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Canada/Yaourt Divorce difficile pour Yoplait et son partenaire canadien Ultima

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Les relations se tendent entre le groupe laitier français Yoplait et Ultima, une entreprise propriété d'Agropur et de la coopérative de l'Ouest canadien Agrifoods qui produit les yaourts de Yoplait depuis 1972. Les deux anciens partenaires pourraient même saisir la Cour internationale d'arbitrage de Paris, selon Pierre Claprood, chef de la direction d'Agropur, dont les propos sont rapportés par la presse canadienne qui suit cette affaire de très près.

Les discussions se poursuivent avec Yoplait pour renouveler son contrat de production, mais la direction d'Agropur a peu d'espoir qu'un terrain d'entente puisse être trouvé. « Ils ne veulent pas renouveler, mais on continue de se parler. Mais il y a plus de chance qu'on lance notre marque qu'on continue avec Yoplait. On se fait à l'idée », a indiqué Pierre Claprood dans un entretien le 10 février à La Voix de l'Est. « Ça fait un an qu'on se prépare à ça. Et nous sommes maintenant prêts ». En vertu du contrat de franchise, les Aliments Ultima assurent la production, le transport et la mise en marché des produits Yoplait partout au Canada. Or, ce contrat vient à échéance en septembre 2013. Au terme de cette date, les produits Yoplait devraient être produits par Liberté, une PME québécoise qui a été achetée l'année dernière par la multinationale franco-américaine.

Agropur pourrait faire cavalier seul
Le laitier canadien dit avoir investi près de dix millions de dollars pour créer sa nouvelle marque de yogourt. Les équipes de recherches de la coopérative ont inventé des recettes, les ont produites, les ont fait goûter par des consommateurs lors de dégustations à l'aveugle avec d'autres produits. « Notre yogourt est très bon », assure l'entreprise. Il reconnaît toutefois que lancer une nouvelle marque n’est pas une aventure aisée, car il faut faire beaucoup de publicité, amener les gens à goûter les produits. Il faut se placer, selon Agropur, dans le long terme pour espérer aborder d'autres marchés, les États-Unis, par exemple. Pour ce faire, Agropur devrait ouvrir une usine de production en sol américain puisque l'exportation de produits laitiers est interdite entre les deux pays. Le lancement pourrait se faire dès septembre 2013.

Un pari coûteux et risqué
En 2010, les Aliments Ultima ont produit 100 millions de kilos de yogourt pour Yoplait. Agropur estime que la rupture du contrat avec Yoplait entraînera des pertes de 165 millions de dollars. En 2011, les Aliments Ultima ont affiché des ventes de 330 millions de dollars. Ces dépenses ont fait reculer les profits d'Ultima en dépit d'une hausse de
1,5 % des ventes en 2011. Ultima aura également du mal à se faire une place dans ce marché de plus de 1 milliard de dollars aux côtés des géants Danone, Yoplait et Parmalat. Yoplait détient actuellement 30 % du marché canadien, derrière Danone mais devant Parmalat. Au Québec, Yoplait est premier avec environ 40 % des ventes. Il faut également prendre en compte l'arrivée récente au Canada d'un important fabricant américain de yogourt, Chobani, qui a obtenu d'Ottawa un permis spécial d'importation de 12 mois, le temps de construire une usine en Ontario. « C'est un peu injuste pour les transformateurs qui sont déjà présents au Canada », a déploré Serge Riendeau, président du conseil d'administration d'Agropur. Dans le même temps, Agropur continue de suivre de près les négociations qui doivent mener à la conclusion d'un accord de libre-échange avec l'Union européenne. La direction de la coopérative s'inquiète plus particulièrement d'un éventuel élargissement de l'accès des producteurs européens au marché canadien, qui aurait pour effet de réduire la quantité de lait à transformer dans le pays, aux dépens d'Agropur et des autres fabricants locaux. La coopérative craint aussi de perdre le droit d'utiliser des appellations comme « feta » et « brie », qui sont protégées en Europe mais pas au Canada.

Chercher la croissance aux Etats Unis
Une nouvelle fois, cette année, Agropur concentrera beaucoup d'efforts aux États-Unis, d'où provient désormais le quart de ses revenus. La coopérative a plusieurs projets d'agrandissement de ses usines américaines de feta, de provolone et de cheddar. Elle cherche aussi à mettre la main sur un producteur de fromages fins, un domaine en forte croissance. Le marché des acquisitions dans le secteur laitier aux États-Unis est toutefois « relativement tranquille » depuis plusieurs mois, les entreprises hésitant à se mettre en vente. Fondée en 1938, Agropur emploie 5700 travailleurs et compte parmi ses membres 3 349 producteurs de lait. La coopérative transforme plus de 3 milliards de litres de lait par année dans 27 usines réparties au Canada, aux États-Unis et en Argentine.

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