Suite à la présentation de la position de la Confédération de l’Industrie européenne de la transformation des viandes (Clitravi) sur la proposition de règlement de la Commission européenne sur l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires (COM (2008) 40 final), Agra alimentation a rencontré son secrétaire général, Dirk Dobbeleaere, pour recueillir les principales observations que le secteur porte sur ce dossier très sensible aux yeux des associations de défense des consommateurs.
Agra alimentation : Vous vous opposez à l’idée d’un étiquetage obligatoire de l’origine ou de la provenance que prévoit la proposition de règlement de la Commission. Pour quelles raisons ? N’est-il pas très utile pour un consommateur de savoir d’où viennent les produits à base de viande qu’il achète ?
Dirk Dobbelaere : Ce n’est pas du tout pratique pour les transformateurs de viande car souvent il n’est pas possible de savoir la provenance des viandes au moment où l’on fabrique les étiquettes. Tel jour la viande peut provenir du Danemark, le lendemain de Pologne car les approvisionnements se font notamment en fonction du prix de la viande sur le marché. Vous imaginez nos opérateurs obligés à chaque fois de changer les étiquettes ? J’ajoute que l’attitude d’un citoyen dans un supermarché est différente de celle que lui prêtent souvent les associations de défense des consommateurs : le consommateur se moque en général de l’origine des produits, ce qui l’intéresse, ce qui compte pour lui c’est le prix, surtout à l’heure actuelle. Vous-mêmes, faites-vous attention à la provenance de la mortadelle que vous achetez ?
Un des amendements que vous proposez pour ce futur règlement prévoit de ne pas mentionner (comme le propose la Commission européenne) dans la déclaration nutritionnelle les éléments qui concernent les acides gras saturés ainsi que les glucides avec des références spécifiques aux sucres et au sel. Le sucre et le sel sont tout de même deux des principaux éléments qui sont souvent accusés d’être à l’origine des problèmes de santé et d’obésité en Europe ! Comment expliquez-vous votre position ?
Les « quatre grands » nutriments sont généralement reconnus comme information nutritionnelle de base applicable à toutes les denrées alimentaires. Des informations nutritionnelles supplémentaires peuvent s’avérer nécessaires en cas d’allégations par exemple mais elles ne doivent pas être obligatoires. Raison pour laquelle nous estimons qu’une liste de ce type de nutriments ou substances (acides gras, fibres alimentaires, protéines, sels minéraux ou vitaminés) ne devrait pas figurer dans la législation communautaire ; autrement dit il faudrait adopter une « approche non exhaustive », comme on dit. Au lieu d’énumérer toute une liste d’éléments comme le propose la Commission dans l’article 29 de son texte, nous proposons tout simplement la phrase suivante : « La déclaration nutritionnelle peut également préciser les quantités d’autres nutriments ou substances ».
Des dérogations inadmissibles
Vous vous opposez également aux dérogations en matière d’étiquetage qui continueront d’être accordées aux vendeurs de produits à base de viande écoulés dans les marchés locaux, les rayons des supermarchés, les boucheries et autres épiceries. En quoi ces dérogations vous gênent-elles ?
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Vous soulevez là une de nos préoccupations les plus fondamentales. Tous ces points de vente au détail prennent nos produits, enlèvent nos emballages, découpent nos produits en tranches et reconditionnent nos produits en mettant d’autres dates limites de péremption ! Et eux, on ne leur demande nullement de mettre des étiquettes, c’est inadmissible ! D’ailleurs nous venons d’évoquer le problème avec des fonctionnaires de la DG Industries et Entreprises de la Commission et ils ne semblaient même pas au courant de ces pratiques. Nous jugeons inadmissible que la Commission accorde, au travers de ces dérogations, un avantage compétitif déloyal à ces points de vente au détail. Nous regrettons que, avec sa proposition, la Commission n’ait pas saisi l’occasion d’aligner les dispositions relatives à l’étiquetage des produits à base de viande emballés sur les lieux de vente avec les dispositions applicables aux produits à base de viande préemballés par l’industrie transformatrice de la viande.
Que représentent ces différents points de vente au détail dans l’écoulement de vos produits ? Quelle est l’importance de ceux que vous considérez comme des concurrents déloyaux ?
Il est assez difficile et compliqué de quantifier le marché et les ventes de produits à base de viande réalisées par l’intermédiaire des marchés locaux, des boucheries, des rayons de charcuterie des supermarchés, des points de vente mobiles, etc…Tout ce que je peux dire c’est que c’est un marché considérable. Et notre industrie ne comprend pas que, en dépit des affirmations des groupes de consommateurs, des législateurs et des parlementaires européens, selon lesquels les mentions obligatoires sur les étiquettes préconisées aux articles 9 et 10 de la proposition de la Commission sont nécessaires à la fourniture d’une information adéquate aux consommateurs, on exempte des dispositions relatives à l’information de base des consommateurs les produits à base de viande vendus par l’intermédiaire des boucheries et autres rayons de charcuterie de supermarchés, etc... C’est inadmissible.
Vous venez de présenter votre position aux différentes institutions européennes, que va-t-il se passer maintenant concernant la procédure législative de ce dossier ?
Le 28 août prochain se tiendra, à l’initiative de la députée européenne allemande, Renate Sommers (rapporteur sur ce sujet au Parlement européen), une audition publique au Parlement européen sur cette proposition de règlement. Audition au cours de laquelle les représentants des consommateurs (notamment le BEUC) et de l’industrie (CIAA) présenteront leurs points de vue. Quant à nous, la Clitravi, nous ne manquerons de poser toutes les questions qui nous préoccupent aux différents responsables politiques et experts qui seront présents. A partir du mois d’octobre et cela toutes les 3 semaines il y aura également un groupe de travail du Conseil des ministres de l’UE (groupe « Information des consommateurs sur les denrées alimentaires », présidé par un représentant de la Présidence française) qui se réunira sur le sujet. Simultanément des débats seront organisés de manière formelle au sein du Parlement européen.