FNSEA : « Certains vont trouver la marche un peu haute »
Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, a globalement bien accueilli les annonces faites en CSO sur les orientations françaises de la Pac. « Ces annonces vont dans le bon sens. Il y avait une attente concernant le rapprochement des soutiens », souligne Jean-Michel Lemétayer. Même s’il considère que « le rééquilibrage des aides est une nécessité », « certains vont trouver la marche un peu haute et l’effort trop important. D’autres que ce ne sera pas assez », a-t-il ajouté. « Aider moins quand la situation des agriculteurs va mieux. C’est ce qui aurait davantage de sens », a-t-il résumé. Pour le président, il est indispensable de se mettre d’accord sur « une clause de rendez-vous à l’automne 2010 ». « Il ne faut pas tirer de conclusions définitives. L’enjeu est le revenu des producteurs lié aux prix des produits », a-t-il rappelé. Il s’est réjoui de l’engagement budgétaire de 300 millions d’euros annoncé par Nicolas Sarkozy, le 19 février. « Ces 300 millions permettent de faire mieux ». Le leader estime aussi qu’il « reste beaucoup à faire sur l’organisation économique des producteurs ».
Jeunes agriculteurs : « Le maintien de la diversité des territoires est sauvé »
Le bilan est globalement satisfaisant à l’issue du CSO du 23 février du côté des Jeunes agriculteurs. « Le maintien de la diversité des territoires est sauvé », a commenté William Villeneuve, le 23 février. En effet, la convergence vers une aide unique à l’hectare n’a pas été retenue, ce qui réjouit particulièrement le syndicat Jeunes agriculteurs. « Il a été clairement décidé de privilégier les hommes – l’actif sur l’exploitation- plutôt que la course aux hectares. L’installation des jeunes ressort ainsi clairement préservée de ces orientations », explique William Villeneuve. En résumé, « la menace d’une mono-agriculture française, sans paysans, sans territoires et sans diversité des productions est écartée », commente William Villeneuve. « Le ministre a choisi de redonner de la compétitivité économique aux secteurs les plus menacés (élevages herbagers, ovins) et aux territoires les plus fragiles, même si nous sommes encore loin d’une politique ambitieuse en faveur des protéines végétales. » Par contre, William Villleneuve s’inquiète du « risque de saupoudrage » dans ce type d’exercice. Enfin, les JA regrettent que le bilan de santé de la Pac « n’ait pas permis de poser les bases solides d’un véritable contrat gagnant-gagnant ambitieux entre filières ».
Chambres d’agriculture : « Une Pac rendue plus légitime et équitable pour mieux préparer l’avenir »
Luc Guyau, président des chambres d’agriculture, a accueilli positivement les choix français sur le bilan de santé de la Pac. « Ces orientations rejoignent dans les grandes lignes les orientations arrêtées par nos élus fin 2008 », a commenté le président à l’issue du CSO. « Les choix retenus vont permettre une réorientation stratégique des aides pour l’agriculture », souligne un communiqué des chambres d’agriculture. En réorientant les aides vers les productions les plus fragiles – ovins, lait en zones difficiles, agriculture de montagne et blé dur –, la Pac fait le choix de plus d’équité entre les filières et d’un meilleur équilibre entre les territoires, explique Luc Guyau. « Cela doit nous permettre d’être en meilleure position pour discuter de l’avenir de cette politique et pour préparer l’après-2013 », espère le président. Toutefois, les chambres d’agriculture pointent « l’oubli de certaines productions, telles que les légumes hors contrat, les fruits et la viticulture ». « Cette Pac adaptée n’aura de sens que si elle s’inscrit dans un véritable projet économique créateur de valeur, avec un retour légitime aux agriculteurs », a conclu Luc Guyau.
Confédération paysanne : « Il a manqué quelques pas de courage politique »
Réaction mitigée de la Confédération paysanne aux annonces du ministre Michel Barnier suite au CSO sur les orientations françaises du bilan de santé de la Pac : la direction qui a été prise est la bonne, mais les moyens mis en œuvre sont insuffisants. « On a fait la moitié du chemin. Il a manqué quelques pas de courage politique », a commenté Régis Hochart, porte-parole du syndicat, à la sortie de la réunion, le 23 février. Autre motif d’insatisfaction de la Confédération paysanne : « Les références historiques qui ne sont pas réellement remises en cause ». « Il y avait opportunité à demander à ce que les producteurs qui sont dans les régions les plus riches, qui donc reçoivent les plus grosses aides, et qui par ailleurs ont les plus hauts revenus, soient plus sollicités », précise un communiqué du syndicat. Par contre, Régis Hochart se dit satisfait « de l’acquis sur les 50 premiers hectares » dont les DPU seront à leur taux maximum. Par contre, selon le syndicaliste, il subsiste une « grosse interrogation » concernant « 575 millions d’euros de prélèvement qui ne sont attribués à personne » dans le cadre de l’article 63 et du découplage des aides céréalières. « Le gouvernement a eu peur des céréaliers », souligne Régis Hochart.
Coordination rurale : « Un recul inquiétant des ambitions de la France pour sa politique agricole »
À l’issue du CSO, « on repart avec des mauvaises nouvelles pour l’agriculture », a commenté, le 23 février, François Lucas, dénonçant des mesures « inquiétantes et contraignantes ». « Les mesures annoncées complexes, dont l’impact est difficile à évaluer, montrent qu’il n’y a plus de vision précise d’une politique organisatrice et régulatrice des productions et des marchés agricoles », estime le président. « Les décisions d’aujourd’hui ne sont que le fruit d’un arbitrage défensif pour gérer la redistribution d’aides, qui ne permettent plus aux agriculteurs de vivre décemment de leurs productions quelles qu’elles soient. Les prélèvements sur les grandes cultures ne vont faire qu’aggraver les difficultés que connaissent aujourd’hui les céréaliers », souligne un communiqué de la Coordination rurale. « Il faut bien constater que l’UE a engagé la déstructuration de la Pac et que la France n’a pas su faire entendre la voix de la raison, afin que soit préservé le ciment fondateur de l’Europe qui s’est constituée autour de cette seule politique », explique la CR. « La Pac n’est plus à côté de ses pompes, elle est juste inconsistante », a conclu François Lucas.
Coop de France : « Le véritable enjeu est dans la régulation des marchés »
Rééquilibrer les soutiens au bénéfice des productions fragilisées et de l’élevage à l’herbe, pourquoi pas ? Mais pour Coop de France, ce n’est pas là que se situe l’enjeu du bilan de santé de la Pac. A l’issue d’une réunion, le 26 février, le conseil d’administration de Coop de France a pris position sur les annonces du 23 février. « Ce choix français vient après la réforme européenne de la Pac qui a fortement réduit les capacités régulatrices des organisations communes de marché », indique l’organisation. Or, pour répondre à cette ouverture aux lois du marché, il faut renforcer la compétitivité des entreprises, estime-t-elle. Dans cette optique, la capacité des coopératives à construire des filières fortes « sera déterminante mais nécessite un engagement sans faille des pouvoirs publics ». Et Coop de France compte bien « s’investir dans les conditions d’application » du bilan de santé.
« Des choix scandaleusement irresponsables » selon les céréaliers
Dans un communiqué d’Orama diffusé le 24 février, les céréaliers ont stigmatisé « des choix scandaleusement irresponsables ». Selon eux, ces choix « conduisent à une ponction de 19 % sur les soutiens à partir de 2010 en plus de la modulation supplémentaire. Il pourrait en résulter jusqu’à 50 % d’amputation du revenu des exploitants concernés. » D’après Orama, « ce serait destructeur pour un secteur aussi stratégique et créateur de richesses. La divergence avec le discours tenu par le chef de l’État le 19 février dans le Maine-et-Loire est stupéfiante. » L’organisation demande « un examen préalable et approfondi de la situation économique et financière des exploitations de grandes cultures » avant de mettre en œuvre le dispositif. A l’occasion du renouvellement de son bureau le 25 février, le conseil d’administration de l’AGPM (Association générale des producteurs de maïs) a pour sa part dénoncé « l’irresponsabilité et l’iniquité des décisions prises », indique un communiqué de l’organisation. Selon l’AGPM, les conclusions du bilan de santé de la Pac « en l’état » pourraient se traduire par « de très nombreuses cessations économiques d’activité et imposeraient un plan social à hauteur du sinistre créé ».
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Viande bovine : la FNB déçue par la « faible réorientation »
Pierre Chevalier, président de la fédération nationale bovine (FNB), se dit déçu par les orientations françaises du bilan de santé de la PAC qui sont insuffisantes selon lui pour venir en aide aux éleveurs. Sur les 980 millions d’euros de soutiens à l’herbe annoncés par le ministre, la FNB estime qu’en réalité seuls 640 millions étaient nouveaux. 120 millions viennent en effet du découplage à 12,5% de la prime au maintien du troupeau allaitant (PMTVA) et 220 millions de la prime Herbagère Agri-Environnementale qui existait déjà. Selon les calculs de la FNB, ce rééquilibrage ne va augmenter le revenu des éleveurs que de 2 000 euros par an. « Derrière les annonces, l’élevage, autant en zones herbagères que dans les exploitations d’engraissement, sera loin de trouver son compte », indique un communiqué du 23 février de la FNB.
Pour les éleveurs de races à viande du Grand Massif Central le bilan est moins sévère : « Le gouvernement a clairement choisi la reconnaissance d’un soutien différencié à l’élevage (…) néanmoins, les montants transférés du secteur végétal vers les éleveurs restent aujourd’hui insuffisants ». En conclusion de leur communiqué du 24 février, ils estiment que « le dossier du rééquilibrage des revenus reste donc ouvert aux yeux des éleveurs du Grand Massif Central, pour qui une réorientation des soutiens plus forte est indispensable ».
Ovins : la FNO salue un tournant historique pour l’élevage ovin
Pour la Fédération nationale ovine, « les annonces de ce lundi 23 février confirment les engagements pris par le ministre depuis plusieurs mois et marquent un tournant historique pour la production ovine, trop longtemps oubliée dans les négociations de la Pac ». Les éleveurs ovins vont pouvoir bénéficier d’une enveloppe de 160 millions d’euros, qui permettent de ramener le niveau de la prime à la brebis à celui de la PMTVA, soit environ 21€ directement couplés à la brebis et de 25 millions pour revaloriser les DPU dès 2009. Ils profiteront également de la politique économique herbagère de 700 millions d’euros et la revalorisation de l’ICHN. 80 % des brebis françaises sont localisées en zones défavorisées. Ainsi, la FNO la production vers une réelle compétitivité économique, en amenant, notamment, l’ensemble des éleveurs vers la reconquête de la technique et de la performance et assurer le développement et la pérennité de la filière. « Il faut transformer l’essai », résume Serge Préveraud le président de la FNO qui veut que l’argent récupéré serve aussi à professionnaliser les éleveurs et à structurer la filière.
Déshydrateurs de luzerne : la filière « obtient l’essentiel »
Les déshydrateurs de luzerne, regroupés dans la division Coop de France déshydratation, estiment que, dans la traduction française du bilan de santé de la Pac, la luzerne « obtient l’essentiel ». D’une part, la luzerne bénéficie jusqu’en 2012 du soutien couplé de 33 euros par tonne, soit environ 400 euros par hectare, sur la base d’un rendement moyen de 13 tonnes de protéines à l’hectare. L’an dernier la Commission recommandait de supprimer ce soutien dès 2010. Par ailleurs, à partir de 2012, les producteurs de luzerne bénéficieront « pleinement » des dispositions du plan « protéines ». Les producteurs se disent « optimistes » sur les modalités, « qui devront traduire très concrètement les engagements formels du ministre et de ses services ».
UNPT (producteurs de pommes de terre) : des DPU dotés mais insuffisants
L’Union nationale des producteurs de pommes de terre a pris acte de l’annonce du ministre de l’Agriculture de doter l’ensemble des hectares de pommes de terre (hors fécule) de DPU, comme elle l’avait encore demandé lors de son congrès de Lille le 12 février : « l’UNPT avait à ce titre réaffirmé son souhait que tous les hectares de pommes de terre, jusqu’à présent non dotés mais protégés par le principe d’exclusion, soient dotés en DPU lors de la suppression de ce principe qui doit intervenir en 2010 ». Ce principe d’exclusion interdisait aux détenteurs de DPU d’activer leurs droits sur les surfaces cultivées en fruits, légumes et pommes de terre, afin de ne pas établir de distorsion de concurrence avec les producteurs « historiques ». Mais par ailleurs l’UNPT estime « insuffisant » le montant de 100 euros par hectare pour pérenniser l’avenir des exploitations spécialisées en pommes de terre.
FNE : « Barnier aurait pu mieux faire »
Pour FNE, la volonté de Michel Barnier de préserver une Pac après 2013 en réorientant une partie des aides (des céréales vers les prairies) va dans le bon sens. Mais cette « petite réforme » de la Pac « atteint vite ses limites » : « Aucune garantie n’est pour l’instant apportée sur le maintien en prairies des surfaces qui bénéficieront d’un soutien à l’herbe », regrette la fédération écologiste. FNE rappelle qu’elle avait demandé un soutien spécifique aux prairies permanentes. Elle juge également le budget insuffisant pour tripler les surfaces en agriculture biologique d’ici à 2012, tel que le prévoit le Grenelle de l’Environnement. La fédération dénonce enfin un manque de financement pour la gestion des zones importantes pour la biodiversité (Natura 2000) et la qualité des eaux (captage d’eau potable).
LPO : « Insuffisant au regard des enjeux »
Si la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) salue l’effort de redistribution des fonds en faveur des éleveurs, elle estime que la France aurait dû être plus ambitieuse dans le « verdissement » de son agriculture. La LPO salue le soutien affiché à l’agriculture biologique mais estime que les fonds de l’article 68 auraient mérité d’être largement ciblés sur le « bio », « au lieu d’être dispersés sur plusieurs objectifs ». En matière de développement rural, la LPO juge « abusif » de cibler la majeure partie des fonds issus de la modulation sur la prime herbagère agro-environnementale (PHAE), « sauf à la renforcer pour en faire une mesure réellement pertinente d’un point de vue environnemental et complémentaire de la « DPU herbe », mesure de base annoncée dans le cadre du premier pilier ».