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Inra Dix actions pour réduire les émissions de GES en agriculture

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L’Inra identifie 10 actions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) en agriculture, a-t-il indiqué dans une étude présentée à un colloque le 2 juillet. Les leviers les plus probants se situent dans le secteur des grandes cultures.

L’Inra a sélectionné 10 actions pour réduire les émissions de GES en agriculture, sur une centaine d’actions étudiées par la littérature scientique internationale. Ces 10 actions se résument principalement en quatre grands leviers, cités par Sylvain Pellerin, chercheur du centre Inra de Bordeaux. Diminuer les apports de fertilisants minéraux azotés pour réduire les émissions de protoxyde d’azote (GES à pouvoir réchauffant 298 fois supérieur à celui du CO2). Stocker du carbone dans le sol et la biomasse. Modifier la ration du bétail pour réduire les émissions de méthane entérique et celles de protoxyde d’azote liées aux effluents. Enfin, valoriser les effluents en bio-gaz pour produire de l’énergie et réduire ainsi à la fois les émissions de méthane et tout en ne brûlant pas de carbone fossile.
Cette étude, qui porte sur le potentiel d’atténuation des émissions de GES, a été commanditée par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), le ministère de l’Agriculture et celui de l’Écologie.
Le potentiel de réduction des émissions de GES est de l'ordre de 28 millions de tonnes d'équivalent-CO2 par an, « sans remettre en cause le système de production agricole », a rapporté Sylvain Pellerin.
 
Un tiers des actions peuvent apporter un gain financier à l’agriculteur
Sur les 10 actions retenues par l’Inra, un tiers donnent lieu à un gain financier à l’agriculteur : l’ajustement de la fertilisation azotée en grandes cultures, l’accroissement de la part des légumineuses et l’allongement de la durée des pâturages. Un tiers des actions sont à coût modéré (moins de 25 euros par tonne d’équivalent CO2 évitée) : l’agroforesterie, la réduction du labour. Et un tiers sont à un coût supérieur à 25 euros la tonne d’équivalent CO2 évitée : l’achat d’intrants spécifiques, les bandes enherbées.
La réduction des doses d’engrais azotés est controversée. Si elle est trop brutale, elle peut entraîner une baisse du taux de protéines du blé, a relevé Jacques Mathieu, directeur général d’Arvalis. C’est ainsi que le Danemark, qui produisait des blés à 11,5-12% de protéine il y a quinze ans, récolte des blés à 9% et ne trouve plus d’acheteurs à l’export aujourd’hui, a-t-il précisé. Mais au fil des années, les progrès génétiques et les outils de pilotage des cultures de plus en plus fins parviendront à approcher de l’objectif de diminuer les apports tout en n’altérant pas la qualité protéique des blés, selon lui.
Pour Christian Rousseau, agriculteur et administrateur de la coopérative Vivescia, la solution la plus efficace pour réduire le lessivage des engrais nitratés (qui par la suite émettent du protoxyde d’azote) est la couverture du sol par des cultures intermédiaires (cultures de plantes à poussée rapide et facile semées juste après la moisson pour piéger les nitrates pendant l’hiver). « C’est la solution la plus efficace pour ne plus retrouver de nitrates dans les nappes », a-t-il affirmé.
 
Élevage : des solutions qui posent aussi des problèmes
Dans le secteur de l’élevage, une des actions instruites par l’Inra consiste à substituer des glucides par des lipides dans les rations des ruminants. Cette action a un effet bénéfique sur les émissions de méthane entérique du bétail, mais elle concourt à remplacer les céréales par des oléagineux, or la culture de ceux-ci émet davantage de GES que celle des céréales, a fait remarquer le rapporteur de cette action, Michel Doreau, chercheur à l’Inra. Des scientifiques anglo-saxons ont une approche plus radicale pour limiter l’effet de serre des ruminants : intensifier leur alimentation par plus d’aliments composés et diminuer leur alimentation à l’herbe. Mais l’approche française n’a pas retenu cette solution.
Une autre technique pour méthane entérique des ruminants est d’incorporer dans leur ration… un nitrate. Michel Doreau a évoqué le fait qu’il faudra du temps avant de faire accepter une telle pratique, alors que les nitrates sont incriminés pour leurs effets sanitaires néfastes dans les aliments et l’eau de boisson.

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