Alors que les négociations commerciales annuelles doivent débuter dans les prochaines semaines, des interrogations se font jour auprès de plusieurs parties prenantes quant à leur bon déroulement.
Les négociations commerciales commencent déjà « dans la frustration », a lancé Richard Panquiault, le directeur général de l’Institut de liaisons et d’études des industries de consommation (Ilec), qui rassemble les grandes marques agroalimentaires. La loi Agriculture et alimentation votée le 2 octobre « décevra certainement », a annoncé pour sa part Laurent Vallée, le numéro 2 du groupe Carrefour, d’autant plus que les « projets d’ordonnances créent des préoccupations légitimes chez les distributeurs ».
Ces fameuses ordonnances, qui doivent encore être ajustées par des arbitrages gouvernementaux, peinent à être publiées. Seront-elles prêtes à temps et s’appliqueront-elles au prochain round de négociations ? Celles sur le seuil de revente à perte et l’encadrement des promotions (interdisant notamment les ventes à trois pour le prix de deux) ainsi que sur les sanctions des prix abusivement bas doivent être prises avant la fin novembre, pour s’appliquer dès les négociations de cet hiver, assurent les services de l’État.
Pourtant, les réponses de la directrice générale de la DGCCRF, Virginie Beaumeunier, n’ont pas rassuré les industriels. Les programmes promotionnels sont fixés six à huit mois à l’avance, et les emballages qui vont avec. Ce qui signifierait qu'il faudrait jeter des produits dont les emballages ne correspondent pas à ce que prévoit la loi. À cette interrogation, Virginie Beaumeunier a répondu qu’il faudra « appliquer des stickers » sur les produits…
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Pas de sanction si les négociations échouent
Plutôt que des sanctions, Emmanuel Macron parie sur « la responsabilisation des acteurs », selon l’Élysée qui a rencontré les grandes interprofessions agricoles, sans les industriels ni les distributeurs, le 9 octobre. Rien n’est prévu en cas d’échec des négociations, l’État ayant refusé de fixer des prix plancher. Rien n’empêchera non plus les distributeurs d’importer des produits moins chers.
« Nous demandons aux distributeurs de baisser leurs marges de manière à ce que les agriculteurs ne vendent plus à perte leur production », a réclamé le 4 octobre le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert, inquiet de l’attitude de la grande distribution. Mais le bras de fer habituel entre grandes surfaces et agriculteurs a déjà resurgi. La semaine dernière, les discussions entre distribution et production au sein d'Interbev ont capoté, les distributeurs refusant de prendre en compte la rémunération des agriculteurs dans les indicateurs de coût de production. Ce qui n’est pas pour rassurer non plus les industriels. « Si les comportements ne sont pas en ligne avec l’état d’esprit des États généraux de l’alimentation, les négociations seront pourries », estime Richard Panquiault.