Un rapport sur le devenir de l'arboriculture française a été rendu au ministre de l'Agriculture le 19 janvier. Les chiffres ne sont pas bons. Plusieurs axes de réflexion sont proposés : une organisation accrue de la production et des marchés, une plus grande valorisation de la qualité des produits français, la prise en compte des aspects territoriaux (circuits courts, variétés locales) et une adaptation de la gouvernance aux enjeux de l'innovation.
Tributaires des aléas climatiques et de la concurrence internationale, la production fruitière française va mal. Le constat est sans appel : d'année en année, les surfaces arboricoles se réduisent, passant de 192,5 milliers d'hectares en 1990 à 145,7 milliers d'hectares en 2013. La production a, elle aussi, chuté de 31% en douze ans.
Pour mieux comprendre cette filière, Régis Hochart, ancien porte-parole de la Confédération paysanne et membre du Conseil économique, sociale et environnemental (CESE), a rendu un rapport sur le « devenir de la production fruitière » à Stéphane Le Foll, le 19 janvier. « Le marché national est en déshérence, nous devons le reconquérir en premier », indique Régis Hochart. Les conclusions de ce rapport seront un élément contributif à la réflexion des professionnels aux assises des fruits et légumes qui devraient se tenir à l'automne.
Mieux organiser la production et les marchés
– La production arboricole française reste principalement tournée vers les fruits frais. Pourtant, l'industrie de la transformation du fruits (jus, pulpe, concentrés, séchés, confits, etc.) serait intéressée par des fruits nationaux. À ce jour, seulement 15 % des fruits prêts à être transformés proviennent de France, le reste étant importé. « Un développement d'un verger dédié pourrait permettre de baisser les importations de fruits frais destinées à l'industrie de 20 millions d'euros », note le rapport. Par contre, des systèmes de contractualisation de longue durée (10 ou 15 ans) seraient nécessaires pour développer une telle filière.
– Régis Hochart incite également les producteurs à se regrouper et mieux s'organiser pour être plus compétitifs face aux acheteurs. « Le déséquilibre considérable entre le nombre de metteurs en marché et le nombre d'acheteurs n'est pas favorable aux producteurs », commente-t-il. Le rapport incite à la mise en place de « contrats équitables » entre vendeurs et acheteurs avec un « encadrement » par des accords interprofessionnels ou des obligations réglementaires.
dapter la gouvernance
– « La gouvernance de la filière, en particulier au sein des interprofessions, ne peut s'offrir le luxe de querelles syndicales récurrentes dans lesquelles les familles professionnelles se prennent en otage réciproquement au gré des problématiques traitées », lance le rapport ministériel rappelant que les producteurs demeurent le maillon « le plus faible ».
– Trois niveaux de gouvernance sont ainsi proposés : le niveau local avec un essor des filières de proximité, des circuits courts et de la vente directe ; un niveau régional ou inter-régional et un niveau national.
– Le rapport propose également la création d'une « instance » regroupant les producteurs dans leurs composantes économiques, techniques et syndicales pouvant « traiter valablement de l'ensemble des problématiques de la filière. »
Nouveaux modes de distribution
– 70 % des fruits frais sont achetés par la grande distribution. De plus en plus de consommateurs cherchent à connaître l'origine des produits qu'ils consomment. « Consommer « local », c'est faire tourner l'économie du territoire ; c'est se réassurer face aux scandales qui émergent dans l'alimentation ; c'est limiter les déplacements des aliments et se reconnaître dans le territoire que l'on habite », commente le rapport de Régis Hochart. Les filières de proximité et les circuits courts apparaissent alors comme des moyens de distribution permettant de répondre aux besoins du consommateur.
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– L'agriculture périurbaine peut également être vue comme une solution à l'envie de local. « L'arboriculture devra y tenir une place de choix, tournée vers les citadins. »
Manger français
– Pour valoriser les atouts de la production française, plusieurs leviers sont proposés : l'identification territoriale et la valorisation de la provenance, le développement de filières de proximité et la spécification par les signes officiels de qualité. « Le fruit français a besoin de différenciation, de spécification et l'innovation est nécessaire », indique le rapport.
Rénover les vergers
– La rénovation des vergers reste un « impératif » pour répondre à « l'évolution de la demande, pour différencier la production dans les territoires et augmenter la résistance aux bioagresseurs ». Reste à définir « l'accompagnement financier » de cette rénovation. Pour répondre à une demande locale, le rapport préconise également une réimplantation des vergers dans des régions où ils ont disparu et permettre ainsi à de nouveaux agriculteurs de s'installer, par exemple.
Gestion des crises
– Les outils collectifs de gestion de crise, compatibles avec la réglementation européenne, sont peu nombreux et coûteux : retrait, destruction des surplus, dons alimentaires, promotion. Néanmoins, ils sont « utiles » mais ils doivent « être assouplis dans leur mise en œuvre. ». De plus, « les règles de la concurrence de l'Union Européenne sont génératrices de crise, la France doit s'engager pour les faire évoluer. »
Usages des produits phytosanitaires
– Les arboriculteurs restent très dépendants de l'usage de produits phytosanitaires liés notamment à la concentration de la production et à son intensification, selon le rapport. Une « approche territoriale » pour réduire les pesticides, fongicides, etc., apparaît comme une solution. Mais cela nécessiterait de nouvelles connaissances scientifiques et d'autres compétences de la part des producteurs. « Les solutions proposées à la profession ne pourront être qu'une combinaison de leviers très différents, et donc nécessitant de nouvelles connaissances et compétences. Les réponses ne sont souvent pas à portée de main, mais la durabilité de notre verger est très liée à ces futures avancées ! »
Le rapport complet sur www.agrapresse.fr
EN 2013, la production arboricole couvre moins de 1% de la surface agricole française, ne concerne que 4% des exploitations agricoles et produit seulement 5% de la valeur agricole. Paradoxalement, elle génère 21% de l'emploi agricole total et 30% des emplois saisonniers. La balance commerciale enregistre un déficit de 2,05 milliards d'euros en 2013 contre 1,6 milliard d'euros en 2012.