Une délégation de représentants paysans africains a effectué une tournée en France les 11 et 12 mars pour infléchir les accords APE (« accords de partenariat économique » c’est-à-dire de libre-échange entre l’UE et les pays ACP – Afrique, Caraïbes, Pacifique) vers moins de commerce et plus de développement.
Une délégation composée de trois représentants paysans africains (Tchad, Burkina Faso et Zambie), d’une responsable de la Communauté est-africaine, d’une députée camerounaise et d’un responsable éthiopien de l’ONG Acord, a terminé une tournée en Europe en passant en France les 11 et 12 mars puis au Royaume-Uni. Son but : sensibiliser en Europe les élus, les gouvernements et les représentants syndicaux aux conséquences des accords APE sur l’agriculture des pays africains. Auprès de leurs interlocuteurs, ils ont plaidé pour moins de commerce et plus de développement.
Les APE ne sont pas la priorité de l’heure
« Les paysans africains veulent vivre de leurs produits. Le chômage en milieu rural est très grave, car les familles ne peuvent plus alors financer leur santé ni la scolarité des jeunes », a indiqué un membre de la délégation, Kolyang Palebe, représentant d’une organisation paysanne tchadienne. Résumant la position de la délégation, il a ajouté que les APE « ne sont pas la priorité de l’heure pour les pays africains. Pour nous, il est plus urgent de mettre en place des politiques agricoles régionales et d’organiser des marchés régionaux ».
Tandis que les accords APE visent une ouverture de 80 à 90% des marchés des pays ACP, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) demande une ouverture de 60%.
Les rencontres de la délégation
En Afrique, seuls la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Cameroun ont signé un APE « intérimaire », a rappelé Jean-Denis Crola, de l’ONG Oxfam Agir ici, présentant la délégation le 11 mars.
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Celle-ci a expliqué le 11 mars à deux députés français (de la commission des affaires européennes, Hervé Gaymard et Jean-Claude Fruteau) en quoi l’agriculture vivrière est particulièrement menacée par les projets d’APE. Les deux députés auditionnent de nombreux représentants et recueillent leurs avis, dans le cadre d’une mission d’information sur les APE.
Le 12 mars au matin, la délégation a rencontré des services officiels français : le ministère des Affaires Étrangères, le ministère de l’Agriculture, l’Agence française de développement, la direction générale du Trésor et de la politique économique (DGTPE) à Bercy. Le 12 mars après-midi, elle a rencontré des syndicats agricoles français : l’Afdi (Agriculteurs français et développement international), la Coordination rurale, la Confédération paysanne et la Fnab (Fédération nationale de l’agriculture biologique).
Avant d’arriver en France, elle s’est rendue en Allemagne, en Belgique et en Espagne. Après la France, elle devait se rendre au Royaume-Uni.