Dans un rapport publié le 3 avril, le Programme alimentaire mondial (PAM) indique que les blocages logistiques pour le transport des céréales engendrés par la propagation fulgurante de l’épidémie de coronavirus, pourraient à terme contribuer à une grave pénurie alimentaire, principalement dans les pays importateurs de denrées alimentaires de base, tels que les pays du Sahel central ou encore de la Corne de l’Afrique.
Les défis logistiques pour le transport des céréales engendrés par les mesures de confinement liées à la propagation de coronavirus menacent aujourd’hui de nombreux pays d’une pénurie alimentaire, alerte le Programme alimentaire mondial (PAM) dans un rapport publié le 3 avril. L’agence onusienne précise que « depuis la crise de coronavirus, il est plus difficile de passer les produits de base des greniers à blé du monde entier aux endroits où ils sont consommés », et ajoute que « ces difficultés en termes de logistique sont plus susceptibles de perturber les marchés mondiaux des produits de base qu’une pénurie d’approvisionnement ». En effet, dans son Bulletin sur l’offre et la demande de céréales publié le 2 avril, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture FAO) a revu à la hausse ses estimations concernant la production mondiale de céréales en 2019 pour atteindre 2 721 Mio t, soit une hausse de 2,4 % depuis 2018.
Dans son rapport de 14 pages, le PAM relève déjà des cas de blocage en Argentine et au Brésil, dans le plus grand port d’Amérique latine pour l’exportation de maïs et de soja où les travailleurs envisagent de faire grève pour des raisons de sécurité. L’institution précise d’ailleurs que « de nombreux ports ont commencé à effectuer des inspections sanitaires et pourraient exiger davantage de procédures telles que la désinfection des navires ». Dans le cas où l’épidémie de Covid-19 s’accélérerait, le PAM ajoute que « cette éventualité pourrait fortement perturber le fonctionnement normal de ports essentiels notamment ceux de la mer Noire situés en Russie et en Ukraine, et par voie de conséquence contribuer à une flambée des prix et à une plus grande volatilité ». Par ailleurs, la Russie et l’Ukraine, considérés comme les greniers à blé du monde, ont décidé de restreindre leurs exportations de céréales (1). Une décision qui ne fait ainsi qu’augmenter les risques de pénurie alimentaire au sein des pays importateurs de denrées alimentaires de base, principalement situés en Afrique subsaharienne.
Des risques sérieux sur le continent africain
Alors que chaque année les échanges de riz, soja, maïs et blé permettent de nourrir 2,8 Mrds de personnes dans le monde, dont 212 Mio en situation d’insécurité alimentaire chronique et 95 Mio en situation d’insécurité alimentaire grave, le PAM prévient que « pour de nombreux pays pauvres, les conséquences économiques seront plus dévastatrices que la maladie elle-même ».
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Aujourd’hui, la zone géographique du globe la plus menacée est celle de l’Afrique subsaharienne qui a importé plus de 40 Mio t de céréales en 2018. Avec la propagation du Covid-19, la situation est devenue très préoccupante dans le Sahel central, région qui englobe le Burkina Faso, le Mali et le Niger, où le nombre de personnes souffrant d’insécurité alimentaire augmente régulièrement pour atteindre près de 1,3 Mio de personnes au Mali et 2 Mio au Niger. Selon Chris Nikoi, directeur régional du Programme Alimentaire Mondial pour l’Afrique de l’Ouest, « c’est une crise qui s’ajoute à une autre, et la situation pourrait devenir incontrôlable ».
Par ailleurs, la Somalie et le Soudan du Sud sont les pays les plus exposés à une grave perturbation des approvisionnements en céréales, alors que d’autres pays, comme l’Angola, le Nigéria et le Tchad, sont tributaires de leurs exportations pour payer les importations de denrées.
Face à ces potentiels blocages logistiques, le PAM ainsi se demande comment évoluerait la situation à court terme, « si les acheteurs en gros pensent qu’ils ne pourront pas obtenir de livraisons de blé ou de riz en mai ou juin ? ». Au regard de ce scénario, l’agence onusienne assure que « si une perte de confiance des grands importateurs ou des gouvernements dans la fiabilité des produits alimentaires de base dans le monde entier devait se produire, alors cela pourrait conduire à une crise mondiale de l’approvisionnement alimentaire ».
(1) Voir même numéro