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Foncier Des investisseurs d’un nouveau type s’intéressent au sol français

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De plus en plus d’agriculteurs acquièrent des terres agricoles par l’entremise de gros investisseurs. Une démarche qui interroge en raison de son manque de transparence, regrette Emmanuel Hyest, le président de la Fédération nationale des sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer).

«Jusqu’à il y a encore quatre ou cinq ans on savait qui était propriétaire du sol, aujourd’hui on ne sait plus trop », a déclaré le 10 avril le président de la Fédération nationale des sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (FNSafer), Emmanuel Hyest, à l’occasion d’une conférence organisée par l’Association française des journalistes agricoles (Afja) dans les locaux de Coop de France, à Paris. En clair, au-delà de leur « consommation épidémique », les terres agricoles seraient aussi menacées par un autre phénomène : l’arrivée de « gros investisseurs» aux côtés des agriculteurs exploitants. « Il y a un vrai problème en France : le sol intéresse aujourd’hui des investisseurs qui n’ont rien à voir avec nos investisseurs traditionnels, à savoir des investisseurs privés physiques connus ». Alors qu’elles n’étaient intéressées qu’à investir dans l’immobilier il y a quelques années, « les sociétés de capitaux – avec des personnes qui ne sont pas forcément agriculteurs, dans le sens de celui qui maîtrise les décisions et les capitaux – font leur apparition dans le foncier agricole », jusqu’à même constater « une concurrence forte entre investisseurs, ce qui est un phénomène aussi complètement nouveau ».

Quel contrôle pour les structures ?

Le président de la FNSafer a indiqué avoir interpellé le ministre de l’Agriculture il y a une quinzaine de jours sur le sujet. « Je lui ai rappelé l’importance de mettre en place un système de contrôle des structures. Le ministre a lui-même reconnu avoir négligé ce volet au profit des revenus des agriculteurs durant son mandat ». Selon lui, son successeur aura impérativement besoin de travailler sur la mise en place d’une politique des structures. Ce qu’a initié le député sarthois, Dominique Le Méner en déposant le 6 mars à l’Assemblée nationale une proposition de loi ad hoc : son texte vise à remettre en place un contrôle des structures, notamment dans le cadre des évolutions de société. « Imaginez une société avec un père et ses enfants. Le père s’en va, il n’est pas remplacé, a décrit Emmanuel Hyest. Or, ce qui est fait de plus en plus, c’est la transfert de sa part à une société d’investissement. Ça a commencé dans la viticulture : les capitaux sont tellement importants que le propriétaire familial a du mal à transmettre à ses enfants ». De grandes sociétés agroalimentaires se mettent aussi à investir. « Quand il fallait travailler sur 50 hectares en 20 parcelles et qu’il fallait traire les vaches le week-end, il n’y avait pas d’investisseurs. Aujourd’hui, quand vous mettez en place des sociétés laitières, avec deux ou trois millions de litres de lait, que vous avez du matériel qui vous permet d’avoir un salarié qui fait le travail la semaine, vous avez juste à mettre des capitaux. L’enjeu est complètement différent ». Il est « immense », selon le président de la FNSafer, « pour l’alimentation évidemment, mais aussi tout ce qui gravite autour : l’énergie, la chimie verte, les matériaux de construction... Toutes les fibres de carbone seront remplacées à terme par des fibres végétales. Et là, cela vaut la peine de prendre de gros risques financiers ».

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