés de boucher nos artères et de provoquer des maladies cardio-vasculaires. Dans une lettre envoyée à la Commission européenne, les nouveaux coalisés contre les acides gras trans réclament d'une seule voix une législation contraignante prévoyant une limitation à maximum 2 gr d'AGT par 100 gr de matière grasse. Ils demandent également aux autres groupes agroalimentaires de rejoindre le combat.
Aux côtés du BEUC (Bureau européen des unions de consommateurs) et des ONG actives dans la protection de la santé, de grandes entreprises alimentaires internationales – Nestlé, Mars, Mondelez et Kellog's – ont co-signé une lettre ouverte à la Commission européenne lui demandant « d'agir et de brider l'utilisation d'acides gras trans industriels nocifs » dans de nombreux produits alimentaires, comme les pâtisseries, les frites ou encore les margarines. La directrice générale du BEUC, Monique Goyens, a salué l'initiative des sociétés co-signataires qui fait écho aux appels répétés de l'association des consommateurs en faveur d'une limite légale à l'échelle européenne à maximum 2 grammes de AGT par 100 grammes de matière grasse. « Nous sommes ravis que de grandes entreprises agroalimentaires internationales reconnaissent la nécessité de réduire les acides gras trans fabriqués industriellement dans leurs produits alimentaires et se joignent à notre effort soutenu. Il est grand temps que la Commission européenne accorde toute l'attention nécessaire à notre appel et aide les consommateurs européens à réduire leur consommation d'acides gras trans artificiels par la fixation de plafonds légaux », affirme la patronne du BEUC. Elle a rappelé que les organisations membres du BEUC ont continuellement exprimé les mêmes préoccupations depuis de nombreuses années. Plus récemment, la responsable du BEUC a écrit aux Etats membres et au président Jean-Claude Juncker de la Commission européenne en leur demandant de prévoir des limites juridiques contraignantes à l'échelle européenne pour protéger tous les consommateurs et permettre aux entreprises de jouer à jeu égal sur le marché communautaire. « Malheureusement, les appels du BEUC ont – jusqu'ici – été ignorés », déplore Monique Goyens.
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Dans leur lettre ouverte à la Commission européenne, les nouveaux coalisés contre les AGT artificiels se disent « préoccupés par les effets sur la santé des acides gras trans provenant des huiles partiellement hydrogénées (comme par exemple l'huile de palme). Ils reconnaissent qu'il existe aujourd'hui des « preuves importantes sur les effets néfastes sur la santé de la consommation d'acides gras trans industriels, qui accroissent notamment le risque de crises cardiaques ou de maladies cardiaques ». Les entreprises signataires s'engagent « à retirer les acides gras trans provenant des huiles partiellement hydrogénées de tous leurs produits alimentaires ». Elles rappellent qu'au cours des dix dernières années, elles « ont déjà agi en lançant des programmes volontaires visant à éliminer ces acides gras trans industriels, alors que d'autres ne l'ont pas fait ».
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A cet effet, les signataires de la lettre ouverte demandent à ces récalcitrants de rejoindre le mouvement. « Les signataires s'engagent à renforcer la participation de nos associations professionnelles concernées où nous sommes actifs dans un esprit de partage des meilleures pratiques pour guider les entreprises qui ne l'ont pas encore fait dans le processus d'élimination des acides gras trans provenant des huiles partiellement hydrogénées de tous leurs produits alimentaires afin de répondre à la limite législative proposée de 2 gr par 100 gr de matière grasse ».
CONTINUER LE COMBAT
Cependant, ce qui semble avoir le plus incité les géants de l'agroalimentaire à se rallier au combat des associations de consommateurs est cette tendance récente des législateurs du monde entier, y compris aux États-Unis et dans plusieurs États membres de l'UE, à prendre des mesures contraignantes pour limiter les AGT produits industriellement dans les denrées alimentaires. D'autant plus que des quantités importantes d'AGT artificiels peuvent encore être trouvées dans de nombreux produits préemballés tels que la margarine, les biscuits, les gâteaux, les gaufres, les pizzas et les frites. La consommation régulière de ces produits met certains consommateurs dans les catégories en danger de développer notamment des maladies coronariennes. En effet, des recherches récentes ont montré que les jeunes consommateurs et les familles à faible revenu consomment encore des niveaux élevés d'AGT industriels tandis que les consommateurs de l'Europe de l'Est sont actuellement plus exposés à ce risque que leurs voisins occidentaux. Alors que le grammage est passé à moins de 2 grammes d'AGT par 100 gr de matière grasse en Allemagne, en France et au Royaume-Uni (contre 20 g en 2005), dans beaucoup de pays de l'Est les teneurs oscillent allègrement entre 10 et 20 gr par 100 gr de matière grasse. Le Danemark a fait encore mieux : il a introduit en 2004 une restriction juridiquement contraignante sur ces teneurs, laquelle s'est révélée être un grand succès. En effet, cela a conduit à une réduction significative et harmonisée de la présence d'AGT industriels – en l'espace d'une année – et sans que cela représente un fardeau pour l'industrie. D'aucuns se demandent si ce soutien de poids inattendu de la part de géants agroalimentaires au combat contre les AGT nocifs serait annonciateur d'un assainissement des pratiques de certaines entreprises. On ne peut que l'espérer et se réjouir de ce ralliement à la campagne de lutte contre les acides gras trans industriels qui, on l'espère aussi, sera étendu à d'autres combats ambitieux pour la santé des consommateurs, comme par exemple la réduction de la teneur en sel, en sucre et en graisse dans nos aliments...