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Elevage Dominique Langlois : « La production bovine nécessite des mesures rapides »

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Dominique Langlois, président d’Interbev, salue la volonté du président de la République de mettre en œuvre un plan pour permettre à l’élevage français de se redresser. Reste les précisions à apporter à cet engagement, selon lui. Il rappelle aussi l’urgence de la situation.

Que pensez-vous du plan national d’aide aux éleveurs annoncé le 23 février par François Hollande ?

Aujourd’hui, nous n’avons pas de précisions sur ce plan. Mais déjà que le président de la République indique qu’il faille repenser la contractualisation, nous sommes tout-à-fait d’accord. Nous sommes aussi tout-à-fait d’accord sur le fait que la Pac soit préférentiellement orientée vers la production élevage. Maintenant, on attend un peu plus de précisions. Les professionnels que nous sommes n’avaient pas eu d’éléments précis sur ce plan. Mais je crois qu’effectivement aujourd’hui la situation de la production bovine nécessite des mesures rapides : il y a la Pac mais il y a aussi tout ce qui peut être fait au niveau franco-français de nature à conforter l’élevage français.

Estimez-vous que la réorientation des aides de la Pac vers les éleveurs puisse être suffisante ?
Il faut déjà qu’a minima l’on maintienne les aides Pac que nous avons aujourd’hui. C’est l’objectif qui a toujours été défendu par le ministre de l’Agriculture et le président de la République. Et ça, ça n’est pas acquis. Il y a tout d’abord le problème de la convergence à gérer au niveau des États membres, et au niveau français. Il faut être prudent concernant la surprime des 50 premiers hectares, parce qu’à chaque fois que l’on bouge les critères, l’on induit autre chose. Mais l’objectif premier est bien d’avoir une sécurisation quant au budget global. Parmi les autres mesures avancées, concernant le volet franco-français cette fois, il y a la contractualisation. Et là, au niveau de la filière et d’Interbev – nous l’avons dit lors des Etats généraux –, nous allons très vite nous mettre au travail pour aboutir à un accord sur la contractualisation en allant plus loin, c’est-à-dire avec la mise en place d’une caisse de sécurisation.

Pouvez-vous préciser le rôle de cette caisse ?
L’idée est d’avoir une caisse dont les fonds pourraient être abondés par une partie des fonds céréaliers et une partie éventuellement d’aide Pac. Nous essaierons de lui trouver d’autres sources de financement pour avoir une caisse qui serve d’amortisseur en cas de variations importantes de prix.

François Hollande et Xavier Beulin ont abordé la possibilité d’une CVO concernant le fonds de modernisation céréaliers/éleveurs. Qu’en pensez-vous ?
Oui, ça fait partie des discussions, dans les réflexions. Mais je souhaiterais d’abord saluer la démarche des céréaliers et leur volonté de venir en aide entre guillemets aux éleveurs. Je crois que c’est aussi leur intérêt, parce qu’ils sont leur client. Quant à la contribution volontaire, c’est bien, mais quand c’est obligatoire, c’est encore mieux. Après reste à fixer le quantum.

Vous avez participé au petit-déjeuner organisé le 23 février par la profession autour du président de la République. Que lui avez-vous dit ?
Nous sommes surtout entretenus sur la crise actuelle. La problématique que nous vivons depuis quinzaine de jours à la suite de la fraude. Donc c’était l’élément essentiel de nos échanges. Il a passé beaucoup de temps par ailleurs sur le salon, et a été beaucoup interpellé par les éleveurs. Nous, nous avons eu l’occasion – et il l’a dit une heure après son arrivée sur le salon – qu’effectivement, il souhaitait que sur l’origine, le problème soit réglé sans attendre Bruxelles. Et que de façon volontaire, les industriels indiquent l’origine des viandes. Ce qui est une très bonne chose. Cela confirme les propos de ses ministres. Et ça répond aux attentes des consommateurs.

Interbev fait-il partie des signataires de la charte qui engage les enseignes à utiliser de la viande 100% française dans ses plats cuisinés ?
On ne peut que saluer l’initiative de ces enseignes. Mais cela suppose quand même qu’il y ait une démarche préalable, c’est-à-dire une démarche d’adhésion avec un cahier des charges, avec un audit préalable. Donc, je ne pouvais pas signer pour l’interprofession. C’est la fédération nationale bovine qui a signé. C’est une annonce forte, parce qu’ils se sont engagés à y aller. Maintenant il faut laisser un petit peu de temps, il y a en effet un certain nombre de procédures à suivre. Il ne faut surtout pas – et ce serait une erreur grave – que de délivrer le logo sans avoir réalisé le minimum de vérification. Parce que c’est finalement le point de départ de l’affaire. C’est l’absence de diligence qui fait que la fraude a été possible.

Avez-vous les moyens de répondre à cette demande ?
Nous avons les moyens, après c’est une question d’organisation. Il va falloir maintenant que l’on travaille dans le concret, dans la continuité de la réunion de crise que nous avons eu cette semaine passée au ministère. On doit se retrouver autour de Benoît Hamon pour parler cahier des charges, forcément des contrôles. Et on sera enfin amené à parler des problèmes de volumes, pour pouvoir répondre à la demande.

Partagez-vous le même sentiment que François Hollande, à savoir que « pour l’élevage, le plus dur est derrière nous » ?
Espérons-le. Le président de la République a montré l’intérêt qu’il y portait, il a pris une position très claire dans la situation actuelle. On ne peut qu’encourager sa volonté de mettre en oeuvre les mesures le plus vite possible pour permettre à l’élevage français de se redresser, c’est absolument nécessaire. Car tout le monde le sait : sans élevage, pas d’industrie.

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