Après des mois d’attente, le ministre de l’Agriculture a présenté le 29 janvier quinze mesures pour améliorer le bien-être animal. Mesure phare : l’interdiction d’ici fin 2021 de la castration à vif des porcelets d’ici fin 2021 et du broyage des poussins mâles. Des annonces qui n’ont convaincu ni les professionnels, ni les associations de protection animale.
« Fin 2021, plus rien ne sera comme avant. » En présentant, le 28 janvier, son plan pour l’amélioration du bien-être animal, Didier Guillaume n’a pas eu peur de la surenchère. C’est peu dire qu’éleveurs et associations de protection animale attendaient ces quinze mesures, promises par le ministre de l’Agriculture depuis mai 2019. Et parmi elles, emblématique mais aux contours déjà connus : l’interdiction, d’ici fin 2021, du broyage des poussins mâles et de la castration à vif des porcelets. C’est sur cette dernière que Didier Guillaume a apporté le plus de précisions le 28 janvier.
Chaque année, environ 10 millions de porcelets sont castrés en France, selon l’ONG Welfarm, qui en a fait son cheval de bataille. Cette pratique vise à éviter le risque de mauvaises odeurs lors de la cuisson de la viande. D’après les annonces de Didier Guillaume, cette opération restera autorisée, mais elle devra être précédée d’une anesthésie. Concrètement, le ministre prévoit de « mettre en place des protocoles avec les vétérinaires afin que les éleveurs puissent eux-mêmes pratiquer » une anesthésie locale avant la castration. « Il y aura plusieurs modalités possibles, je ne souhaite absolument pas que l’intervention d’un vétérinaire soit obligatoire », a précisé Didier Guillaume.
La FNP « attend des précisions »
Cette question – qui réalisera l’anesthésie ? – inquiétait particulièrement les représentants des éleveurs, qui craignaient un surcoût. Interrogé par Agra Presse, François Valy, le président de la FNP (éleveurs de porcs, FNSEA) « prend acte » de l’annonce du ministre, mais « attend des précisions ». Malgré le discours rassurant de Didier Guillaume, l’éleveur rappelle qu’« aujourd’hui, les éleveurs n’ont pas le droit d’utiliser les produits [anesthésiants] en main. » Il craint « un coût supplémentaire imposé à la production », mais aussi des investissements à consentir. « La taille moyenne des élevages français est de 220 truies naisseur-engraisseur, rappelle M. Valy. Il y a beaucoup d’exploitations sont au-dessous de ce niveau, seront-elles à même d‘investir ? »
« La prise en charge de la douleur est une fausse bonne solution », tranche de son côté le CIWF France. Dans un communiqué du 28 janvier, l’association estime qu’« il n’existe aujourd’hui aucune méthode de prise en charge de la douleur qui soit satisfaisante. » Même son de cloche du côté de Welfarm, qui rappelle que « la castration sous anesthésie […] est extrêmement difficile à contrôler. »
Comme l’ensemble des ONG de protection animale, Welfarm se prononce pour « l’arrêt pur et simple de la castration », « seule alternative viable ». Ce qui reviendrait à généraliser la production de mâles entiers ou l’immunocastration. « On a déjà résolu une partie du problème avec les mâles entiers », estime François Valy. Selon lui, « entre 25 et 30 % des mâles » en France ne sont pas castrés. Précurseure en la matière, la Cooperl a commercialisé 10 millions de mâles entiers depuis 2012. « Mais on ne pourra pas aller au tout mâle entier, car les cochons non castrés sont plus maigres. » « Si nous disposions des moyens de valoriser l’ensemble de la production sans castration, tous les industriels auraient imité la Cooperl », abonde la Coordination rurale dans un communiqué du 29 janvier.
Un décret pour interdire « toute pratique douloureuse en élevage »
Autre manque pointé par les ONG : celui d’un engagement réglementaire ou législatif du gouvernement. L’interdiction de la castration à vif d’ici fin 2021 sera concrétisée par « un arrêté ministériel […] publié dans les prochains jours », indique le ministère de l’Agriculture dans un communiqué du 28 janvier. En cas d’échec à fin 2021, Didier Guillaume n’a pas exclu le recours à la loi. Cet arrêté « imposera par ailleurs, pour tout élevage de porcs, des systèmes d’abreuvement et l’accès à des matériaux manipulables ». Les éleveurs auront un an pour se mettre aux normes, « avant que des sanctions ne soient prises ».
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Dans son communiqué, le ministère annonce aussi qu’un décret « sera prochainement présenté au Conseil d’État, pour aller vers l’interdiction de toute pratique douloureuse en élevage ». Le plan dévoilé par Didier Guillaume le 28 janvier prévoit aussi la nomination d’un référent bien-être animal dans les élevages porcins et avicoles, le renforcement des contrôles des transports d’animaux ou encore le lancement d’une expérimentation sur l’étiquetage des modes d’élevage (1). Autant de mesures qui visent, selon le ministre, à « concilier la sensibilité des animaux, le travail des éleveurs et le regard de la société ». Mais, pour la Coordination rurale, M. Guillaume a « une nouvelle fois manqué de clarté » et ses annonces « manquent cruellement d’un programme opérationnel clair et viable pour les agriculteurs ».
« Fin 2021, c’est demain »
Sur l’interdiction du broyage des poussins, Didier Guillaume s’est borné à rappeler l’objectif (fin 2021), ainsi que le lancement, le 13 janvier, d’un consortium franco-allemand pour accélérer la recherche. Comme pour la castration, le point de blocage est celui du développement d’alternatives économiquement viables. « Nous savons qu’il peut y avoir des possibilités de sexage in ovo, mais pas à grande échelle », a rappelé le ministre. Malgré les moyens mis dans la recherche en France (4,3 M€) et en Allemagne (8 M€), « les résultats ne sont pas là », a reconnu le locataire de la Rue de Varenne. Un nouvel appel à projets de 300 000 € sera d’ailleurs lancé en 2020 « pour tester les alternatives », indique le ministère.
Pour CIWF France, « le délai (d’ici 2021) peut sembler court et on a tendance à douter du réalisme de l’engagement. » Rappelant qu’aucun couvoir français ne s’est encore lancé, l’association demande « des mesures d’accompagnement, notamment pour que les couvoirs puissent arrêter cette pratique dans ces délais courts. » Le succès n’est pas acquis, comme l’a reconnu à demi-mot Didier Guillaume : « Il va falloir pousser, car fin 2021, c’est demain. »
(1) Voir même numéro
Pour le CIWF, « la prise en charge de la douleur est une fausse bonne solution »
Sur les alternatives au broyage des poussins, « les résultats ne sont pas là »