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Recherche Doubler la croissance des rendements de la betterave est possible

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La recherche estime pouvoir porter la croissance des rendements de la betterave sucrière de 2% par an actuellement à 4%. C'est ce qu'a résumé Bruno Desprez, président du comité de coordination du programme Aker, d'amélioration génétique de la betterave, le 27 novembre, au lendemain du séminaire annuel de ses 80 chercheurs à Angers.

Les responsables d'Aker, programme d'amélioration génétique de la betterave inscrit dans le programme gouvernemental Investissements d'Avenir, estiment possible le doublement de la vitesse de croissance du rendement sucrier de la betterave, en la portant de 2% par an à 4%. « Nous y arriverons, et ce n'est pas de la méthode Coué », a déclaré Bruno Desprez. L'approche d'Aker, nom d'un dieu égyptien, est particulière, a développé Christian Huygues, directeur scientifique adjoint chargé de l'agriculture à l'Inra et chef du projet Aker : « Les ressources génétiques de la betterave sont considérables, nous avons entrepris de caractériser cette biodiversité et d'explorer systématiquement la diversité allélique », c'est-à-dire l'expression des gènes. L'objectif du programme est de « mettre à la disposition des producteurs de bettreraves des variétés améliorées, permettant de renforcer la compétitivité de la filière française », dans la perspective de la disparition des quotas sucriers européens, a-t-il commenté.

Aker va beaucoup plus vite que la sélection classique

« Aker va beaucoup plus vite que la sélection classique, parce que nous faisons de la prédiction. Nous effectuons les croisements sans implanter les semences dans les champs », a repris Bruno Desprez. Il accumule une somme de connaissances « analogues à un livre, alors que le travail qui consiste à sélectionner une variété correspond à une phrase », a-t-il précisé. L'analogie entre la connaissance du génome et l'édition est souvent employée dans les sciences du vivant, parce que les gènes contiennent, comme les mots, de l'information.

Le programme, porté par 11 partenaires publics et privés représentant la filière betterave-sucre française, démarré en 2012, a déjà sélectionné 15 variétés de betteraves représentatives de toute la diversité génétique de la betterave. Il procédera désormais au phénotypage (évaluation des caractères) à haut débit de 3 000 génotypes qui seront issus de ces 15 variétés.

Le recours aux outils optiques et informatiques INTER

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Pour ce faire, l'Inra et le groupe d'étude des variétés et des semences (Geves), partenaires d'Aker, sont en train de mettre au point des outils d'imagerie permettant de voir comment se développent tels organes de la semence et de la plantule. Les semences sont placées sur un buvard humide et leur évolution est observée par des caméras, puis les résultats sont interprétés et classés par des logiciels. Les mesures prises au stade de la plantule permettent de caractériser les stades précoces de la plante en conditions favorables ou défavorables, de prédire des caractères intéressants au stade adulte, a précisé Carolyne Dürr, chercheuse à l'Inra d'Angers. Des bancs de germination des semences assurent un suivi automatique de la germination individuelle de 400 semences par caméra, dont le nombre est de quatre par banc.

« L'intérêt de ces techniques exploratoires est que le coût des instruments s'amenuise », a conclu Bruno Desprez.

Certaines mesures sont prises au micron près, avec un appareil à rayons X, le tomographe, outil qui est le plus souvent utilisé pour repérer des substances métalliques dans les surgelés ou des éléments dangereux dans les jouets. La plateforme de phénotypage est ainsi à la croisée des chemins entre les sciences du vivant et les mathématiques et l'informatique, a rappelé Carolyne Dürr.

Allonger le cycle végétatif de la betterave

UN des objectifs est d'allonger le cycle végétatif de la betterave, en la semant non plus en avril, mais en février, voire fin janvier, ou même à l'automne comme le font les pays du Sud de l'Europe ou de l'Afrique du Nord.

Arriver à semer la betterave en automne pour allonger son cycle végétatif offrira ainsi la possibilité de réduire le coût de production du sucre, un atout dans la perspective de la suppression des quotas sucriers en 2017, a ajouté Bruno Desprez. Mais il faudra alors parer aux nouveaux pathogènes que rencontrera la plante, qui ne seront pas les mêmes en hiver qu'en été, et sa capacité à y faire face. De même sa gestion de la production du sucre s'en trouvera modifiée, et du coup la conduite de culture également.