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A moins qu’un des deux candidats accepte de se désister, le conseil d’administration de la FNSEA devrait assister le 16 décembre à une situation inédite depuis plusieurs décennies. Deux candidats, cela ne s’était pas vu depuis longtemps. Interrogés le 9 décembre, Xavier Beulin et Dominique Barrau se disaient prêts à aller jusqu’au bout. « S’il y a deux candidats, cela est la preuve que la FNSEA est vivante », explique Xavier Beulin. Le conseil est majeur et il a le droit de s’exprimer, poursuit-il. « Pourquoi pas deux candidats ? interroge Dominique Barrau. On est dans un fonctionnement parfaitement démocratique. Nous ne sommes pas dans un bras de fer entre nous mais dans une différence de personne, de profil ».
Différence de personne et de profil en effet. Mais aussi de manière de considérer l’avenir de la fédération et leur action à sa tête. « Il faut d’abord que la FNSEA travaille à redonner de la fierté aux agriculteurs, plaide Dominique Barrau. Il faut redonner confiance aux agriculteurs dans l’acte de production, valoriser ce qui marche en agriculture. En second lieu, « il faut renforcer le rôle du syndicalisme dans la chaîne alimentaire, qu’il s’exprime plus dans cette filière ». Homme de terrain, Dominique Barrau se reconnaît comme tel et le revendique : « On a besoin de renforcer notre présence sur le réseau, insiste-t-il, surtout après la période très agitée que l’on vient de connaître. » Et de souligner à quel point son expérience au sein de ses fédérations départementale et régionale ont compté pour cela. « Il faut travailler sur l’information, la formation, notamment dans le cadre de la nouvelle loi de modernisation », dit-il.
Xavier Beulin, lui aussi met en avant le rôle des agriculteurs dans la chaîne économique. « A l’heure où la Pac est de moins en moins présente, explique-t-il, les agriculteurs doivent trouver une nouvelle ambition, celle du leadership dans les filières et l’organisation des marchés ». Dans toute leur diversité, depuis les circuits courts jusqu’à la grande exportation et la transformation industrielle. Cela signifie « renforcer l’organisation des producteurs et leur influence dans les interprofessions ». Et, surtout, « donner les moyens juridiques et financiers aux producteurs pour aller chercher du revenu en aval, là où se fait maintenant la valeur ajoutée ». Et d’évoquer, lui, son expérience au sein de la filière oléagineuse dont il assume la présidence, avant de conclure : « Je suis écorché de voir que la ferme agricole française perd du terrain, devant l’Allemagne par exemple. »
En tout cas, l’un et l’autre, fussent-ils éleveur ou producteur de grandes cultures, récusent le fait que leur deux candidatures opposeraient le monde céréalier à celui de l’élevage. Les relations entre les deux mondes sont plus complexes que cela, de même que les positionnements syndicaux des départements et régions françaises. L’organisation FNSEA elle-même, si elle se satisferait plutôt d’un seul candidat le 16 décembre, est une machine qui a aussi sa propre dynamique, les différents dossiers étant pris en charge par des personnalités qui composent l’équipe. Il n’est d’ailleurs pas question de remettre en cause le futur rapport d’orientation pour le congrès de St-Malo : Inscrire nos exploitations dans le cadre de la croissance durable. Certes des affinités s’expriment. On sait Pascal Ferey soutenant plutôt Dominique Barrau et Christiane Lambert soutenant Xavier Beulin. Pour le reste, le vote, le 16 décembre, se fera à bulletin secret. Pour le cas où il y ait encore deux candidats, « aujourd’hui à 50-50 », disait un syndicaliste le 8 décembre, il y aura un vainqueur et un vaincu le 16 décembre. A moins d’un très improbable tandem entre les deux. La FNSEA devra l’assumer, confirmer ou non le choix au congrès de St. Malo et puis passer aux dossiers sensibles : la réforme de la Pac, l’application de la loi de modernisation, l’organisation des filières, l’avenir des interprofessions et… les élections aux chambres d’agriculture de janvier 2013.
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