Au moment où le régime européen des fourrages déshydratés est menacé de démantèlement, Coop de France a présenté à la presse le 20 juin les efforts d’une coopérative périgourdine entrepris avant l’heure dans le développement durable, ainsi que ses inquiétudes sur la pérennité de son activité.
Un groupe coopératif de dimension modeste, intitulé Grasasa (Granulés Sainte-Sabine, du nom du village de Dordogne situé à proximité), au chiffre d’affaires de trois millions d’euros par an, produit de la luzerne déshydratée depuis 1980 à partir d’une source d’énergie renouvelable, le bois. Une matière première abondante dans la région, puisque la moitié de la surface de la Dordogne est couverte de forêts et que les Landes ne sont pas loin, a indiqué Thierry Guérin, président de la coopérative ainsi que du groupe Grasasa.
Au bois-énergie dès le deuxième choc pétrolier
La coopérative de Sainte-Sabine a été constituée en 1969 par un groupe d’agriculteurs, dont des « immigrants » bretons, venus investir dans les fourrages déshydratés, a rappelé Alain Baris, directeur de l’ensemble du groupe. Les fourrages déshydratés, dont la luzerne, plante riche en protéines, sont destinés majoritairement aux fabricants d’aliments du bétail, une partie étant aussi commercialisée aux éleveurs en direct.
Au moment du second choc pétrolier en 1979, l’activité a faillé péricliter, en raison de la hausse du prix du fioul lourd. « Nous avons alors investi dans un four à bois, pour survivre », a expliqué Alain Baris. Provenance du combustible : sciure et résidus de scieries.
Mais depuis 2004, le groupe a procédé à un nouvel investissement, dans le séchage des granulés de bois destinés au grand public. Du fait des incitations fiscales, les granulés de bois sont devenus des produits de grande consommation comme combustible. Grasasa s’est mis sur ce nouveau marché, en complément de son activité de déshydratation de luzerne, le séchage des granulés de bois ayant lieu pendant la saison froide, et la déshydratation de luzerne pendant la saison chaude. L’usine tourne ainsi toute l’année. Elle produit 8 000 tonnes de granulés de luzerne et 4 000 tonnes de granulés de bois.
L’avenir incertain
Désormais, les dirigeants du groupe coopératif se posent la question de la pérennité de leur entreprise, car la Commission européenne propose, dans le cadre du bilan de santé de la Pac qui pourrait être adopté en novembre, la suppression de l’aide de 33 euros par tonne de luzerne déshydratée produite. « Pour l’instant, cette aide correspond en gros à l’aide découplée que reçoivent les producteurs de maïs, ce qui maintient la compétitivité de la luzerne », estime le président de Grasasa. « Si l’on s’en tient à ce que dit Bruxelles, il faudra que la luzerne soit compétitive avec les autres sources de protéines, comme le soja. Le reste, l’indépendance protéique et l’aspect écologique de la luzerne, ne semble pas être pris en compte », a-t-il commenté.
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Le troisième pied du développement durable
Avec le développement de l’activité de séchage des granulés de bois, le groupe a constitué un groupement d’employeurs de 20 à 25 salariés permanents, stabilisant ainsi une main d’œuvre qui était jusque là saisonnière. Les salariés permanents sont employés pour le fonctionnement et la maintenance de l’outil industriel, et aussi sur certaines exploitations, notamment pour la taille des arbres fruitiers (pour la production de pruneaux d’Agen) en hiver.
Avec ce volet social, le groupe répond aux trois critères du développement durable : développement économique, développement environnemental, développement social.
Le développement économique s’est réalisé par ses deux investissements successifs dans le bois-énergie en 1980 et en 2004. « Nous avons enregistré une croissance de 50% de notre production au cours des cinq dernières années », a précisé Thierry Guérin.
Le développement environnemental s’est opéré par la substitution d’un combustible renouvelable à 100% à un combustible fossile. En outre le prélèvement sur la ressource forestière n’entame pas le bois d’œuvre ni celui utilisé par la papeterie, selon le président de Grasasa. Le croît naturel de la forêt de Dordogne est de 10 millions de mètres cubes de bois par an. Sur ce volume, seulement 3 millions sont abattus, dont 1,5 million utilisés en bois d’œuvre, papeterie, bois de chauffage, les 1,5 million restant à pourrir sur place.