Le service annuel fourni par les pollinisateurs en termes de sécurité alimentaire est estimé entre 235 et 577 milliards de dollars, a-t-on appris lors de la journée Pollinisateurs au ministère de l’Écologie à Paris, le 22 novembre. C’était l’occasion pour la secrétaire d’État chargée de la biodiversité de rappeler l’importance de leur préservation.
« La monétarisation (de la pollinisation) est déplorée, mais elle est indispensable », a conclu Barbara Pompili, secrétaire d’État chargée de la biodiversité lors de la journée Pollinisateurs au ministère de l’Écologie, le 22 novembre. L’IPBES (plateforme intergouvernementale scientifique et politique pour la biodiversité et les services écosystémiques) a estimé, dans un rapport sur la sécurité alimentaire publié le même jour, que la pollinisation a représenté entre 235 et 577 milliards de dollars en 2015. En France, ce service a été estimé dans un rapport publié le 22 novembre. Ainsi, « la production végétale française destinée à l’alimentation humaine attribuable à l’action des insectes pollinisateurs représente une valeur comprise entre 2,3 et 5,3 milliards d’euros (données 2010), soit entre 5,2 % et 12 % de la valeur totale de ces productions ». Alors que les insectes pollinisateurs sont en déclin, l’estimation monétaire de la pollinisation est un argument clé pour soutenir leur préservation, selon les pouvoirs publics.
Des substituts trop coûteux
Les pollinisateurs deviennent parfois insuffisants en nombre et en diversité pour assurer la production agricole. Mais face à des exemples de pollinisation manuelle en Chine ou de projets de drones pollinisateurs aux États-Unis, Barbara Pompili a ajouté que les pollinisateurs ne sont pas substituables : « Le coût financier de ces techniques… Il faut valoriser les services écosystémiques rendus par la nature. C’est une question politique. » Elle cite là un projet de recherche mené par le Massachusetts Institute of Technology aux États-Unis. « Ils travaillent sur des petits drones pollinisateurs. Le coût est prohibitif… »
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Le credo du ministère de l’Écologie est bien de « préserver » plutôt que de trouver des substituts aux abeilles. Ainsi, elle a rappelé le rôle indispensable des agriculteurs pour engager un changement de paradigme s’agissant de la préservation des pollinisateurs : « On a soutenu les agriculteurs avec une politique de rendement après la guerre. Aujourd’hui, on en voit les limites. Le monde agricole aussi a compris. Mais il a peur avec les problèmes d’endettement… » Par ailleurs, la journée Pollinisateurs était l’occasion pour la ministre de l’Écologie Ségolène Royal de faire un rappel des mesures obtenues. En tête de liste, l’interdiction des néonicotinoïdes à compter de septembre 2018. Un système dérogatoire doit être fixé jusqu’en 2020 par décret. Dans le même temps, elle rappelle que le plan Ecophyto 2 mise sur la recherche de solutions alternatives aux néonicotinoïdes. Elle a aussi rappelé les avancées obtenues sur la lutte contre le frelon asiatique. « Les préfets peuvent désormais autoriser la suppression des frelons asiatiques avec des nouveaux produits, à base d’huiles essentielles notamment », affirme Ségolène Royal.
Barbara Pompili : « Il faut valoriser les services écosystémiques rendus par la nature. C’est une question politique »
Les industries de l’agrofourniture s’affirment facteur de biodiversité
« La biodiversité cultivée ne cesse de croître », a déclaré François Burgeaud, directeur des relations extérieures du Gnis (semenciers), lors du Forum Agrofournitures organisé par l’Afja (journalistes agricoles) et par le Syrpa (agri-communicants), à Paris le 21 novembre. Le thème du forum portait sur la contribution de l’agrofourniture au respect de la biodiversité. Ainsi, le Gnis a rappelé que le nombre de variétés de tomates est passé de 52 en 1980 à 466 en 2014. L’Unifa (industriels de la fertilisation) a pour sa part rappelé l’importance de la microbiodiversité. « 25 % de la biodiversité terrestre est dans les sols (champignons, bactéries) », a souligné Philippe Eveillard, directeur environnement de l’Unifa, citant une étude de l’Ademe.