Abonné

Phytos Des innovations qu’il faut apprendre à transmettre aux agriculteurs

- - 4 min

Transmettre les innovations aux agriculteurs, voilà qui n’a rien de simple... surtout lorsqu’elles ne sont pas validées par des années d’expérimentation, comme c’est le cas concernant les nouvelles approches liées à la production « écologiquement intensive ». Organisé le 1er avril par Adalia, le colloque « sur les innovations en santé végétale pour une agriculture durable » a tenté d’apporter un éclairage sur les moyens à mettre en œuvre.

Réduire si possible de 50 % les pesticides en 2018 : fixé par le plan Ecophyto, cet objectif obsède les campagnes... à l’image des questions environnementales, toujours très prégnantes même si le président de la République veut y mettre du « pragmatisme », comme il l’a annoncé le 6 mars. Pour produire mieux et plus propre, « il va falloir inventer de nouveaux systèmes et réussir à les développer », a en tout cas observé Raymond Reau, de l’Inra, le 1er avril lors d’un colloque organisé par Adalia (1) à Paris sur les « innovations en santé végétale pour une agriculture durable ». Pas question, par exemple, de continuer à cultiver majoritairement du colza sans labour en rotation courte avec du blé dans les zones intermédiaires. Plutôt en forte augmentation dans ces régions, « ce système nous pose question», a indiqué le spécialiste. Car « la fertilisation y est la plus élevée des six conduites que nous avons relevées », a-t-il précisé. Le réseau mixte technologique « systèmes de cultures innovants » avec lequel travaille Raymond Reau a donc réfléchi à d’autres itinéraires. Sa méthode : solliciter des conseillers et des chercheurs afin qu’ils élaborent ensemble des systèmes théoriques testés ensuite au champ. Résultat, des solutions existent. Encore faut-il les amener jusqu’à l’agriculteur et changer ses réflexes.

« La meilleure parcelle n’est pas la plus propre »
« Concrètement, il va falloir lui apprendre que la meilleure parcelle n’est pas la plus propre », a par exemple illustré Raymond Reau. Demain, le repère visuel sera probablement moins utile que le témoignage de l’agriculteur, content de pratiques qui lui permettent une économie d’intrants et la préservation de sa marge. Pour conforter l’exploitant dans ses choix qui ne seront pas forcément ceux de ses voisins, peut-être faudra-t-il réfléchir à « des outils de gestion des risques de “non traitement” », a souligné Raymond Reau. Aux Pays-Bas, Franck Wijnands, leader du programme « Farmer with future » mené par l’université de Wageningen, a beaucoup travaillé sur la diffusion des connaissances. Pendant plusieurs années, « nous avons cherché à montrer sur un réseau de 80 fermes combien nos méthodes étaient efficaces, a-t-il expliqué. Mais nous nous sommes aperçus qu’à plus grande échelle, rien ne changeait. Nous avons donc mis de côté cette méthode très coûteuse ». Pour le chercheur, il est nécessaire de mener un important travail de sensibilisation sur le terrain, auprès des agriculteurs mais également de tous les acteurs qui les entourent.

Miser sur la cohérence des messages
Parce que les exploitants ont besoin d’être convaincus de l’intérêt du changement. « Les routines ont l’immense avantage d’être économiques en réflexion », a rappelé Claude Compagnone, maître de conférence en sociologie à AgroSup Dijon. « Si tous les messages se mélangent, les agriculteurs se diront que ce n’est pas la peine de changer, trop de pistes s’offrant à eux » et aucune n’étant valorisée, a exposé Franck Wijnands. Ils doivent donc entendre les mêmes messages et informations techniques de leurs différents partenaires. C’est dans cette logique que s’est monté le programme gouvernemental « Farming with future 2004-2010 ». A l’issue de nombreux tests de terrain, 70 bonnes pratiques ont été retenues et décrites dans des dépliants. Les informations sont diffusées lors d’évènements qui regroupent tous les acteurs de terrain, des agriculteurs aux fournisseurs d’intrants en passant par les conseillers. Un objectif : la cohérence des messages. Les nouvelles pratiques ne sont pas pour autant faciles à faire passer. « La recherche aurait dû se pencher sur ces sujets 30 ans plus tôt, ce serait plus facile de faire adopter le changement aux agriculteurs !», a estimé le spécialiste. Car, indéniablement, il faut du temps pour convaincre.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

santé végétale
Suivi
Suivre
pesticides
Suivi
Suivre