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RESTRUCTURATIONS/VOLAILLE Doux et ses projets d'alliances

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Il n'y a jamais de fumée sans feu et les informations sorties dans la presse ces derniers jours au sujet du futur du géant volailler Doux, principal exportateur européen de poulets sur Pays tiers, avaient du sens. Le géant volailler fait bien l'objet de sollicitations d'opérateurs français et étrangers. Il travaille en parallèle à la consolidation d'une filière française export.

L'INVITATION auquel la presse était conviée mardi 24, à savoir une conférence téléphonique organisée dans la foulée d'un comité central extraordinaire avait tout d'une opération transparence. Aux questions ouvertes posées à tour de rôle, il a été donné des réponses sans fard, ni langue de bois. Ce qu'il faut en retenir, c'est que la mariée Doux a retrouvé tout son pouvoir de séduction. « Nous suscitons l'attention d'un certain nombre d'opérateurs français et étrangers, se réjouit Arnaud Marion. Ils sont plusieurs à s'intéresser à Doux ». Sans être vendeur, l'actionnaire Didier Calmels (société D&P) n'écarte pas l'idée de nouer des alliances. Le président du directoire ne va plus loin dans ses explications. « Nous avons des accords de confidentialité ». Pour Arnaud Marion, l'intérêt porté à Doux constitue un retour en grâce « alors que nous étions infréquentables depuis deux ans ». En grandes difficultés, le groupe privé de Châteaulin s'était placé sous la protection du tribunal de commerce de Quimper, le temps de trouver une solution.

PAS DE MODIFICATION POUR L'HEURE, DU TOUR DE TABLE

En un an et demi, le pôle frais du groupe a été fermé et 1 000 emplois supprimés. L'entreprise a passé le cap de la mise à zéro du mécanisme des restitutions à l'exportation en juillet 2013, grâce à son modèle intégré de l'amont à l'aval, poursuit en substance Arnaud Marion : couvoirs, usines d'aliments et abattoirs en propre, éleveurs sous contrat. Doux estime même avoir fait de l'intégration aval avec son partenaire Al Munajem, son principal client en Arabie Saoudite. Il y a plusieurs mois, celui-ci a injecté près de 10 millions d'euros dans l'entreprise. Il devait convertir cette somme au début de l'année en 25 % de parts au capital aux côtés de la famille Doux (22,5 %) et de l'actionnaire majoritaire Calmels. Pour l'heure, ce dernier détient toujours 100 % du capital. Selon Arnaud Marion, « tous les partenaires du tour de table veulent se laisser du temps ». Doux pèse au total aujourd'hui 500 millions d'euros de chiffre d'affaires, dont 100 millions réalisés en France, 70 millions en Europe et le solde pour le grand export.

UN PROBLÈME DE TAILLE SUR LE MARCHÉ MONDIAL

Avec 1 700 salariés permanents et 500 intérimaires, Doux travaille aujourd'hui principalement du poulet entier et réalise 140 millions d'euros dans l'élaboré (30 % à l'export) à travers la marque, Père Dodu. « Nous avons aussi avec Doux, une marque forte au Moyen-Orient. Nous venons de fêter les 40 ans de cette marque en Arabie Saoudite, où nous sommes leaders avec 27 % de parts de marché », précise le président du directoire. De jolis atours en somme, pour faire de Doux une mariée vraiment belle. Toutefois, sans les restitutions à l'exportation, le business du poulet sur le marché mondial reste compliqué pour un opérateur européen. Même numéro trois mondial avec près de 200 000 t de production par an, il reste loin derrière les Brésiliens Brazil Foods (900 000 t/an) et JBS (450 000 t). Quant au futur de la dette (70 millions d'euros) de sa filiale brésilienne, Frangosul, actuellement confiée en location-gérance au Brésilien JBS, Arnaud Marion considère que ce n'est pas un obstacle.

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PÈRE DODU BIENTÔT DÉVELOPPÉ À L'EXPORT

« Le plus dur est derrière nous. Depuis plusieurs mois, les prix de vente du poulet sur le marché mondial ne cessent de s'apprécier. Cependant le principal souci actuellement, c'est la parité euro-dollar qui n'est pas en notre faveur ». Et Arnaud Marion de préciser que le niveau de prix de juillet en poulet vendu sur le marché mondial correspond « au point mort du groupe en résultat net. Et nous sommes positifs en EBITDA et cash-flow depuis le second trimestre 2014 ». Le président du directoire précise que Doux travaille sur des marchés moins exposés à la concurrence mondiale (France et Europe) et qu'il développera sa gamme d'élaborés (aujourd'hui sous marque Père Dodu uniquement en France et en Europe), à partir de septembre prochain en grand export sous marque Doux.

VERS LA CONSTITUTION D'UNE FILIÈRE POULET EXPORT FRANÇAISE

Si Arnaud Marion n'explique pas les raisons qui conduisent l'actionnaire actuel à étudier d'éventuelles alliances, on peut supposer qu'il cherche à diluer le risque des ventes à l'export dans un ensemble plus diversifié. Arnaud Marion parle d'industriels volaillers, mais aussi de céréaliers. Là encore sans citer de noms. Aucun calendrier ni date n'est fixé. En parallèle, Doux dit œuvrer à la constitution « d'une filière de poulet export française, avec Doux comme élément structurant ». L'autre exportateur de poulets congelés, le Breton Tilly-Sabco, en grandes difficultés aujourd'hui, devrait logiquement faire partie des plans de Doux. Une éventualité dont se défend Arnaud Marion. « Non, nous ne sommes pas intéressés par une alliance avec Tilly, mais nous ne nous désintéressons pas de son usine et de ses 300 salariés, avance-t-il pourtant curieusement. Nous avons une expertise, un modèle pour sauver l'entreprise. Mais nous ne le ferons pas seuls, plutôt dans le cadre d'une alliance. »