Abonné

Gaspillage alimentaire Des solutions simples contre un énorme gâchis

- - 4 min

Tristram Stuart, écrivain anglais, est devenu une figure de la lutte contre le gaspillage alimentaire. Selon lui, des solutions simples existent. Il était à Paris pour débattre avec Guillaume Garot, qui va présenter un plan anti-gaspillage en juin.

Environ 1,3 milliard de tonnes de nourriture, soit un tiers des aliments produits dans le monde, sont gaspillées chaque année, selon le Fonds des Nations unies pour l’alimentation (FAO). L’écrivain anglais Tristram Stuart est devenu une des figures de la lutte contre ce gaspillage. Mardi 28 mai, il était à Paris, à l’occasion d’un débat avec Guillaume Garot, organisé par le Groupe SOS autour de son livre, Global gâchis, qui paraît le 6 juin en France.
C’est à 15 ans que Tristram Stuart a pris conscience de la gabegie qui s’opère dans nos bennes à ordures. Il élevait alors des cochons, et ramassait les restes de sa cantine, de sa boulangerie et les pommes de terres mal calibrées d’un agriculteur pour les nourrir. « Un jour, je me suis rendu compte que cette nourriture était parfaitement comestible », se souvient t-il. Aujourd’hui consultant pour des entreprises et des gouvernements, il ne veut pas culpabiliser le consommateur, qui ne maîtrise pas toutes les données du problème, et s’adresse au citoyen : « Même si on ne gaspille pas chez soi, les entreprises auprès desquelles on achète nos produits gaspillent beaucoup : il faut leur demander de moins le faire », explique-t-il, réfléchissant aux causes du gaspillage : « La grande distribution ne gaspille pas beaucoup, mais a le pouvoir de forcer les fournisseurs à assumer les pertes. Ce sont leurs critères qui causent le gaspillage ».

Les solutions sont simples

Tristram Stuart se félicite de la forte mobilisation qui existe en France contre ce gâchis, au niveau citoyen comme au niveau politique. « À mon avis, les gouvernements et les entreprises changent quand les citoyens leur demandent », témoigne l’Anglais. C’est pour ça qu’il organise des évènements médiatiques, comme des repas gratuits pour 5 000 personnes à Londres, Berlin et Paris, cuisinés uniquement à partir d’aliments destinés à la poubelle.
Il considère le gaspillage comme une opportunité pour les entreprises innovantes, car « il y a beaucoup de valeur dans les 30 % de la nourriture mondiale qui sont gaspillés ». Il voit aussi positivement la concurrence vertueuse que se livrent les distributeurs : « Maintenant que le gaspillage est révélé en France, les entreprises ont peur et veulent changer leur image ». Pour lui, les solutions sont évidentes : pour les fruits et légumes par exemple, il suffirait d’arrêter d’avoir un calibrage aussi strict.

Un plan présenté le 14 juin

Approuvant les propos de Tristram Stuart, le ministre délégué à l’Agroalimentaire, Guillaume Garot, veut que « la lutte contre le gaspillage alimentaire devienne une vraie politique publique ». Il travaille sur un pacte national contre le gaspillage alimentaire, mobilisant l’ensemble des parties prenantes de l’agroalimentaire, qui sera présenté le 14 juin. Son objectif est de réduire le gaspillage de moitié d’ici 2025. « Il va falloir que chacun s’y mette, du producteur au consommateur », explique-t-il, révélant travailler sur les pistes des marchés publics et des restaurants scolaires, ainsi que sur les questions des normes et des calibrages. « C’est une première étape impérative, car il y a un enjeu économique. Question pouvoir d’achat, quand une famille jette 20 ou 30 kilos de nourriture, elle jette 400 euros », argumente le ministre. Il a également engagé un travail avec l’Europe et la FAO pour que la question ne reste pas cantonnée à l’Hexagone.
Tristram Stuart lui a suggéré de mettre en place des moyens pour tracer le gaspillage : « Il faut savoir qui gaspille quoi et où, pour que les pouvoirs publics sachent où faire pression et pour que les entrepreneurs trouvent des solutions ». Pour lui, il n’y a pas de doute : « On va gagner la bataille contre le gaspillage ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.