L’agroécologie pourrait offrir une chance de maintenir leurs tarifs de rachat, estiment les méthaniseurs de l’AAMF, qui ont étudié avec France Gaz Renouvelable l’incidence des pratiques d’épandage des digestats sur l’eau. Plusieurs autres études sont en cours en vue de mieux évaluer les effets sur l’environnement de cette activité en plein essor.
Faire évoluer les pratiques de rotation ou d’épandage pour conserver la rentabilité de la méthanisation : les professionnels semblent partants. « Demain, à budget égal voire inférieur au niveau national, la transition agroécologique pourrait offrir un financement complémentaire, afin de conserver au total le même prix de rachat », estime Jean-Marc Onno, vice-président de l’AAMF (agriculteurs méthaniseurs de France), auprès d’Agra Presse.
Car soit faute de budget, soit en raison des nouveaux entrants sur le marché de la méthanisation, « il y aura forcément une évolution tarifaire », souligne Jean-Marc Onno. Pour atténuer les baisses du prix plancher, des aides complémentaires pourraient alors être distribuées sous la forme de contrats de transition agroécologique collectifs ou individuels, comme proposé récemment par le think tank Terra Nova, dans la lignée de l’étude Métha’Revenus du ministère de l’Agriculture.
Dans le cadre du contrat stratégique de filière « nouveaux systèmes énergétiques » signé en mai 2019, les producteurs et les experts se sont réunis au sein d’un groupe de travail pour définir les contours de ces futurs contrats ou primes. Objectif : « Analyser les externalités pour envisager les voies de monétisation », dévoile Armelle Damiano, directrice de l’Aile et responsable du secteur biogaz.
Les pratiques comptent plus que le fertilisant
Le premier état de l’art scientifique à paraître fin mars, qu’Armelle Damiano a co-rédigé avec le soutien de France Gaz Renouvelables et de l’AAMF, se penche sur un milieu crucial : l’eau. Car de plus en plus de voix s’élèvent pour interroger les effets des épandages de digestat sur la qualité des ressources souterraines. Des critiques ravivées par les restrictions d’eau imposées dans cinquante communes en août 2020 suite à une pollution à l’ammoniac issue de l’installation Kastellin (Châteaulin).
Selon le rapport des méthaniseurs, le consensus scientifique est clair : « Les digestats présentent globalement un risque de lixiviation similaire » à ceux des autres produits résiduels organiques, comme les lisiers ou les fumiers. Les études de Svoboda (2013), de l’Ademe (2016), ou de Girault (2019) montrent de manière générale que les digestats, à conditions d’épandage égales, présenteraient des fuites d’azotes égales à celles des lisiers ou engrais minéraux.
Pour limiter les risques, les techniques de stockage, le matériel d’épandage, et l’assolement seraient les facteurs-clés. L’enfouissement serait particulièrement important pour les digestats qui, en raison de leur pH et de leur contenu en azote minéral élevé, sont « très sensibles à la volatilisation », détaille le rapport. « Réglementairement, le digestat est soumis à un plan d’épandage, et il doit être analysé. Les agriculteurs ont donc une meilleure connaissance des possibilités, par rapport à d’autres fertilisants organiques », souligne Armelle Damiano.
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Autre résultat confirmé : la possibilité de remplacer les engrais minéraux par les digestats sous réserve d’adopter les bonnes pratiques. D’après une analyse de la fertilisation menée par la Draaf Bretagne en 2019, les utilisateurs de digestat réduiraient en moyenne leurs apports d’engrais azotés minéraux de 40 kg/ha sur le blé par rapport à ceux qui n’en utilisent pas, soit une réduction de 28 %.
Les débats en cours
L’étude souligne par ailleurs les débats que la communauté scientifique n’a pas encore tranchés. L’un d’entre eux concerne les cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive), alors que « peu d’études ont regardé le solde azoté global avant et après méthanisation », comme le souligne le rapport.
Une thèse en cours au sein de l’Inrae devrait apporter des éléments complémentaires, espère Armelle Damiano de l’Aile, tout comme le projet Meta 3G, dont l’association est partenaire. Retenu dans le cadre d’un appel à projet de l’Ademe, Meta 3G devrait préciser les contours des méthaniseurs de troisième génération, en « analysant des scénarios prenant en compte l’innovation dans les systèmes agricoles, pour définir la bonne échelle pour les analyses agri-environnementales ». « Ce qui est mal connu, ce sont les effets indirects : est-ce que l’accumulation de méthaniseurs peut encourager les agriculteurs à simplifier leurs systèmes ? », s’interroge Armelle Damiano.
L’effet thérapique du maïs
« La méthanisation modifie la structure de l’exploitation », acquiesce Jean-Marc Onno. Il n’hésite d’ailleurs pas à l’admettre : « Le maïs possède un effet de thérapie indéniable sur les méthaniseurs. » Un atout qui peut conduire certains producteurs à augmenter la proportion de cette culture dans leurs champs et leurs installations au-delà du seuil de 15 % autorisé pour les cultures énergétiques. Pour calmer les tentations, Jean-Marc Onno demande d’ailleurs au nom de l’AAMF, « plus de contrôle » sur ce point.
À l’inverse, souligne-t-il, la méthanisation peut également dans d’autres cas encourager les agriculteurs à mieux gérer l’azote en se regroupant. C’était d’ailleurs sur son exploitation morbihannaise, rappelle-t-il, que Stéphane Le Foll avait lancé en 2013 le plan Energie-méthanisation-autonomie-azote, pour favoriser substitution de l’azote minéral par de l’azote organique grâce à une gestion collective. « Avec 500 kw en cogénération, je fertilise 350 ha. Et chez un de mes voisins qui a 140 ha, nous avons supprimé 30 à 35 t d’engrais chimiques », souligne Jean-Marc Onno.