Près de deux mois après la décision du tribunal de commerce de Rennes de confier la reprise de Doux à un groupe d’industriels, la Région Bretagne a officialisé le 2 juillet son entrée au capital de la nouvelle société Yer Breizh, à leurs côtés.
Après l’annonce le 18 mai de la reprise de Doux par un consortium regroupant LDC, le saoudien Al Munajem, les coopératives Terrena et Triskalia, la région a officialisé le 2 juillet son entrée au capital de la nouvelle entreprise Yer Breizh (La Poule bretonne). Un acte symboliquement fort, comme n’a pas manqué de le répéter Loïg Chesnais-Girard, le président de la région Bretagne, puisque pour la première fois une région française, en l’occurrence la Bretagne, "entre au capital d’une entreprise privée"*. Tous les partenaires du dossier étaient présents pour la signature, à savoir Denis Lambert, p.-d.g. de LDC, Fahad Alfadley, directeur général d’Almunajem, Maxime Vandoni, directeur général de Terrena et Dominique Ciccone, directeur général de Triskalia. Et tous ont insisté sur la qualité des échanges entre intérêts publics et privés et sur la mise de fonds pour changer de modèle et le soutenir sur le long terme.
La société Yer Breizh, qui sera dirigée par Pascal Le Floc’h (ex-directeur amont du groupe Doux), reprend 97 salariés et plus de 200 éleveurs pour une capacité de plus de 350 000 m2 de production, et les activités d’accouvage et les usines d’aliments.
"Transformation d'un modèle économique breton"
Dans le cadre d’un investissement global de 20,9 millions d’euros au soutien du projet, la Région Bretagne consacrera à terme 2 millions à son entrée au capital de Yer Breizh. Très minoritaire dans un premier temps (5 %), sa participation passera à 33 % d’ici 30 mois, en même temps que les industriels réduiront la leur. Actuellement, le capital de Yer Breizh est contrôlé à 33,5 % chacun par Almunajem et LDC, aux côtés de Terrena et Triskalia avec 14 % chacun. "La répartition du capital en 2021 n’est pas encore définie", ont précisé les intéressés.
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Loïg Chesnais-Girard a insisté sur "la transformation d’un modèle économique breton au bénéfice des consommateurs, en travaillant sur l’innovation et la santé", tout en préservant les éleveurs pour la filière export et européenne. 70 000 tonnes de poulet congelé seront chaque année destinées au marché saoudien, où là aussi le consommateur est attaché à la qualité du poulet breton. Soulignant que la bonne reprise du dossier Doux passait par la poursuite des activités export, Denis Lambert, le patron de LDC a rappelé qu’il s’attachait pour sa part à "la reconquête du marché français, pour laquelle nous n’arrivons pas à répondre à la demande de nos clients". Or aujourd’hui, le marché français de la volaille dépend à 45 % des produits d’importation. La reprise de Doux "est une structuration plus qu’un montage, elle permet de sécuriser la filière", a encore indiqué Denis Lambert, dont l’ambition est d’arriver à l’horizon 2020 sur le nouveau site d’abattage et de découpe issu de Doux, à 400 000 poulets/semaine, soit 12 à 13 % des exportations françaises. Certes, "il faut avoir les capacités de production, mais le modèle fonctionne", selon le président de LDC.
*Ce partenariat industriel public/privé innovant est rendu possible par les récentes lois de décentralisation (loi NOTRe de 2015).