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Obésité/UE Des recommandations européennes pour une alimentation plus saine des enfants

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De nombreuses campagnes politiques nationales visant à encourager une alimentation plus saine ont été mises en place mais n’ont eu que très peu d’impact pour changer le comportement réel des consommateurs, selon les conclusions du projet de recherche communautaire Eatwell. Parmi les recommandations les plus importantes de ce projet figurent notamment le renforcement des contrôles de la publicité enfantine, l’introduction de taxes sur les produits riches en sel, graisse et sucre ainsi que la nécessité de conclure des accords avec l’industrie alimentaire pour reformuler ce dernier type de produits.

Le projet de recherche communautaire Eatwell, lancé en avril 2009 et se terminant en mars 2013, a pour objectif principal d’améliorer la politique nutritionnelle dans les États membres en fournissant des preuves scientifiquement solides sur l’efficacité des interventions passées. Pour atteindre ces objectifs, les partenaires du projet Eatwell ont évalué différentes actions stratégiques en faveur d’une alimentation saine menées dans cinq États membres (Belgique, Danemark, Italie, Pologne et Royaume-Uni), interrogé des acteurs de l’industrie, des décideurs politiques, réalisé des enquêtes auprès de plus de 3 000 citoyens européens et effectué diverses analyses de données. Les partenaires du projet Eatwell ont recensé plus de 100 interventions stratégiques en Europe, pouvant être réparties en deux grandes catégories. L’une vise à encourager les citoyens à effectuer des choix plus informés en proposant des informations ou en les éduquant (par ex., la campagne d’étiquetage nutritionnel au Royaume-Uni), tandis que l’autre a pour but de modifier le marché en adaptant les prix ou la disponibilité des aliments, en distribuant des chèques-repas aux consommateurs défavorisés ou en taxant plus sévèrement les aliments à forte teneur en graisse. Dans ses conclusions, le consortium note que si les dirigeants politiques européens continuent à promouvoir et à encourager une alimentation saine dans les États membres de l’UE (1), l’obésité continue toutefois à faire des ravages sur tout le continent, entraînant une hausse des dépenses de soins de santé et une baisse de la productivité. les mesures d’information et d’éducation ne donnent pas énormément de résultats. En d’autres termes, si l’information des consommateurs s’est améliorée ces dernières années, leurs comportements alimentaires, eux, restent plutôt inchangés. Les chercheurs observent par ailleurs qu’un certain nombre de mesures politiques n’ont pas encore été réellement mises en œuvre, notamment les informations nutritionnelles sur les menus, les normes alimentaires relatives aux apports nutritionnels ainsi que des mesures fiscales comme les taxes sur les aliments gras, qui, comme le sait, viennent seulement de faire une timide apparition en Europe. Pour tenter de remédier à ces lacunes, le consortium propose une série de recommandations.

Contrôle renforcé de la publicité destinée aux enfants

Le consortium note que les restrictions en matière de publicité mettant en scène des aliments « malsains » ne couvrant que certaines chaînes de programmes pour enfants n’ont eu qu’un effet limité sur les régimes alimentaires. Il considère en conséquence qu’une approche plus large englobant toutes les chaînes de télévision ainsi que d’autres médias peuvent être plus efficaces.
En revanche, les chercheurs ne recommandent pas une régulation de la publicité alimentaire destinée aux adultes dans la mesure où une telle initiative a un très faible soutien parmi la population européenne et que les adultes dans tous les cas sont moins sensibles à la promotion que les enfants. Le rapport Eatwell observe par ailleurs que différents facteurs de réussite ont également été recensés, comme les activités de marketing à faible coût dans le secteur public. D’après les partenaires du projet, il est essentiel d’améliorer la confiance dans les organismes publics, de maintenir des efforts constants et de travailler en collaboration, si l’on veut assurer la réussite à long terme de telles initiatives.

Reformulation des produits

Citant en exemple la réduction de l’apport en sel enregistrée au Royaume-Uni (1), les chercheurs recommandent à tous les États membres d’entamer des négociations avec l’industrie alimentaire, avec le secteur de la restauration et de la vente au détail afin de conclure des accords volontaires de réduction de sel dans les aliments transformés. Mieux: ce type d’ accords gagnerait à être étendu aux produits riches en graisses saturées et en sucre. Il devrait éventuellement concerner la taille des portions et des nutriments positifs comme les céréales complètes. La législation communautaire devrait également jouer son rôle en fixant un niveau maximal de ces substances dans tous les aliments.

Mesures fiscales pour la population en général et pour les consommateurs défavorisés

Les États membres devraient œuvrer en vue de l’introduction de taxes visant à promouvoir une alimentation plus saine et générer des revenus pour d’autres programmes de saine alimentation. La forme précise de ces taxes peut varier selon les États membres et devrait se baser sur une évaluation minutieuse de l’impact des récentes taxes ou projets de taxes récents initiées au Danemark (Copenhague a dans l’intervalle décidé de supprimer la taxe sur les graisses d’ici 2013, ndlr), en Finlande, en France et en Hongrie et une évaluation des solutions de rechange supplémentaires telles que le profilage nutritionnel. Le rapport du consortium de chercheurs recommande également d’inclure des mesures visant à améliorer le régime alimentaire des consommateurs défavorisés à travers des bons alimentaires subventionnés ou via un système de protection sociale.

L’étiquetage nutritionnel

Les auteurs du rapport encouragent la mise à disposition d’informations nutritionnelles simples sur la face avant des emballages dans un format cohérent et de positionnement. Ils considèrent notamment que l’efficacité du système de « code de couleurs » (rejeté par l’UE dans le cadre du règlement 1169/2011 sur l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires, ndlr) ou d’un « logo santé » devraient pouvoir être évaluée.

L’éducation nutritionnelle

Le consortium recommande que l’éducation nutritionnelle devienne « une composante obligatoire des programmes scolaires dans tous les pays de l’UE » et que des efforts soient faits pour améliorer l’attractivité de son offre et s’assurer que les messages soient renforcés avec des informations sur les modes de vie sains et la fourniture attrayante et saine d’aliments dans les cantines scolaires.
Les gouvernements, de leur côté, devraient prendre les devants pour s’assurer que leurs propres lieux de travail du secteur public encouragent des modes de vie sains qui comprennent la fourniture d’informations et d’options saines dans les repas de cantine.

Réglementation de l’offre alimentaire dans les écoles et les cantines

Le rapport du consortium Eatwell observe que si les mesures régissant la fourniture de nourriture dans les écoles (par exemple la teneur nutritionnelle des repas scolaires, la fourniture gratuite de fruits et légumes) sont rentables, celles-ci doivent cependant être accompagnées par des mesures éducatives afin d’améliorer leur efficacité à long terme. Les chercheurs recommandent, non pas d’interdire les distributeurs d’aliments dans les écoles mais de réglementer les approvisionnements alimentaires de ces machines afin de fournir aux écoliers des choix alimentaires plus sains. Des recommandations similaires peuvent également être faites en ce qui concerne l’approvisionnement des cantines des administrations publiques, voire les restaurants du secteur privé.
 
(1) La campagne de sel de la « UK Food Standards Agency » en 2004 est cité en exemple : elle a entraîné une réduction de 10% de la consommation de sel en moyenne dans la population britannique. L'initiative a combiné une campagne de sensibilisation à la publicité, d'information du public sur les problèmes de santé en cas de consommation excessive de sel et de travail avec l'industrie alimentaire afin d'encourager la reformulation pour réduire le sel dans les produits alimentaires.

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