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Didier Guillaume, un départ au goût amer

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C’est à sa surprise et avec un regret affiché que Didier Guillaume quitte le ministère de l’Agriculture. En 2018, le sénateur de la Drôme était arrivé sur une victoire, la compensation de l’arrêt du TODE (travail saisonnier). Avec la revalorisation des retraites agricoles qu’il a beaucoup soutenue, il part également sur une note positive, mais laisse derrière lui un chantier inachevé, qui lui tenait à cœur, la gestion des risques climatiques.

Du côté de Didier Guillaume et de son équipe, c’est la surprise et la déception. Au cabinet, la transmission des dossiers s’est d’ailleurs faite au pas de charge. « Si l’on m’avait dit il y a 48 heures que je serai là ce matin pour la passation de pouvoirs avec Julien (Denormandie, ndlr), je ne l’aurais sûrement pas cru », a avoué Didier Guillaume dès les premiers mots de son discours de passation, le 7 juillet. Affichant sa surprise d’être démis de ses fonctions, il mettra cela sur le compte de la « rudesse » du jeu politique.

Mais « les cimetières sont pleins de gens irremplaçables », a-t-il poursuivi, enchaînant par l’éloge de son successeur, de « ses qualités humaines, professionnelles, sa connaissance des dossiers agricoles et de la forêt ». Car, note-t-il, en désignant les fonctionnaires de l’administration centrale présents lors de la cérémonie : « n’oubliez pas que le ministre est un Ipef (ingénieur des ponts et forêts, ndlr) et il y en a beaucoup ici ». Effectivement, nombre des personnes qui occupent les plus hautes fonctions de l’administration centrale sont issues de ce corps. C’est par exemple le cas de Valérie Metrich-Hecquet à la tête de la DGPE, ou de Julien Turenne, conseiller agricole à l’Elysée.

Le « bouclier »

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Didier Guillaume est arrivé au ministère de l’Agriculture sur une victoire. C’était l’obtention d’un mécanisme de compensation de la disparition du TODE, une disposition fiscale portant sur le travail saisonnier, très importante pour les arboriculteurs, nombreux dans son département la Drôme. En pleine période d’accélération des irruptions clandestines en élevage et en pleine polémique sur l’usage des pesticides, il a souhaité, dès ses premiers discours, se placer en « bouclier » des agriculteurs contre « l’agri-bashing », plaidant pour une « réconciliation » avec la société. Son passage par la Rue de Varenne aura été marqué par la mise en place des Zones de non-traitement (ZNT), et quelques semaines avant son départ par la revalorisation des retraites agricoles, portée par le député communiste André Chassaigne.

Didier Guillaume laisse derrière lui quelques chantiers inachevés qui lui tenaient à cœur. Issu d’une région très arboricole, défenseur de l’assurance climatique obligatoire lorsqu’il était simple sénateur, il a lancé en 2019 un chantier de refonte de la politique de gestion des risques agricoles. Après des mois de concertation, il devait annoncer, d’ici le 14 juillet, sa feuille de route, dont le contenu méconnu inquiétait le syndicalisme majoritaire. A l’occasion de la crise sanitaire, Didier Guillaume avait également porté l’idée d’une « grande conférence » autour du concept de « souveraineté alimentaire » à la rentrée de septembre. Lors de son premier discours, Julien Denormandie n’a pas donné de gage concernant cet évènement.

« Si l’on m’avait dit il y a 48 heures que je serai là ce matin pour la passation de pouvoirs avec Julien