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Reprise Doux  : l’offre de reprise de LDC renforce la filière avicole française

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En concurrence avec l’offre de l’ukrainien MHP, le groupe familial LDC a déposé un plan de reprise partielle sur les actifs et les activités du groupe Doux en liquidation judiciaire. Le Tribunal de commerce de Rennes devrait faire connaître sa réponse à la fin du mois.

Le groupe LDC, connu pour ses marques Loué, le Gaulois, Marie et Maître Coq, a déposé le 29 mars, une offre de reprise partielle sur des actifs et des activités du Groupe Doux " dans le cadre d’une conciliation ouverte avec la société", précise le communiqué. "C’est une offre qui permet de garder une solution française", s’est félicité le p.-d.g. Denis Lambert devant un groupe de journalistes à Loué, à l’issue d’une visite sur place du ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, le lendemain. Le patron de LDC a rappelé que le groupe n’en était pas à son premier coup d’essai pour préserver une solution française. "C’est dans nos habitudes et ça fonctionne. On a une certaine habitude de ce qu’il faut faire. C’est pourquoi nous pensons que ce projet (Doux, ndlr) est réaliste", a conclu Denis Lambert.

Le plan du numéro un français de la volaille prévoit la reprise de 298 salariés et 203 reclassements de proximité au sein du groupe LDC. 60 M€ seront investis dans le cadre de ce plan. À Châteaulin (Finistère), il est prévu de construire un nouveau site industriel d’abattage et de découpe de volailles, qui sera dédié aux marchés industriels (PAI) et de la restauration. "Ce projet industriel s’inscrit parfaitement dans le cadre de la stratégie volontaire menée par le groupe de reconquête des importations", rappelle LDC qui estime qu’à "l’horizon 2020, le site emploierait 250 collaborateurs pour une capacité d’abattage de 400 000 poulets par semaine".

Par ailleurs, l’ancien site serait loué au principal client du groupe Doux, le groupe saoudien Almunajem, pour la gestion des activités « surgelé » dédiées au grand export, métier historique du site. Le projet de reprise présenté par LDC prévoit également la reprise du site de produits élaborés de Quimper et de l’intégralité de ses salariés. Un investissement de 5 M€ est programmé afin de renforcer la compétitivité du site sur les marchés internationaux.

Un plan sur l’aval et l’amont

"Passer du poulet export au poulet un peu plus lourd va nécessairement demander des investissements aux éleveurs", reconnait Denis Lambert tout en soulignant que "le plus important, c’est le consommateur. Depuis 40 ans, LDC travaille pour le consommateur". Rappelant que "le poulet est la seule viande dont la consommation continue à progresser dans le monde et en France", ce dernier estime que les marchés de la restauration collective et les industriels offrent des marges de développement, d’autant plus que "les consommateurs sont rassurés" par des produits dont ils connaissent l’origine.

Pour compléter cette offre sur l’aval, LDC s’est associé avec Triskalia, Terrena et Al Munajem avec l’appui de la région Bretagne, pour gérer l’amont breton de Doux, "afin d’assurer le maintien de l’activité sur le territoire", souligne Triskalia dans son communiqué. Cette offre concerne "l’ensemble des contrats des éleveurs de Doux (380 000 m²), le couvoir de La Harmoye (Côtes-d’Armor) et les fermes de reproducteurs (90 salariés) ainsi que l’usine de nutrition animale de Bannalec (19 salariés) ", précise encore la coopérative. Présente dans trois grands métiers, agriculture, agroalimentaire, distribution, Triskalia et ses 16 000 agriculteurs adhérents dont 570 éleveurs de volaille, pesait 1,9 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2016.

Enfin, dans l’hypothèse de la fermeture du site vendéen de Chantonnay, le groupe LDC s’est également engagé à offrir à l’ensemble des salariés du site un poste sur des unités de la société Arrivé Maître Coq (filiale du groupe) implantées dans un rayon de moins de 25 kilomètres.

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Une nouvelle ambition pour la filière avicole française

"Avec ce projet, LDC entend proposer une nouvelle ambition à la filière avicole française combinant reconquête des importations, exigences de compétitivité et défense de l’emploi et des produits français", explique le numéro un de la volaille française. L’offre de LDC est considérée comme "socialement la mieux-disante comparée à celle des ukrainiens de MHP" par la FGTAFO, qui assure néanmoins qu’elle veillera au respect des engagements de chacun sur l’emploi. D’après le décompte de la FNSEA, qui s’est dit rassurée par "une offre majoritairement française", "ces offres permettraient la reprise directe de 920 emplois et l’identification de 418 offres de reclassements pour les 1187 salariés". De son côté, le plan de reprise déposé mi-mars par l’ukrainien MHP prévoyait un plan d’investissement de 150 M€, assortie d’une aide publique de 70 M€, assorti d’une restructuration du groupe Doux en Bretagne et l’abandon du site de Chantonnay (300 salariés).

Le 4 avril, le Tribunal de commerce de Rennes a ordonné la liquidation judiciaire du volailler finistérien Doux, assortie d'une poursuite de l'activité jusqu'au 31 mai 2018. Le Tribunal qui va maintenantexaminer les offres devrait rendre son avis vraisemblablement à la fin du mois d’avril.

LDC, un groupe en très bonne santé

LDC publiera son chiffre d’affaires pour son exercice 2017/2018 (clos fin février) le jeudi 5 avril. Les analystes de la société Portzamparc anticipent un chiffre d’affaires de 1 milliard d’euros pour le quatrième trimestre et de 3,806 milliards pour l’ensemble de l’exercice (contre 3,580 milliards en 2016/2017). Fin novembre, à l’occasion de la publication de ses résultats semestriels, les prévisions des dirigeants faisaient état d’un résultat opérationnel courant sensiblement équivalent en valeur à celui de 2016/2017 (176,6 millions d’euros, ndlr). Une prudence liée à la hausse des matières premières toujours difficile à répercuter sur les prix dans la grande distribution et à une consommation morose en France.

Et toujours fin novembre, le numéro un français de la volaille avait réitéré sa volonté de poursuivre son développement par croissance externe, non pas pour faire des volumes, mais de la qualité. Au 31 août dernier, c’est-à-dire sur les six premiers mois de son exercice 2017/2018, les capitaux propres de LDC atteignaient 1,065 milliard d’euros, avec une trésorerie nette positive de 190,8 millions d’euros (contre 157,3 millions au 31 août 2016). Des moyens financiers qui, ajoutés à une bonne capacité d’endettement, lui permettaient d’aborder l’avenir sans trop de difficultés.

Né en 1968 du rapprochement des familles Lambert, Dodard et Chancereul, le groupe s’est construit au fil des années par des rachats de sites et de marques, jusqu’à devenir leader français de la volaille et le second intervenant sur le marché du traiteur. Les familles sont largement majoritaires au tour de table et seulement 15,3 % du capital sont cotés sur Euronext Paris.