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Pollutions ponctuelles Des mauvaises habitudes longues à changer

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Destiné à faire prendre conscience au monde agricole de l’importance des pollutions ponctuelles, le projet européen Topps va se terminer d’ici la fin de l’année. Si de nombreuses réalisations collectives ont été menées à bien, le projet a également montré qu’il fallait du temps… Et des subventions pour pousser les agriculteurs à entrer dans une démarche de prévention de ces pollutions.

Trois ans pour harmoniser et diffuser à l’échelle de l’Europe le message sur la prévention des pollutions ponctuelles. C’est l’objectif ambitieux que s’est fixé le projet Topps (Train the operators to prevent pollution from point sources by pesticides) initié en novembre 2005. Initiative européenne représentant un budget de 2,6 millions d’euros financés à 50 % par l’ECPA (industrie européenne des produits phytos) et à 48 % par la Commission européenne, Topps est en passe de se terminer. A l’occasion d’un voyage de presse organisé par Arvalis à Esquelbecq le 28 octobre, l’équipe du bassin versant de l’Yser, bassin expérimental situé dans le nord de la France, a présenté les résultats obtenus. Au niveau européen, un grand nombre d’outils de communication et d’information ont été réalisés. Ils vont de la création d’une base de données reprenant toute la documentation existante sur les pollutions ponctuelles à l’établissement d’un référentiel de bonnes pratiques traduit en dix langues, en passant par la fabrication de vidéos pédagogiques ou l’édition de brochures spécialisées sur le lavage du pulvérisateur ou les systèmes de retraitement. Plus de 3 000 agriculteurs et 1 500 conseillers ont été formés dans toute l’Europe.

Prise de conscience

Mais cela ne suffit pas forcément pour changer les pratiques. Pour se donner une idée des évolutions, la Chambre d’agriculture du Nord a enquêté deux fois sur les pratiques des producteurs du bassin de l’Yser. La première enquête s’est déroulée en 2006 avant les opérations de sensibilisation, et la seconde en juin 2008. Bilan : en 18 mois, « nous n’avons observé que peu de changements de pratiques », a remarqué Marie-Catherine Desprez, de la Chambre d’agriculture du Nord. D’après la conseillère, ce sont les postes de remplissage et de lavage qui restent à risque. 89 % des exploitants n’ont pas d’outil de collecte des débordements, et 63 % d’entre eux ont des pratiques à risque lors du remplissage du pulvérisateur. Quoi qu’il en soit, « les agriculteurs ont bien conscience des risques, a expliqué la conseillère. Ils sont prêts à faire des efforts pour réduire les sources de pollutions ». Mais il leur faut du temps.

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Des subventions faciliteraient le changement

La Chambre a identifié plusieurs autres freins aux changements : le coût des investissements, l’absence de conscience de certains risques et, bien sûr, les faibles montants des subventions qui ne motivent pas les exploitants. Ce qui les ferait changer ? « Une réglementation obligatoire, des subventions, un projet collectif », a précisé Marie-Catherine Desprez. Du côté belge du bassin, Inge Mestdagh, du centre technique POVLT, a fait les mêmes constats : « Les agriculteurs sont motivés pour le changement mais ils n’ont pas le temps et pas assez de subventions », a-t-elle indiqué. Des pistes se dessinent pour aller plus loin. « L’une d’entre elles consiste à améliorer le matériel de pulvérisation grâce à la fourniture de façon plus systématique par les constructeurs de clapets anti-retour, de cuve de rinçage bien proportionnée ou de dispositif de lavage continu quand c’est possible », a indiqué Julie Maillet-Mezeray d’Arvalis. L’ECPA serait d’accord pour financer une nouvelle initiative afin de prolonger le projet Topps. Et très régionalement, le bassin de l’Yser pourrait profiter d’un projet Interreg. Il reste en tout cas du travail à accomplir.