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Apiculture Des systèmes de production innovants pour préserver les abeilles

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La cohabitation entre les cultures et les abeilles (domestiques ou sauvages) passe par une révision globale des systèmes de production. Le Réseau biodiversité pour les abeilles qui tenait son colloque annuel le 25 janvier à Paris plaide pour le développement des jachères apicoles. Mais cela ne suffit pas à préserver les populations de butineuses : la recherche se penche désormais sur la conception de systèmes agricoles innovants qui pourraient profiter de la réforme de la Pac pour obtenir des soutiens.

Le colloque « La biodiversité c’est l’affaire de tous », organisé le 25 janvier par l’association Réseau biodiversité pour les abeilles, a été l’occasion de faire le point sur les recherches en cours pour limiter les surmortalités des abeilles. « Nous avons une vision lacunaire de ce qu’il est possible de faire », estime Axel Decourtye, chercheur spécialiste de l’abeille à l’Acta (réseau des instituts techniques agricoles). Aujourd’hui les seules solutions proposées aux agriculteurs sont en effet les aménagements floristiques (jachères fleuries…) ou une meilleure utilisation des produits phytosanitaires. « Or, mettre en place des aménagements apicoles, si à côté l’usage des produits phytosanitaires n’est pas limité, ça ne sert à rien, souligne le chercheur. Il faut considérer les systèmes de culture dans leur territoire ». C’est dans cette optique qu’a été lancé en 2010 le programme de recherche Polinov financé par le Casdar (compte d’affectation spécial agricole et rural) et mené dans la zone atelier de Chizé (Deux-Sèvres). Son objectif : mettre sur pied des systèmes de cultures innovants compatibles avec la préservation des pollinisateurs. « Cela demande une vision globale du système », explique Axel Decourtye. Et non plus seulement une réflexion à l’échelle de la parcelle. La première étape de ce programme en cours consiste à créer un outil de diagnostic des systèmes agricoles pour évaluer leurs impacts sur les pollinisateurs. Une autre partie des recherches consiste à identifier sur le terrain les sources d’innovation déjà mises en application par les agriculteurs (diversification et rotation des cultures par exemple).

Mesures agro-environnementales
Les premiers résultats de ce programme montrent une forte ségrégation entre abeilles domestiques et sauvages concernant les ressources en nourriture. Les sauvages se retrouvent généralement plus dans les bordures de champs alors que les abeilles domestiques sont davantage attirées par les cultures comme le colza ou le tournesol. Ce constat demande encore à être confirmé. A plus long terme, ces travaux pourraient contribuer à imaginer des mesures agroenvironnementales efficaces spécifiquement ciblées sur la préservation des pollinisateurs.
« Si on veut entraîner l’agriculture vers l’écologie, il faudra valoriser les efforts », confirme Eric Guillemot, directeur de Coop de France déshydratation. La filière luzerne mène actuellement des expérimentations pour mettre en place des pratiques culturales plus respectueuses de la biodiversité. A chaque fauche de la luzerne, une bande de 7 mètres est laissée une fois à droite et l’autre fois à gauche en bord de champ. Cette technique a donné des résultats positifs en 2009 (sur les pollinisateurs, les oiseaux, les chauves-souris…). « Dans le cadre de la réforme de la Pac après 2013, nous devons trouver des outils pour rémunérer les producteurs qui s’engagent dans des démarches plus vertueuses que la moyenne, indique Eric Guillemot. Mais les agriculteurs ne veulent pas être payés pour un service, ils veulent seulement recevoir une compensation pour leurs pertes de productions ».

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