Les charcutiers de le Fict demandent des aménagements pour que le Nutri-Score s’adapte à leurs produits tandis que la filière du roquefort refuse en bloc tout étiquetage obligatoire. Le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie est plutôt ouvert à une révision de la méthodologie, opinion partagée par l’eurodéputé Eric Andrieu.
Alors que l’idée de rendre obligatoire le Nutri-Score comme étiquetage nutritionnel à l’échelle de l’Union européenne fait son chemin, les professionnels haussent le ton pour échapper à une « mauvaise note », incarnée par les lettres D ou E, forcément pénalisantes.
Le 7 octobre, la Fict abordait publiquement le sujet en demandant une « modernisation du Nutri-Score ». Selon les charcutiers traiteurs, il faut une « modification » afin que « les protéines animales soient comptabilisées dans le calcul de la note de tous les produits et non uniquement dans ceux composés majoritairement de végétaux ». Car, explique la Fict, le Nutri-Score aboutit à favoriser les produits pauvres en protéines animales et les succédanés de viande d’origine végétale par rapport à leurs équivalents carnés sans justification nutritionnelle. Alors même que les qualités nutritionnelles de la viande sont reconnues en raison de sa teneur en acides aminés et en fer facilement assimilable. Autre demande : « que le Nutri-Score d’un produit puisse être complété par le Nutri-Score d’une recette intégrant ce produit pour que le consommateur ait une information nutritionnelle la plus utile, correspondant au plat réellement consommé. » L’essentiel des produits charcutiers sont consommés dans un plat ou dans un sandwich, très rarement seuls.
Additifs et conservateurs ne sont pas comptabilisés
Autre voix appelant à une révision du calcul du Nutri-Score : l’eurodéputé Eric Andrieu. Le 15 octobre, il s’est interrogé « sur le fait que les additifs et conservateurs ne soient pas comptabilisés. Il en est de même pour les sucres ajoutés qui ne sont pas différenciés des sucres naturellement présents dans les aliments, sans parler des profils des acides gras ». Au regard de ces incohérences, il souligne que « des dérogations devraient être accordées aux produits pas ou peu transformés ainsi qu’aux produits sous indication géographique car le but du Nutri-Score est d’informer les consommateurs sur le contenu des produits et de pousser les industriels à améliorer leurs recettes ».
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La filière du roquefort AOP est quant à elle vent debout contre cet étiquetage, son produit étant étiqueté E, la pire note. Ses représentant demandent donc l’exemption, et appellent toutes les AOP fromagères à en faire autant. A cette réclamation, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie a répondu : « Je partage votre inquiétude, je partage votre préoccupation ». Selon lui, « il ne faudrait en aucun cas que le Nutri-Score ait un impact sur nos beaux produits du territoire », a-t-il répondu à une question sur le sujet à l’Assemblée nationale le 12 octobre. Pour le ministre, aucun doute : le « problème » tient à la façon de calculer cette note nutritionnelle sur 100 grammes, alors que « rares sont les consommateurs qui consomment une telle quantité » de fromages. « Nous rouvrons la méthodologie du Nutri-Score pour que cet instrument tienne compte des réalités de consommation », a-t-il annoncé au Palais-Bourbon.
« L’administration nous a présenté une évolution de l’algorithme du Nutri-Score, confirme Sébastien Breton, délégué général du Cnaol (AOP laitières). Mais c’est une véritable boîte noire, nous ne savons pas à quoi nous attendre. » Les opposants historiques au Nutri-Score pourraient bien utiliser cette opportunité pour tenter d’avancer leurs pions, d’autant que lors de la présidence française de l’Union européenne, qui débutera début 2022, la France tentera de porter le Nutri-Score au niveau européen.