Abonné

Des organisations agricoles rejoignent le combat de l’UGPBAN contre les importations de bio

- - 6 min

Le combat de l’interprofession de la banane française contre le système d’équivalence en matière d’importations de produits bio commence à rassembler. Quarante organisations agricoles et européennes ont signé une pétition demandant la mise en place d’un modèle basé sur la conformité des produits bio étrangers aux normes européennes. Le risque (ou l’objectif ?) : voir disparaître le bio pour certains produits.

« Non à la réglementation européenne qui autorise pour l’importation le bio labélisé par équivalence ! » : tel est l’intitulé de la conférence de presse qui s’est tenue le 5 avril, à l’initiative de l’UGPBAN, l’interprofession de la banane française, à l’occasion de l’assemblée générale de Felcoop. Après avoir lancé sa campagne de communication « Mieux que bio » au Salon de l’agriculture du mois de mars (1), l’UGPBAN, condamnée en justice, a cessé la diffusion de ce message et modifié ses propos mais pas le fond de son combat. Elle demande à l’Union européenne une modification de la réglementation afin que les produits importés estampillés « bio » ne puissent obtenir le logo qu’à condition de respecter strictement les normes européennes. Car le système d’équivalence actuellement en vigueur est préjudiciable aux producteurs européens et aux consommateurs, estime l’UGPBAN. Constat partagé par Felcoop. Son président, Jean-Michel Delannoy, dénonçait le 5 avril, « des produits de pays tiers qui deviennent miraculeusement bio ». Le même jour, près de 40 organisations, francaises (FNSEA, Coop de France, ANPP, Légumes de France, Savéol, Cirad…), espagnoles (Cooperativas agro-alimentarias), italiennes (Alleanza delle Cooperative italiane), belges (Reo Veiling) et européennes (Copa-Cogeca, Asprocan), actaient leur collaboration dans le « Collectif pour la conformité » et envoyaient une pétition disant « Oui au bio strictement conforme » et « non au bio équivalent » à Stéphane Le Foll et au commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan.

Du bio moins cher que le conventionnel

Pour les membres du collectif, « seule la stricte conformité aux normes européennes apporte aux consommateurs la garantie de qualité et de fiabilité de l’appellation bio ». Mais aussi, ou surtout, le principe d’équivalence pose problème aux agriculteurs européens qui s’estiment victimes d’une concurrence déloyale. Ainsi, alors que les producteurs de bananes de Guadeloupe et Martinique sont dans l’incapacité de produire de la banane bio au regard du cahier des charges européen, ils essuient la concurrence de bananes bio issues de République dominicaine et d’Équateur produites, selon les dires de l’UGPBAN, dans des conditions plus souples encore que celles qui régissent la production de bananes conventionnelles en Europe. À tel point que le bio étranger est vendu moins cher que le conventionnel français (1€/kg pour la banane équatorienne contre 1,70€ pour la banane française, selon un exemple de l’UGPBAN). Si le combat semble légitime, il n’en reste pas moins que l’UGPBAN oublie souvent de préciser que Fruidor, sa propre filiale spécialisée dans la commercialisation des bananes avec la grande distribution, est le leader du bio en France, et se fournit… en République dDominicaine (2). « Nous répondons à la demande des consommateurs », se justifie Eric de Lucy, président de l’UGPBAN. Pour lui, le combat des producteurs de bananes contre le bio par équivalence est même « courageux » car ils « risquent de fragiliser leur propre outil de commercialisation ».

Les autres productions pourraient être menacées

Le sujet a été mis sur la table depuis deux ans par la filière banane, mais le problème pourrait concerner toutes les productions agricoles. « Les pays concurrents ont commencé par la banane, mais ils vont aller sur d’autres productions », anticipe la Chambre d’agriculture de Martinique. En France métropolitaine, les organisations de producteurs de pommes, poires, d’endives ou de tomates ont eux aussi signé la pétition. En Italie, l’Alleanza delle cooperative agroalimentari (fédération des coopératives agroalimentaires) a remarqué que la consommation de bio a augmenté de 18 %, mais que les importations de produits bio ont augmenté plus encore (20 %). Parmi les produits concernés, les tomates et les agrumes, qui subissent la concurrence de produits bio venus d’Afrique du Nord, témoigne Davide Vernocchi, porte-parole de l’organisation. Pour Cirilo Arnandis, président du Conseil des coopératives espagnoles des fruits et légumes, les importations de bio mettent en danger la production européenne, « pas seulement la banane, ni même l’ensemble des fruits et légumes, mais bel et bien l’ensemble de la production écologique d’Europe ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

interprofession
Suivi
Suivre
importations
Suivi
Suivre

Protéger le consommateur ou s’assurer des parts de marché ?

Dans le trilogue en cours (réunion des instances européennes sur la question), la France aurait indiqué qu’elle ne s’opposerait pas à ce que le principe d’équivalence soit maintenu, s’inquiète l’UGPBAN. Le risque concret de mettre un terme au principe d’équivalence serait en effet, dans une période où la consommation de produits bio est exponentielle, de voir disparaître des étals certaines productions bio, dont la banane. Car aux conditions actuellement en vigueur en Europe, il est loin d’être évident que les principaux pays exportateurs soient capables de continuer à produire bio. Peut-être le projet de l’UGPBAN est-il finalement celui-là. Pour Eric de Lucy, « il n’est pas improbable qu’il n’y ait plus du tout de bananes bio ». Malgré l’impossibilité, selon l’UGPBAN, de produire du bio en climat tropical sous la réglementation européenne actuelle, l’organisation ne demande pas d’assouplir les normes. Elle suggère même de renforcer encore le cahier des charges du bio en y ajoutant les critères du commerce équitable, afin de supprimer un autre élément constitutif de concurrence déloyale : le dumping social. Vu sous cet angle, on peut se demander si, sous couvert de défendre les intérêts de consommateurs, les producteurs de bananes français ne cherchent pas seulement à ravir les parts de marchés aux importations de bio, sans même avoir à essayer de produire bio…

(1) Voir Agra Presse Hebdo n° 2585 du 6 mars 2017, p.42 et Agra Presse Hebdo n°3587 du 20 mars 2017, p. 39
(2) Voir Agra Presse Hebdo n°3519 du 9 novembre 2015, p.47

« il n’est pas improbable qu’il n’y ait plus du tout de bananes bio »