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Viande de porc/Pénurie Doutes sur les approvisionnements en viande de porc

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L’indice des prix des produits agricoles à la production (IPPAP) pour le porc, selon les chiffres publiés par l’Insee le 28 septembre, augmente fortement : 8,0% en août, 12,7% sur 3 mois et 17,7% sur un an. Cette hausse traduit une demande soutenue en regard d’une offre qui diminue : le manque de rentabilité de cette filière a fait progressivement décliner la production, souligne l’Insee. Le phénomène n’est pas spécifique à la France, toute l’Europe connaissant un tel recul de ses productions, à tel point que certains pointent le spectre d’une pénurie de viande de porc dans un proche avenir au niveau mondial. Hausse de la consommation, baisse de la production, alimentent ces craintes qu’il faut cependant relativiser.

L’incertitude sur l’évolution de la consommation mondiale, la flambée des cours des matières premières pour l’alimentation animale et l’obligation de mettre aux normes les élevages en Europe, sont autant de facteurs qui poussent à une baisse de la production en Europe, analyse Catherine Goavec, déléguée générale de la FICT (Fédération des industriels charcutiers, traiteurs). Ces divers paramètres sont difficiles à évaluer avec précision. Les chiffres concernant la baisse du nombre d’élevages le sont tout autant, les données communiquées par chacun des pays étant à prendre avec précaution. Le phénomène est cependant bien réel, suite à la flambée des prix de l’alimentation animale et aux investissements à réaliser pour respecter les normes européennes de bien-être animal. L’évolution de l’équilibre offre-consommation dans le monde est également bien difficile à prévoir. Un rapport de la Rabobank Food&Agribusiness Research paru dans la dernière semaine de septembre estime que la production de porc et l’industrialisation du secteur en Chine vont s’intensifier, mais que le pays restera un importateur pour encore un certain nombre d’années. Or, la Chine représente 400 000 tonnes sur les 7 millions de viande de porc échangés au niveau mondial. Nul ne sait combien de temps la Chine va continuer de dépendre de l’extérieur pour son approvisionnement, note la banque pour qui tout dépend du rythme auquel son élevage et ses capacités d’abattage vont se développer. Même incertitude pour la demande russe qui vient de rejoindre l’OMC, note Catherine Goavec, ou pour la production américaine ou canadienne. À cela, il faut ajouter les incertitudes sur les fluctuations du dollar vis-à-vis de l’euro. En France, la baisse de production est d’ores et déjà perceptible, confirme Catherine Tailleur à la FNP. En août, on a observé une baisse très marquées des abattages, un mouvement qui pourrait se poursuivre en 2013, redoute-t-elle, car on constate également une baisse du cheptel et sa reconstitution prendra du temps. Cela aura un impact certain sur l’industrie de l’abattage dont les outils sont déjà en surcapacité.
 
Les Britanniques très pessimistes
De l’autre côté de la Manche, les éleveurs se veulent encore plus pessimistes. La National Pig Association britannique n’hésite pas à brandir la menace d’une pénurie mondiale « inévitable » de viande de porc et de bacon, pour demander aux supermarchés de mieux rémunérer les éleveurs au juste prix. A cet effet, elle a lancé le 20 septembre une campagne « Save our bacon » demandant aux consommateurs d’acheter du porc et du bacon national, en achetant les produits au logo orné d’un tracteur rouge. « Les supermarchés savent qu’ils doivent augmenter le prix qu’ils payent aux producteurs pour ne pas risquer d’avoir des rayons vides l’an prochain », estime le président de la NPA, Richard Longthorp. Mais, en raison de la concurrence féroce entre les enseignes, aucune ne veut prendre l’initiative, ajoute-t-il, à l’exception de Sainsbury’s qui a fait un petit geste. Il espère qu’en augmentant leurs achats, les consommateurs inciteront les distributeurs à franchir le pas. Les chiffres qu’elle publie sont volontairement alarmants. Et de citer des baisses du nombre des exploitations porcines, pour les 12 mois allant à fin juin de 13% en Italie, 9,6% en Pologne, 7,2% en Suède, 6,6% en Irlande, 5% en Hongrie, 3,6% en Hollande, 3,2% en France, 2,8% en Espagne, 2,3% au Danemark et 1,3% en Allemagne. La NPA annonce une baisse de 10% des abattages pour le premier semestre de 2013, ce qui entraînerait un doublement du prix du porc en Europe.

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