D’après les dernières analyses prospectives du Fapri, institut de recherche basé aux Etats-Unis dont les études sont très prisées du Congrès américain, les biocarburants devraient constituer le moteur de la reprise des cours des grandes cultures après 2009. Selon l’institut, les pays qui ont entamé des politiques incitatives vont les poursuivre.
Qu’on se le dise, les biocarburants n’ont pas fini de faire parler d’eux. D’après l’étude prospective que mène chaque année le Fapri (Institut de recherche sur les politiques agricoles et alimentaires) sur l’évolution des prix agricoles à 10 ans, ils devraient même largement contribuer à un maintien des cours des céréales à des niveaux relativement élevés… une fois passée l’année 2009. A très court terme, Jacinto Fabiosa, codirecteur du Fapri, pronostique une baisse des prix du blé, dans la suite de la chute actuelle. « De 2005/2006 à 2006/2007, nous avons perdu presque 6 millions d’hectares de blé, en Russie, en Ukraine, en Australie, ce qui a créé un choc dans l’approvisionnement », a expliqué l’économiste à l’occasion de la conférence sur les prix agricoles organisée le 15 décembre à Paris par plusieurs partenaires, dont l’association Farm et Pluriagri. Depuis, les surfaces progressent de nouveau. Trois millions d’hectares ont été regagnés en 2007/2008 mais les rendements sont restés bas.
Le baril va dicter l’évolution des cours des cultures
2008/2009 devrait permettre de récupérer l’ensemble des hectares et tonnages perdus. Une hausse de production qui devrait intervenir dans un contexte économique tendu, avec une croissance mondiale en baisse et une dépréciation significative des monnaies locales par rapport au dollar. D’où une baisse des prix à court terme. Mais au-delà de 2009, ceux-ci devraient se redresser. Une analyse validée, d’après Jacinto Fabiosa, par les prises de position sur les marchés à terme du maïs et du soja de la Bourse de Chicago. Pour le spécialiste, c’est le pétrole qui va dicter l’évolution des cours des grandes cultures dans les années à venir, du fait du développement des biocarburants. Or, si le prix du baril est évalué à 56 dollars pour 2009, il devrait monter à 80 dollars les années suivantes.
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Des objectifs américains multipliés par trois en éthanol d’ici 2022
Jacinto Fabiosa estime que l’équipe de Barack Obama ne remettra pas en cause le programme de développement des biocarburants aux Etats-Unis. Or, la loi américaine sur l’Energie va imposer aux Etats-Unis d’incorporer en 2012 quatre fois plus de biodiesel que la production actuelle. « Cela fera une pression considérable sur l’huile de soja », a indiqué Jacinto Fabiosa. Par rapport à ses prospectives 2007/2017, le Fapri envisage dans son scénario 2008 une envolée beaucoup plus forte des prix du soja et plus généralement de toutes les huiles et graines oléagineuses. En ce qui concerne l’éthanol, les incorporations devraient monter à 36 milliards de gallons dont 15 milliards devraient encore être issus du maïs. Un chiffre à comparer aux quelque 12 milliards de gallons incorporés en 2009. Pour Jacinto Fabiosa, l’Amérique latine ne sera pas à même de couvrir les besoins des Etats-Unis. « Car le développement des biocarburants est également poussé dans ces pays interventionnistes, qui ont leurs propres objectifs », a-t-il indiqué. Le développement des carburants verts va donc mettre la pression sur les terres, un problème jugé crucial par le Fapri.
25 à 35 % de la hausse des prix due aux biocarburants
Et il ne faut pas compter sur le Brésil pour de nouvelles disponibilités en terres. Selon la logique de l’économiste, la hausse des prix des grandes cultures emmenée par celle des biocarburants sera capitalisée dans les terres. « Si le Brésil peut augmenter sa production, c’est parce que les terres sont peu onéreuses,a indiqué le spécialiste. Mais la location des terres va augmenter, et la rentabilité originellement présente sera nulle ». Pour le Fapri, le développement des biocarburants s’affirme donc incontestablement comme un important facteur de hausse des cours des cultures dans les années à venir. L’institut estime les biocarburants responsables de 25 à 35 % de l’augmentation des prix.