L’industrie alimentaire de l’UE apporte finalement son soutien à la méthodologie harmonisée de l’UE pour l’évaluation des caractéristiques qualitatives des aliments qui vient d’être mise au point par le Centre commun de recherche de l’UE. Objectif : répondre au problème actuel de la double qualité des aliments, soulevé depuis plusieurs mois par la majorité des États membres de l’est de l’Europe.
FoodDrinkEurope, le lobby de l’industrie alimentaire et des boissons de l’UE ainsi que European Brands Association (représentant des marques européennes), se félicitent de la publication d’une nouvelle méthodologie harmonisée de comparaison des caractéristiques de qualité des aliments par le Centre commun de recherche (CCR) de l’UE. Cette méthodologie harmonisée de l’UE est censée apporter une réponse au problème du double niveau de qualité des produits alimentaires dont se plaignent une majorité d’États membres de l’est de l’Union européenne, Hongrie et Slovaquie en tête. Selon ces pays, certaines marques vendraient un même produit avec une qualité moindre à l’est de l’Europe (Nutella moins crémeux en Hongrie qu’en Autriche par exemple). À l’époque, début 2017, FoodDrinkEurope avait expliqué que cette différenciation dans la qualité des produits n’était pas une pratique généralisée et que là où certaines compagnies vendent des produits strictement similaires, d’autres font le choix d’ajuster leurs recettes et ingrédients pour s’adapter aux goûts et comportements locaux. Ainsi, un industriel peut faire le choix d’utiliser des produits locaux ou de remplacer un ingrédient jugé trop cher sans toutefois, précisait le lobby, que les changements de recettes entraînent une baisse de qualité des produits vendus en Europe de l’Est.
Un modèle pour les autorités nationales
Aujourd’hui, FoodDrinkEurope se rallie à la méthodologie harmonisée préconisée par le CCR et considère que celle-ci constituera « un pas important vers l’évaluation objective des faits et des preuves des allégations de "double qualité" dans diverses parties de l’Europe. La méthodologie du CCR, qui vise à évaluer les caractéristiques organoleptiques et sensorielles des aliments, servira de « modèle » aux autorités nationales pour les essais futurs et servira de base à une campagne de tests paneuropéenne qui sera entreprise à partir de ce mois de mai dans seize États membres au moins. Le lobby industriel salue le fait que la méthodologie du CCR comprend des recommandations et des principes importants « pour s’assurer que les futurs tests sur les produits alimentaires seront effectués de manière déterminée, en particulier les principes de transparence, de comparabilité et d’inclusivité vis-à-vis de toutes les parties prenantes de la chaîne d’approvisionnement alimentaire ». European Brands Association (EBA), le porte-voix des marques commerciales européennes, se félicite, de son côté, que « pour la première fois les propriétaires de marques seront consultés tout au long des différentes étapes du processus (sélection des produits, échantillonnage et test, interprétation des données) ». Les deux lobbys apprécient également le fait que le CCR reconnaît que "la qualité des aliments est un concept complexe et multidimensionnel qui est influencé par un large éventail de facteurs situationnels et contextuels" et que "les différences compositionnelles et sensorielles ne peuvent pas, en soi, être traduites en différents niveaux de la qualité des produits". FoodDrinkEurope et EBA considèrent que le plus grand nombre possible d’États membres devraient participer à l’exercice, « afin d’obtenir une image géographiquement représentative de la nature et de l’ampleur du problème allégué par les États membres de l’Est de l’Europe ».
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Quid pour la suite ?
La méthodologie du CCR devrait être appliquée dans le plus grand nombre possible d’États membres afin d’évaluer au cas par cas si les pratiques commerciales liées aux produits différenciés d’un exploitant du secteur alimentaire particulier pourraient constituer des pratiques commerciales déloyales. Il s’agit d’établir dans quelle mesure les différences de composition et de propriétés sensorielles (goût, arôme) des aliments de marque (y compris les marques de distributeur) existent dans les États membres et dans quelle mesure ces différences sont significatives. Les résultats obtenus devraient permettre de mieux comprendre ce qui constitue une différence significative des caractéristiques des produits, afin que les autorités des États membres de l’UE puissent faire appliquer la législation relative à la protection des consommateurs de manière cohérente. Les tests porteront sur la composition d’un panier commun de produits qui sont commercialisés dans la majorité des États membres de l’UE. Des tests chimiques et sensoriels seront également réalisés. L’objectif est de présenter les premiers résultats d’ici à la fin 2018.
Dans le même temps, la réforme du droit européen de la consommation, la « Nouvelle donne pour les consommateurs », présentée le 11 avril 2018 par la Commission (qui vise notamment à garantir l’égalité de traitement des consommateurs dans le marché unique) devrait permettre de dissuader les entreprises d’induire les consommateurs en erreur en matière de qualité des produits en rendant cette démarche plus difficile et plus coûteuse. La Commission a rencontré des représentants du secteur alimentaire à plusieurs reprises pour leur demander de mettre un terme à ces pratiques inutiles de différenciation des produits qui ne correspondent pas à des exigences spécifiques du marché. Si l’on en croit la Commission, un certain nombre de fabricants ont déjà commencé à modifier leurs recettes afin de garantir que les mêmes produits sont vendus dans toute l’Union.