Abonné

Dionymer utilise des déchets organiques pour en faire des matériaux polymères naturels

- - 4 min
Les cofondateurs de Dionymer (de gauche à droite): Antoine Brège, Guillaume Charbonnier et Thomas Hennebel Crédits : © Dionymer

Dionymer a développé une technologie qui utilise certaines bactéries capables de convertir les nutriments issus de déchets organiques en matériaux polymères. Une matière aussi appelée PHA très pure, biodégradable, qui ne génère aucun microplastique et qui peut être utilisée pour différentes applications industrielles.

Dyonimer a été créé fin 2021 par trois ingénieurs chimistes, Thomas Hennebel (CEO), Guillaume Charbonnier (COO) et Antoine Brège (CTO), avec la volonté d’utiliser la chimie différemment, en créant des matériaux polymères à partir d’organismes fermentés. « Aujourd’hui, 99% des polymères sont issus du pétrole. Notre approche a été d’utiliser une autre source de carbone : les déchets organiques. Nous utilisons certaines bactéries qui sont capables de convertir les nutriments issus de déchets organiques en matériaux polymères. Une fois la fermentation terminée, on extrait les polymères issus de ces bactéries. Nous récupérons une matière polymère très pure sous forme de poudre, appelée PHA (PolyHydroxyAlcanoate), biodégradable, faite à partir de micro-organismes et qui ne génère aucun microplastique », explique Thomas Hennebel.

Ce polymère, peut être utilisé dans un certain nombre d’applications, notamment dans la cosmétique pour apporter de la viscosité aux crèmes, et également dans la parfumerie pour l’encapsulation des molécules de parfums. Un secteur d’ailleurs demandeur pour des polymères naturels, à l’approche d’un changement de la loi européenne en 2024, qui obligera les fabricants à ne plus utiliser de matériaux qui génèrent des microplastiques.

Encore à un stade de développement assez précoce, Dionymer est passé de la preuve du concept sur du marc de raisin, à l’échelle du laboratoire. « En moyenne, sur 10 tonnes de déchets organiques récupérés, nous serons capables de produire 1 tonne de polymères. Nous traitons toutes sortes de déchets organiques, avec un spectre assez large et bien que les déchets alimentaires soient plus hétérogènes que le marc de raisin, et réagissent donc différemment dans le fermenteur, nous obtenons des polymères de la même façon sur notre prototype de 20 litres en laboratoire », précise le cofondateur.

Dionymer travaille aujourd’hui avec une bactérie favorite, mais qui n’est pas la seule à pouvoir fonctionner dans ses fermenteurs, et compte en évaluer d’autres. Sa technologie doit donner lieu au dépôt d’un brevet en 2023.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Une prochaine levée de fonds

Dionymer compte également intégrer de plus grands locaux pour installer un plus gros fermenteur. « Nous comptons réaliser une levée de fonds de 1 à 2 millions d’euros d’ici fin 2023, début 2024, pour monter en échelle et construire notre pilote sur 1000 litres, contre 20 litres actuellement. Notre ambition à terme est d’industrialiser notre process pour atteindre une production de plusieurs plusieurs milliers de tonnes de polymères par an. La montée en échelle est nécessaire pour réduire les coûts de revient de notre polymère sachant qu’il faudra être compétitifs pour pouvoir percer d’autres marchés avec de gros volumes, notamment l’industrie textile qui utilise beaucoup de polymères d’origines pétrolières et où les applications à partir d’un fil polyester naturel sont nombreuses. Celles-ci vont des bâches utilisées en agriculture jusqu’aux sachets de thé », détaille Thomas Hennebel. Un débouché potentiel pour lequel Dionymer a d’ailleurs été approché.

La société réalise déjà un chiffre d’affaires à travers des études de faisabilité pour des clients qui veulent utiliser des polymères naturels à partir de leur déchets et prévoit de réaliser ses premières ventes en 2025. « Notre technologie générant beaucoup plus de valeur ajoutée par tonnes de déchets que les voies de valorisation existantes, nous réfléchissons à la possibilité de reverser une partie de cette valorisation aux producteurs de déchets qui payent aujourd’hui pour se débarrasser de leurs déchets. Et notre technologie devra être encore davantage automatisée, simple et modulable pour que nos fermenteurs puissent être installés directement sur les sites producteurs de déchets ».