Le président de l’enseigne Système U, Serge Papin, a plaidé pour la fin du principe de négociation annuelle des tarifs entre fournisseurs et distributeurs, lors d’une conférence de presse de la Feef (Fédération des PME) le 4 octobre. « On peut sortir de cette négociation annuelle », a-t-il précisé, ajoutant que le prochain président de la République ne pourra pas éluder la révision de la LME (Loi de modernisation de l’économie, votée en 2008).
« Tant que l’on ne sortira pas de la négociation annuelle » entre les fournisseurs, notamment les PME, et les distributeurs, « le rapport de forces continuera », a lancé Serge Papin lors d’une table ronde organisée par la Feef. "Si les acheteurs faisaient vraiment leur travail, avec le système actuel, ils détruiraient encore beaucoup plus de valeur », dans les entreprises.
Il faut mettre le monde agricole autour de la table
Il faudrait substituer à la négociation annuelle la négociation permanente. Celle-ci apporterait plus de régulation et plus de possibilité d’adaptation des prix aux fluctuations des prix des matières premières agricoles. En France, « on a une idée assez précise de ce que l’on vendra l’an prochain en lait, porc, bœuf pour pouvoir sortir de ce cadre ». Le président de Système U a indiqué que la grande distribution, du moins son groupe, conclut de plus en plus de contrats pluri-annuels ou à durée indéterminée, ainsi que des contrats de filières, dans lesquels les producteurs sont associés.
Pour lui, il faut intégrer davantage les producteurs dans les négociations. « Quand vous traitez avec D’aucy pour les légumes transformés, vous négociez aussi avec les producteurs, c’est indissociable ». C’est ce qu’il appelle l’intégration « créatrice », à ne pas confondre avec l’intégration « de concentration et d’oligarchie ». « Il faut mettre le monde agricole autour de la table », a-t-il précisé. Le principe de la négociation annuelle a été « sacralisé » au fil du temps. Ce principe a été introduit il y a vingt ans avec la loi Galland, qui était encore « protectrice » pour les fournisseurs, puis avec la LME (loi de modernisation de l’économie adoptée en 2008 sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy), qui est devenue « une loi de la jungle ».
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« Si l’on veut sortir de cette négociation annuelle, et on le peut, il faudra une collaboration entre les PME et les distributeurs pour tirer dans le même sens au lieu de s’opposer », a-t-il souhaité. Il estime que le prochain président de la République « ne pourra pas s’empêcher de mettre son nez dans les relations entre fournisseurs et distributeurs », parce qu’il y a « trop de pression des coopératives et du monde agricole » pour faire cesser la guerre des prix. Mettre fin au mécanisme de la négociation annuelle ne se fera qu’avec un vote du Parlement, car « rien ne changera le point de vue des grands acteurs (grandes marques et enseignes, NDLR). Pourquoi remettraient-ils en cause ce qui a fait leur plus grande compétitivité pendant des années ? » Le législateur devra assortir la révision de la LME de conditions, à définir, et il faudra que le monde agricole soit consulté.
Les grandes marques sont subventionnées par les PME via la distribution
Les marques sont indirectement subventionnées par les PME, à travers la marge brute des distributeurs, a assuré Serge Papin. En effet, quand une grande marque telle Nutella met en marché de la pâte à tartiner, les grandes surfaces prélèvent une marge de 5 à 10 %. Mais « la même pâte à tartiner, vendue sans huile de palme avec du chocolat noir en provenance d’une PME se vendra avec 30 % de marge ». Or, la marge brute moyenne dans la distribution fluctue entre 22 et 25 %. « Il faut bien que la marge pesant sur les autres produits représente 30 à 40 % » pour aboutir à une telle moyenne. « Quand on constate que les grandes marques sont vendues à moins de 10 % de marge, c’est donc qu’elles sont subventionnées ». « C’est parce que nous sommes dans un monde d’abrutis. Il serait logique que les plus fortes marges soient prélevées sur les produits de marques et que les marges les moins fortes soient prises sur les produits des PME ou des produits agricoles comme les fruits et légumes et la viande », a conclu Serge Papin.
Plutôt que la guerre des prix, qui oppose les distributeurs et les PME et les distributeurs entre eux, il faut généraliser « la collaboration du couple entrepreneurs PME/distributeurs », comme alternative à la destruction de valeur, a souligné Dominique Amirault, président de la Feef. « L’habitude, en France, c’est le conflit » entre les fournisseurs et les distributeurs. L’Autorité de la concurrence « considère que tout ce qui va dans le sens de la baisse des prix, c’est bien, mais oublie de dire qu’en faisant cela on détruit des emplois », a-t-il commenté.