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Vincent Godier « Des raisons de penser que les prix vont rester soutenus »

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Pour Vincent Godier, responsable des produits dérivés sur matières premières agricoles chez CACIB (Banque de financement et d’investissement du Crédit agricole,) il y a « des raisons de penser que les prix vont rester soutenus ». Selon cet expert des matières premières, c’est la capacité du monde agricole à constituer et gérer des stocks qui fait que les prix des matières premières augmentent moins vite que les matières premières minérales.

Pourquoi constate-t-on un retard à la hausse des prix entre les matières premières agricoles et les matières premières industrielles ?
Le monde agricole a une capacité de stockage et de réallocation sur d’autres cultures, capacité que n’a pas le secteur des métaux de base par exemple. Ils étaient donc déjà en situation de re-stockage au moment où le redémarrage économique et la relance de la consommation ont eu lieu. Il n’y avait pas ces stocks pour les matières premières industrielles, ni chez les producteurs ni chez les entreprises consommatrices, c’est ce qui a provoqué une hausse plus immédiate. Il n’y a que pour le sucre que ces stocks, en agriculture, n’avaient pas encore été reconstitués.

Sommes-nous face à un début de hausse durable pour les produits agricoles ?
Il y a deux situations. D’une part, pour les produits non libellés en dollars il y a notamment la baisse de l’euro qui rend les produits européens très compétitifs. D’autant qu’on est sur des marchés d’inter-récolte, très réactifs aux informations climatiques, ce que les Anglo-saxons appellent le « weather market » où des problèmes climatiques poussent à la hausse des prix. D’autre part, il y a les produits cotés en dollar, à Chicago notamment. Là, trois facteurs influent : 1. la demande chinoise qui est difficile à évaluer ; tout le monde s’attend à ce que la Chine importe du maïs mais elle ne l’a pas fait officiellement jusqu’à présent. 2. Les stocks américains restent encore assez élevés. 3. La mise sur le marché des récoltes sud-américaines est attendue mais avec retard. Le bilan de tout cela c’est que les prix à terme sont plus élevés que les marchés spot.

Il y a donc des raisons de croire à une hausse durable ?
Oui. Les marchés court terme réagissent aujourd’hui en tenant compte d’informations sur les tendances long terme. Celles-ci poussent à la hausse même si c’est encore peu perceptible. C’est pourquoi en Europe, sur le lait par exemple, des gouvernements ont eu raison de ne pas vouloir brider la production. Aux Etats-Unis, en début d’année, il y a eu un net rebond sur les prix de la viande bovine, un peu retombé depuis. Au total, il y a pas mal de raisons de penser que les prix vont rester soutenus. Même si les équilibres sont fragiles et qu’il y aura des fluctuations fortes.

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